Ces dernières semaines, le prix du gaz s'est envolé sur les marchés internationaux, si bien que les utilisateurs finaux paient également des prix plus élevés pour l'électricité et le gaz naturel. Les personnes ayant des contrats variables sont particulièrement touchées, car leurs tarifs évoluent en fonction du prix de gros.
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Ces dernières semaines, le prix du gaz s'est envolé sur les marchés internationaux, si bien que les utilisateurs finaux paient également des prix plus élevés pour l'électricité et le gaz naturel. Les personnes ayant des contrats variables sont particulièrement touchées, car leurs tarifs évoluent en fonction du prix de gros.Les villes et communes consacrent une part importante de leur budget à financer les dépenses énergétiques de leurs infrastructures (centres administratifs, bibliothèques, centres sportifs, piscines, écoles, crèches, etc.) et de l'éclairage public. L'augmentation du prix de l'électricité et du gaz pourrait leur coûter des dizaines voire des centaines de milliers d'euros supplémentaires par an. Une partie des communes passent cependant par une centrale d'achat via des intercommunales, des provinces, et disposent d'un contrat à prix fixe pour l'électricité et le gaz. Ces dernières ne sont donc pas directement impactées pour l'instant, mais risquent de l'être prochainement.C'est le cas de la Ville de Bruxelles qui dispose d'un contrat fixe. "Les communes à Bruxelles travaillent avec Sibelga (NDLR: le gestionnaire du réseau de distribution pour le gaz naturel et l'électricité dans la Région de Bruxelles-Capitale) pour un contrat énergie, c'est-à-dire l'électricité et le gaz, qui est fixé très longtemps à l'avance. On ne s'attend donc pas à une hausse du coût de l'énergie. C'est un contrat à coût fixe", explique Benoit Hellings, échevin du Climat et des Sports à la Ville de Bruxelles, au Vif. "Pour 2021, 2022 et les huit premiers mois de 2023, les prix sont déjà fixés par le contrat que Sibelga a négocié pour la Ville de Bruxelles. Nous ne prévoyons pas d'augmentation budgétaire par rapport à cette crise en cours" déclare l'échevin de la commune bruxelloise. Une facture de 5,5 millions d'eurosVu le coût exorbitant de la facture énergétique, il est très important pour les communes d'avoir un tarif fixe, souligne l'échevin. "C'est un gros budget, et il ne faut pas qu'il augmente". Pour 2022, le coût de la facture énergétique s'élèvera en effet à 3,5 millions d'euros pour l'électricité et 2 millions d'euros pour le gaz, rien que pour la Ville de Bruxelles, un montant énorme dû au nombre élevé d'infrastructures de la commune, parmi lesquelles il y a trois piscines, et un stade. "En tout, il y a 200 bâtiments publics et 481 compteurs d'électricité".Il souligne que Bruxelles fournit de gros efforts pour réduire sa consommation énergétique et lutter contre le changement climatique. "On mène une politique de diminution de l'énergie via le relighting (le passage à un éclairage LED), l'isolation de toitures, mais aussi la pose de panneaux photovoltaïques ou encore le changement des chaudières." Les efforts concernent surtout les écoles, "où il y a le plus grand nombre de mètres carrés à isoler". Malgré ces investissements, Hellings ne s'attend pas à une diminution de la facture énergétique, et ce pour plusieurs raisons. "Premièrement, il y a tendanciellement une augmentation du prix de l'énergie même si nous bénéficions de contrats fixes. Et deuxièmement, nous augmentons le nombre de bâtiments publics. Quand on ouvre une école, même passive, elle consomme quand même un peu d'énergie."Il rappelle que les efforts fournis pour diminuer les émissions "ne sont qu'une goutte d'eau à l'échelle du territoire", et souligne le rôle d'exemple des pouvoirs publics dans la gestion de la crise climatique qui concerne tout le monde : les citoyens, les entreprises, les pouvoirs publics, les associations, etc. "Ce que l'on fait pour un stade ou une piscine, on peut le faire pour une simple habitation à une échelle différente".Toits de la Commission européenneAussi ne comprend-il pas que la Commission européenne, située sur le territoire de la Ville de Bruxelles, ne place pas de panneaux photovoltaïques sur les toits de ses bâtiments. "C'est interpellant, car nous en plaçons à une vitesse folle sur les toits plats communaux", tacle-t-il. La ville de Namur dispose également d'un tarif fixe. "Pour nous, la bonne nouvelle, c'est que nous bénéficions de prix fixes, fixés jusqu'au 31 décembre 2022. Comme les prix de l'énergie sont très volatils, nous espérons que d'ici un an la situation se soit calmée", nous explique Jean-Sébastien Detry, qui dirige le département Energie de la Ville de Namur. Chaque année, Namur dépense 2.250 000 euros pour le chauffage et l'éclairage des bâtiments auquel il faut ajouter 900 000 euros pour l'éclairage public. "Nous nous attendions à une baisse pour cette facture puisque nous modifions tout l'éclairage en éclairage LED. Nous espérons que la hausse des prix se stabilise dans le temps", déclare-t-il. Il précise que les dépenses énergétiques ne représentent qu'environ 1,5% des dépenses totales de la commune. Investir pour diminuer la facture énergétiqueSelon l'Union des Villes et des Communes de Wallonie (UVCW), les communes wallonnes n'ont pas attendu non plus l'envolée des prix pour tenter de diminuer leurs dépenses énergétiques. Ainsi, elles fournissent des efforts pour passer au renouvelable, remplacer les luminaires anciens par du LED, équiper les bâtiments de nouvelles chaudières à condensation, etc. "Hélas, les gains réalisés sont 'mangés' par la hausse des prix, si bien que les économies promises sur la facture énergétique sont actuellement inexistantes. Il en va donc de même pour les particuliers et les pouvoirs locaux. Ceci dit, à terme, les prix vont se stabiliser et tous les investissements consentis se révéleront bien évidemment bénéfiques", explique Michel L'Hoost, conseiller presse et communication à l'UVCW.Faillite virtuelle Toutes les villes et communes ne disposent pas en effet d'un tarif fixe sur leurs factures d'électricité et de gaz. Et les communes déjà endettées risquent même "la faillite virtuelle". À Ath, le bourgmestre Bruno Lefebvre craint que sans solutions, sa commune ne tombe en faillite virtuelle, "et une faillite virtuelle implique soit qu'on licencie du personnel, soit qu'on arrête une série de projets qui pourraient avoir un coût pour la collectivité", confie-t-il à la RTBF.Maxime Daye, bourgmestre de Braine-le-Comte et président de l'UCVCW, s'attend également à une hausse de prix qui aura un impact direct sur les comptes et le budget. Interrogé par La Dernière Heure, il craint que certaines communes soient obligées de faire l'impasse sur certains investissements ou même d'augmenter leurs impôts.1,5 million d'euros de dépenses supplémentaires Échevine des Finances à Liège, deuxième ville la plus peuplée de Wallonie, Christine Defraigne a ainsi calculé que, rien que pour le gaz, la hausse des prix entraînera des dépenses supplémentaires proches de 1,5 million d'euros. Interrogée par la DH, elle explique que la ville a fourni de gros efforts pour isoler les bâtiments et remplacer l'éclairage public par du LED, mais "malgré tous nos efforts, le surcoût dû au prix de l'énergie sera énorme. C'est une crise de plus dont nous nous serions bien passés", explique-t-elle au quotidien.