Europol. Chaque jour de la semaine, durant l'Euro 2020, Le Vif propose un regard décalé sur le tournoi.
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Europol. Chaque jour de la semaine, durant l'Euro 2020, Le Vif propose un regard décalé sur le tournoi.La rivalité entre la Belgique et la France est historique en football. Avec des échanges souvent teintés d'un humour corrosif entre supporters. C'est le grand pays face au petit, celui "parle bien" face aux provinciaux, la terre du chauvinisme face à celle de l'autodérision.Depuis 2018, la défaite subie par les Diables rouges en demi-finale de la Coupe du monde 2018, cela prend un autre tour, doux-amer. De nombreux Belges aimeraient une "revanche" de la défaite de Saint-Pétersbourg, tandis que les Français font preuve d'une assurance qui dérange, vu de Belgique, après leur titre mondial et le retour de Karim Benzema en sélection. La séquence des derniers jours, suite à des propos de Thomas Meunier, est là pour témoigner d'une tension qui dépasse parfois le cadre sportif.Tout débute, donc, avec des propos de Thomas Meunier, samedi soir. Euphorique, après son entrée réussie lors du premier match de l'Euro face à la Russie, le joueur du Borussia Dortmund, ancien du Paris-Saint-Germain où il la été remercié, rappelait dans son interview d'après-match qu'il en fallait plus pour déstabiliser la Belgique, numéro un mondial, et qu'une "armada" serait nécessaire pour la battre. Cela a suscité une réaction forte d'un média français, et un débat révélateur de la nouvelle rivalité entre la Belgique et la France.L'analyse, cinglante, provient de la chaîne télévisée de L'Equipe, ce week-end. Deux consultants se laissent aller en direct. Gilles Favard ouvre le bal, à l'artillerie lourde: "Ils parlent beaucoup ces Belges, ils vont vite rentrer chez eux manger des frites". L'ancien joueur Johan Micoud abonde: "Ils ont un énorme boulard, en général, les Belges." Le tout sur un ton badin, dans une émission où les mêmes soulignent que la France pourrait presque jouer sans gardien tant elle est forte.Thomas Meunier, l'esprit vif, a réagi en deux temps. Dans un premier post, il réagit de façon philosophe en définissant le complexe de supériorité: "Personne semblant n'aimer personne + qu'elle-même. Parle souvent d'elle, souvent en termes élogieux, se moque de vous, veut prendre le dessus, semble toujours mépriser son monde et manque en fait gravement de confiance en elle. Welcome dans le paradoxe du complexe de supériorité.Dans la foulée, il a répondu en souriant à un message demandant si l'équipe de France, qui s'envolait pour Munich, était une "bonne armada": "Magnifique même!"Depuis, les propos de la chaîne de L'Equipe tournent en boucle sur les réseaux sociaux et réveillent les fantômes de 2018, quand les Français avaient accusé les Belges d'avoir "le Seum" suite à la qualification des Bleus pour la finale: de nombreux supporters belges estimaient alors, sous le coup de la déception, que la Belgique aurait mérité de passer, tant la France avait joué un match fermé. La suite est connue: le sacrre français avec une victoire en finale face à la Croatie.La rivalité France - Belgique remonte à la nuit des temps. Les deux équipes nationales se sont affrontées 74 fois depuis leur première joute en 1904. Le bilan sportif de ces confrontations directes est... à l'avantage des Belges avec 30 victoires contre 25 aux Français et 19 matchs nuls. Mais alors que les Français sont doubles champions du monde et qu'ils ont déjà remporté l'Euro, les Belges attendent toujours leur premier titre majeur.La rivalité s'enracine, de façon générale, dans tous les sports, et est renforcée par les commentaires des chaînes de télévision française, souvent révélateurs de l'identité nationale plus forte de nos voisins. Depuis les envolées d'un Thierry Roland, pour ne prendre qu'un exemple, la France est décrite comme "chauvine", sûre d'elle-même, un peu trop consciente de ses réelles qualités. La rivalité a été renforcée par l'émergence de la Belgique au firmament du football mondial. Devenus compétitifs, les Diables rouges dérangent, tandis que le "peuple belge" est conscient, en retour, des qualités de son équipe. En retour, l'éditorial de La Dernière Heure assène d'ailleurs ce mardi matin: "Au-delà d'une invitation de mauvais goût et à la limite du racisme, cette saillie prouve que nos Diables rouges et leurs qualités ont intégré le disque dur de nos voisins. Jadis, nous existions autant qu'Andorre ou le Luxembourg. Aujourd'hui, nous pouvons les regarder dans le blanc des yeux. Peur de nous, amis français?"La chaîne télévisée américaine CNN fait, quant à elle, les louanges de la Belgique. Notre pays est un "des plus grands exploits dans le monde du sport". La télévision raconte comment la Belgique est passée des bas-fonds du classement FIFA à la première place. "La Belgique, un pays d'environ 11 millions d'habitants, est coincée entre la France et l'Allemagne en Europe occidentale. Elle est éclipsée par la taille de la population de ces voisins. Pourtant, elle a atteint pour la première fois le sommet du classement FIFA en 2015 et est restée fermement sur le perchoir depuis 2018."L'incident autour des propos de Thomas Meunier révèle, aussi, une évolution du traitement médiatique du football, singulièrement en France où les 'talk shows" se multiplient. "Il y a des gens sérieux et d'autres qui pour faire de l'audience racontent n'importe quoi, estime Jean-Baptiste Guéguan, spécialiste (français) de la Géopolitique du sport. Avec cette émission ce soir-là, l'exemple est criant. Heureusement ce n'est pas fréquent. Le sport connaît son tournant néopopuliste et c'est sûrement recherché. L'audience est à ce prix."Face à cette dérive qui prend parfois d'autres allures qu'un humour de bon aloi, l'humoriste Freddy Tougaux souligne: "L'équipe de France est splendide avec des joueurs de grande classe, à chaque poste un élément brillant. Autant elle mérite ses titres, autant elle ne mérite pas les médias et ses consultants qui pourrissent son image. Ne nous mettons pas à leur hauteur."Tous les médias français ne sont d'ailleurs pas logés à la même enseigne, loinde là. Journaliste, auteur et éditorialiste, Daniel Riolo (After Foot, RMC) voit la Belgique comme un sérieux outsider lors de cet Euro et estime qu'il est encore trop tôt pour parler de rivalité footballistique entre la Belgique et la France. "Les Belges ne se la racontent pas, ils veulent leur revanche et c'est normal", dit-il à la DH.