Elle a saisi la compétence à bras-le-corps. Consciente du privilège d'entrer dans l'histoire en devenant la toute première ministre flamande de la Justice. Convaincue que ce titre, la Flandre ne l'a pas volé. Elle se l'est juste approprié sans demander l'avis de personne et sûrement pas de l'Etat fédéral, jusqu'à plus ample informé l'unique détenteur officiel de la fonction régalienne. Sans être non plus imitée par le voisin francophone. Zuhal Demir a savouré cet instant d'une singulière promotion, voici un an. Une femme, juriste, d'origine kurde, nationaliste flamande, à la tête de la Justice flamande: fort, le signal.
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Elle a saisi la compétence à bras-le-corps. Consciente du privilège d'entrer dans l'histoire en devenant la toute première ministre flamande de la Justice. Convaincue que ce titre, la Flandre ne l'a pas volé. Elle se l'est juste approprié sans demander l'avis de personne et sûrement pas de l'Etat fédéral, jusqu'à plus ample informé l'unique détenteur officiel de la fonction régalienne. Sans être non plus imitée par le voisin francophone. Zuhal Demir a savouré cet instant d'une singulière promotion, voici un an. Une femme, juriste, d'origine kurde, nationaliste flamande, à la tête de la Justice flamande: fort, le signal. Glissée en octobre 2019 dans le casting du nouveau gouvernement Jambon I, cette façon de régionaliser/communautariser par la bande a tout de même un peu fait jaser. A été (mal) prise pour une intrusion dans la chasse gardée de l'Etat fédéral. Certes, des pans entiers de la matière judiciaire sont déjà communautarisés: aide aux victimes, délinquance juvénile, violence intrafamiliale et sexuelle, suivi de la surveillance électronique, peines de travail. Etait-ce une raison valable, suffisante, pour coiffer le tout sous une casquette de ministre de la Justice? L'étiquette a fait tiquer, on a vainement cherché la plus-value "si ce n'est dans une symbolique inquiétante", s'était émue la députée fédérale Sophie Rohonyi (DéFI) en commentant la nouvelle. C'est à peine si Koen Geens (CD&V), alors le "vrai" ministre de la Justice, avait relevé ce passage à la vitesse supérieure. Pas de quoi en faire tout un plat. Ministre multifonction, chargée de l'Energie, de l'Environnement, du Tourisme, Zuhal Demir s'était engagée à mettre la Justice en haut de la pile. L'oeil sur le chrono. "Nous devons être prêts", vient-elle de rappeler au passage de l'an neuf, en annonçant le lancement d'une grande agence flamande de la Justice appelée à rassembler des services jusqu'ici éparpillés et qui devra montrer sa capacité à réserver bon accueil à de nouvelles compétences. En 2024 si tout roule comme prévu, à la faveur d'une septième réforme de l'Etat et d'un énième partage de biens. A moins que le chemin inverse ne soit emprunté, que la Justice soit re- fédéralisée. N'y pensez même pas, s'insurge la N-VA. Après tant d'efforts et d'investissements consentis, ce serait trop stupide. Car Zuhal Demir a dépassé la symbolique, en douceur. Une compétence, a fortiori nouvelle, se déguste de préférence avec sagesse et modération. Elle en use sans en abuser. Se garde jusqu'ici de franchir la ligne rouge qui conduirait au clash avec le pouvoir fédéral. Elle fait le job que l'on attend d'elle. Marquer le territoire, une spécialité en Flandre, en posant les fondations d'un futur appareil judiciaire flamand, robuste et efficace. Guidée par cette volonté "d'être prêts". Gouverner, c'est prévoir. Régionaliser/communautariser, c'est anticiper. 2020 fut à cet égard une année bien remplie, de l'aveu de madame la ministre de la Justice. Qui a su se montrer astucieuse dans l'exercice de ses fonctions: infliger la plantation d'arbres en guise de peine de travail pour contribuer à reboiser la Flandre, la ministre de l'Environnement et de la Justice a fait joliment coup double. Zuhal Demir promet de récidiver: "2021 sera l'année de la Justice flamande." Bon voeu.