Ces dernières semaines, on a rempli des pages et des pages sur les conséquences de la crise bancaire, mais la palme de la plus frappante revient à la page blanche du New York Times portant le titre "The CEO's of Wall Street sent to jail" (NLDR : Les CEO de Wall Street envoyés en prison). Pour bien préciser qu'il ne s'agit pas d'un oubli, on peut lire "This page intentionally left blank" (NDLR : Cette page a été intentionnellement laissée blanche) en bas de la page.
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Ces dernières semaines, on a rempli des pages et des pages sur les conséquences de la crise bancaire, mais la palme de la plus frappante revient à la page blanche du New York Times portant le titre "The CEO's of Wall Street sent to jail" (NLDR : Les CEO de Wall Street envoyés en prison). Pour bien préciser qu'il ne s'agit pas d'un oubli, on peut lire "This page intentionally left blank" (NDLR : Cette page a été intentionnellement laissée blanche) en bas de la page. Chez nous aussi, les responsables principaux de la crise bancaire : les banquiers qui ont pris des risques inconsidérés, ne sont pas derrière les barreaux. Au contraire, certains d'entre eux occupent toujours des postes clés auprès de (grandes) banques. Aujourd'hui, le patron de l'ancien superviseur CBFA, qui a complètement échoué dans sa fonction de contrôle des banques, dirige le superviseur financier FSMA. Chez nous non plus, les responsables principaux de la pire crise depuis les années 1930 n'ont pas été sanctionnés. Ils baignent toujours dans la vanité et la richesse.Ces dernières semaines, chacun a pu s'épancher sur la crise bancaire. On a vu défiler une foule de banquiers, de politiques, d'analystes, et d'auteurs, sans pratiquement laisser la parole à la Banque Nationale de Belgique. Celle-ci a pourtant joué un rôle crucial dans le sauvetage des banques, et aujourd'hui dans la surveillance des banques. Ainsi, il y a dix ans, la BNB a passé des dizaines de milliards aux banques dans le cadre du Emergency Liquidity Assistance. En octobre 2008, rien que pour Fortis, cette somme a dépassé les 50 milliards d'euros. Si la BNB ne l'avait pas fait, il y aurait probablement moins de grandes banques aujourd'hui. L'intervention de l'ancien gouverneur de la BNB, Guy Quaden s'est limitée à la communication "Je vais appeler Jean-Claude Trichet", qui était président de la Banque centrale européenne. Ensuite, on n'a plus entendu parler de Quaden. Heureusement qu'il y a eu le vice-gouverneur Luc Coene. Ce dernier a été nommé président de la commission pour les sauvetages de banques et a joué un rôle décisif dans le sauvetage de Fortis, Dexia, KBC et Ethias. Sans Coene, notre paysage financier aurait sans nul doute un aspect différent. En 2011, Coene deviendra gouverneur de la Banque Nationale, et en 2015 membre du Single Supervisory Mechanism, l'institution de la BCE qui supervise les grandes banques. Lorsque Coene est décédé en début d'année, sa place a été reprise par Tom Dechaene, le directeur de la Banque Nationale qui revient sur les risques courus par les banques belges. Et il y a en a beaucoup. Juste avant l'été, la BNB a publié don "rapport macroprudentiel" qui énumère les risques principaux pour nos institutions financières. Il y en a cinq. 1. Taux bas Pour redresser l'économie, la BCE a mené une politique de taux bas après la crise bancaire. Elle espère que les entreprises et les familles empruntent davantage pour investir et consommer, pour ainsi relancer le moteur économique. Aujourd'hui, ces taux sont toujours bas, parce que l'inflation est toujours très faible - les prix n'augmentent pas assez. Ces taux bas "commencent à peser sur la rentabilité du secteur financier", déclare la Banque Nationale. Les banques prêtent de l'argent à des taux très bas, et perçoivent donc très peu de revenus, mais elles sont également obligées de payer des intérêts minimums sur l'épargne. Un jour, la BCE finira par relever les tarifs. Les épargnants exigeront alors plus d'intérêts sur leur épargne, mais les banques tireront toujours peu de revenus des emprunts, qui sont généralement fixés pour des années. Comment les banques vont-elles digérer ça ? 2. Immobilier coûteux Dans notre pays, les prix de l'immobilier augmentent fort depuis plus de trois décennies. Il y a quatre ans, le gouverneur Coene exprimait déjà son inquiétude face à nos confrères de Knack. "Quand je vois à quel point le secteur de la construction fonctionne en Belgique, combien d'emprunts hypothécaires on contracte, et comment évoluent les prix de l'immobilier, je sais que ça va s'arrêter." D'après la Banque Nationale, les prix de l'immobilier sont à présent surestimés. Depuis quelque temps déjà, la Banque Nationale est d'avis que les banques autorisent trop facilement des emprunts hypothécaires à des intérêts trop faibles. Et cela n'a pas changé : dans le rapport annuel paru en début d'année, elle avertit même que "les vulnérabilités dans le portefeuille d'emprunts hypothécaires belges ont augmenté".3. Dette croissante Les dettes des gouvernements, des entreprises, des banques que des familles ont fortement augmentées ces dernières années. En Belgique, mais aussi dans le monde entier. Tant que l'économie progresse (un peu), c'est possible, mais que se passera-t-il en cas de crise économique ? Tout le monde pourra-t-il encore payer ses dettes ? Les banques belges courent un risque considérable. Sur le marché belge, si les familles n'arrivent plus à rembourser leurs emprunts hypothécaires par exemple. Mais le danger peut très bien venir d'ailleurs, des États-Unis par exemple où non seulement la dette publique augmente rapidement, mais où les emprunts voitures et étudiants se multiplient considérablement.4. Cyberattaque et nouveaux concurrents Le Fonds monétaire international (FMI) qualifie une cyberattaque de plus grand défi pour les banques. La Banque Nationale partage cet avis : "Les cyberattaques dirigées contre le secteur financier sont de plus en plus sophistiquées et causent de plus en plus de dommages", lit-on dans son rapport. Et elle s'attend à ce que "le nombre de cyberattaques ciblées et de longue durée ne fera qu'augmenter". Elle indique que nos institutions financières ne sont pas suffisamment préparées. "Jusqu'à présent, les cyberattaques étaient comparables à une guerre conventionnelle. Un jour, une bombe atomique explosera quelque part", affirme Dechaene. À cela s'ajoute la numérisation, qui entraînera une nouvelle concurrence. Des entreprises telles que Google, Apple, Facebook et Amazon proposeront bientôt des services bancaires, ce qui minera le business model et la rentabilité des banques. 5. Banquiers de l'ombre et changement climatique La Banque Nationale met également en garde contre les banques de l'ombre: les institutions non financières qui jouent à la banque, tels que les fonds leviers, les sociétés d'investissement, et les fonds d'investissement. Ces derniers échappent aux règles strictes et aux contrôles pour les banques, mais s'ils sont fragilisés, les conséquences pour le secteur financier peuvent être très importantes. Ensuite, la Banque Nationale estime que nous devons prendre en compte les risques liés au changement climatique. Les assureurs doivent tenir compte du fait qu'ils auront davantage de dommages et intérêts à payer suite la recrudescence des inondations. Dix ans après l'éclatement de la crise bancaire, nos institutions financières courent toujours des risques considérables. La prochaine crise bancaire viendra peut-être d'un angle inattendu, mais une chose est sûre : les banques peuvent toujours faire faillite, confirme le directeur Dechaene. Pire encore, d'autres banques vont faire faillite. Si c'est la conséquence d'une politique imprudente, et d'égocentrisme, les responsables ne peuvent pas une nouvelle fois échapper à leur sanction.