Levif.be : Comment interpréter les chiffres à la hausse des derniers jours en Belgique ?
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Levif.be : Comment interpréter les chiffres à la hausse des derniers jours en Belgique ?Emmanuel André: Cette hausse a l'air d'être autre chose qu'un artéfact, puisqu'elle se consolide dans le temps et dans plusieurs endroits du pays. C'est un signal très fort que l'épidémie est en train de reprendre de la force. Ce qui est inquiétant, c'est que cette hausse de cas est liée surtout à une population dynamique, jeune, qui bouge beaucoup et qui ne va pas directement se traduire en un nombre d'hospitalisations élevé. Mais cela reste un réservoir qui s'amplifie et qui risque de s'étendre rapidement dans la population. C'est au moment où ça débordera sur des tranches d'âge plus âgées qu'on va se rendre compte de l'importance de la situation. Les ingrédients sont là pour que ça redémarre : il faut être extrêmement vigilant.On se rend compte que dans certaines villes comme Anvers, ils mettent en place un système de tracing complémentaire parce que celui qui existe n'est pas suffisant. C'est un moment clé pour mettre en place des activités de prévention et d'interventions rapides. Les critères de tests ont été élargis depuis le début de l'épidémie. La hausse du nombre de cas dépend aussi de ce facteur ? Au début de l'épidémie, on testait surtout les symptomatiques. On est capable de tester beaucoup plus maintenant, mais il faut tester énormément pour pouvoir s'assurer que dans le premier et le deuxième cercle des personnes infectées, il n'y ait pas de nouvelles personnes qui soient porteuses du virus. Le nombre de cas continue à évoluer et il faut prendre ça au sérieux. Il ne faut pas donner comme argument : "c'est parce qu'on teste plus qu'on a plus de cas." Ce sont des vrais cas, ils sont bien là, et cela suffit comme signal important. Au niveau des chiffres bruts de nouveaux cas, on est revenus à la situation du 8 mars. A cette époque, le virus s'est accéléré et a pris une courbe exponentielle. Aujourd'hui, on connait mieux le virus et on a mis en place toute une série de gestes barrière. Est-ce qu'on peut exclure de retourner à ce type d'évolution ?Si tous les gestes barrières étaient appliqués au quotidien de manière rigoureuse et par tous, oui, c'est l'objectif. Le taux de reproduction (R) de base du virus est de 2-3. Cela signifie qu'une personne qui ne fait pas attention va infecter 2 à 3 personnes, ce qui suffit pour déclencher une courbe exponentielle. Un R à 1, c'est une situation plus stable. Mais l'application des gestes barrière dans la vie réelle, surtout dans les tranches d'âge aujourd'hui concernées, ne sont certainement pas appliqués de façon systématique. Il y a toute une série d'activités qui ont repris, parce qu'on les autorise. Les réseaux dans lesquels le virus circule actuellement, et qui ne sont pas spécialement représentatifs de la population, n'appliquent pas ou mal les règles. Mais un autre élément fait que ça ne flambait pas jusque maintenant, même si on n'appliquait pas rigoureusement les gestes barrière : le virus circulait très peu. Aujourd'hui, la donne a changé : le virus recommence à circuler beaucoup plus. Il y a davantage de démarrages de feux possibles. C'est ce qui a évolué par rapport à il y a quelques semaines. Le nombre de foyers potentiels se multiplie. Avec cette hausse, et la peur des retours de vacances, on craint une deuxième vague. Marc Van Ranst parle d'ailleurs déjà de "début de deuxième vague" par rapport aux derniers chiffres. Vous partagez son avis ou on peut un peu nuancer ? Je n'aime pas trop raisonner en termes de "vagues". Il y a quelques semaines, j'avais dit que la deuxième vague était déjà là, parce qu'il y a toujours les ingrédients pour que ça redémarre et les choses n'ont pas changé par rapport à la première. Ici, on est clairement dans une situation qui peut faire recommencer une vague. Un nombre de cas qui augmente, avec un R qui augmente, dans beaucoup d'endroits différents, dans des groupes où il est difficile de maitriser la transmission : les ingrédients sont là.