L'élimination surprise de la France par la Suisse suscite bien des réactions en Belgique, entre moqueries et réjouissance, souvent déplacées et constat ahuris d'une rivalité sportive qui dérape.
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L'élimination surprise de la France par la Suisse suscite bien des réactions en Belgique, entre moqueries et réjouissance, souvent déplacées et constat ahuris d'une rivalité sportive qui dérape."C'est bien, en Belgique, ils m'ont laissé environ 2,5 secondes pour digérer, avant de chanter Waar is de feestje, dans un match où leur pays n'était même pas représenté, s'indignait lundi soir Fanny Roux, journaliste française qui couvre l'actualité européenne à Bruxelles, dès le match terminé. Et ils sont tous en train de klaxonner de joie à Ixelles. Franchement, get a fucking therapy."Jean Quatremer, correspondant européen du quotidien Libération à Bruxelles qui n'est pas le dernier à mettre de l'huile sur le feu de cette rivalité, relaie ce mardi le message avec ces mots: "La Belgique et sa xénophobie bon enfant pleine d'autodérision..."Ceci n'est qu'un des innombrables exemples du climat tendu qui prévaut sur les réseaux sociaux depuis la victoire sensation de la Suisse contre la France, lundi soir en huitièmes de finale de l'Euro. Une déferlante de commentaires, d'images, de prétendues blagues inonde les réseaux où l'on voyait déjà défiler depuis le début des tournois des cartes où tous les pays d'Europe, sauf la France, souhaitaient une défaite des Bleus.Pour résumer le contexte, il faut revenir en arrière, en trois temps.La premier temps, tout récent, est consécutif à des déclarations de Tomas Meunier, affirmant, moitié souriant - moitié arrogant, qu'il faudrait une "sacrée armada" pour battre la Belgique, après la victoire contre la Russie au premier tour de cet Euro. Sur la chaîne télévisée de L'Equipe,, deux consultants se laissent aller en direct. Gilles Favard ouvre le bal, à l'artillerie lourde: "Ils parlent beaucoup ces Belges, ils vont vite rentrer chez eux manger des frites". L'ancien joueur Johan Micoud abonde: "Ils ont un énorme boulard, en général, les Belges." Les Belges répliquent en force. On insiste sur le ton "populiste" ou provocateur de l'émisison en question. Mais cela nourrit un sentiment plus large.Le deuxième retour en arrière, source de bien des querelles virtuelles du moment, nous renvoie bien sûr à ce fameux 10 juillet 2018, à Saint-Petersbourg, et au "Seum" qui s'en est suivi. La France bat la Belgique en demi-finale du Mondial russe avec un but de la tête de Samuel Umtiti. Le match est fermé et les Français cadenassent le jeu belge. Dans l'amertume de la défaite, le gardien belge Thibaut Courtois estime que ce n'est pas la meilleure équipe qui a gagné. Les supporters belges expriment des sentiments similaires et, en retour, la France parle du 'Seum" belge - cette expression venant de l'arabe dénonçant la colère, le ressenti. Depuis, ce "Seum" est servi à toutes les sauces, irritant les uns et les autres. avec cette ironie de l'histoire:dimanche, suite à la victoire à l'arrachée de la Belgique en huitième de finale contre le Portugal, les Français ont ironisé en disant que les Belges avaient gagné... "à la française". "La Belgique vient de comprendre comment arracher les victoires qui font gagner des trophées, s'amuse le site de Sofoot. Bienvenue au club, les gars. Installez-vous confortablement et profitez de la suite du voyage." Avec le recul, une double ironie. Certains le prennent avec humour, d'autres moins.Toit cela n'est, sans doute, qu'une construction médiatique. Qui nous ramène au troisième temps de l'histoire, la toile de fond. Durant des années, les succès sportifs de la France ont été regardés par les Belges à la télévision française, avec des commentaires d'un chauvinisme parfois prononçé. La faute à une question "identitaire": grand pays, la France est conscient de ses forces, là où la Belgique reste une petite nation sans grande estime de soi, jouant sur l'autodérision. Et nourrissant un complexe d'infériorité, au même titre que les blagues de Coluche.Cette atmosphère bon enfant, renforcée par les réseaux sociaux, a dérapé.Le résultat, c'est un climat délétère et... des appels au calme.François De smet, président de DeFI, souligne: "Nous ne serons une grande nation de football que lorsque nous ne nous réjouirons plus de la défaite d'une équipe, dit-il. Moi, je regrette le départ de la France, et aurais largement préféré l'occasion d'une revanche.Swann Borsellino, consultant pour la RTBF et Français adopté à la télévision belge, se lance dans une série de messages appellant à l'apisement: "Puisque de toute façon je ne vais pas trouver le sommeil, vous ne voulez pas discuter, les Belges? Je bosse chez vous, j'adore ça, j'adore mes collègues, KDB est mon joueur préféré, mais je vous le dis sereinement: on doit tous faire des efforts pour redevenir bienveillants. Je n'ai pas vocation à être ambassadeur de France à Bruxelles et surtout j'ai conscience des nombreux abus venus de mon côté du Quiévrain mais il y a un moment où il faut que ça redevienne bon enfant."Il ajoute: "Parce qu'on ne va pas se leurrer: les effusions de joie et autres manifestations anti-français ce soir vont pousser cette rivalité malsaine et bâtie de toute pièce à coups d'idioties à perdurer. Alors que j'aimerais que les Diables, Eden et sa génération en tête, gagnent l'Euro.""Je préférais quand on savait rire des crasses qu'on nous balançait plutôt que de retourner la bile chez l'expéditeur qu'on déteste de nous l'avoir balancée", souligne l'humoriste belge Freddy Tougaux. Pas faux. Mais le message a du mal à passer.