Kurt Barbé a développé un outil statistique qui permet de prédire l'évolution de l'épidémie si rien ne change. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est inquiétant. Le professeur avait déjà fait des projections à la mi-mai avec ses collègues Geert Molenberghs et Niel Hens sur ce à quoi pourrait ressembler une deuxième vague. "Je crains que les données soient conformes aux attentes pessimistes qui avaient été faites à l'époque", dit-il dans De Morgen. "Mon modèle maintient le facteur R actuel (le nombre de personnes infectant un patient, NDLR) à 1,2064". Pour Barbé, si rien n'est fait dans la semaine à venir, soit avant le 31 juillet, nous risquons de nous retrouver dans une seconde vague encore plus puissante que la première.
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Kurt Barbé a développé un outil statistique qui permet de prédire l'évolution de l'épidémie si rien ne change. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il est inquiétant. Le professeur avait déjà fait des projections à la mi-mai avec ses collègues Geert Molenberghs et Niel Hens sur ce à quoi pourrait ressembler une deuxième vague. "Je crains que les données soient conformes aux attentes pessimistes qui avaient été faites à l'époque", dit-il dans De Morgen. "Mon modèle maintient le facteur R actuel (le nombre de personnes infectant un patient, NDLR) à 1,2064". Pour Barbé, si rien n'est fait dans la semaine à venir, soit avant le 31 juillet, nous risquons de nous retrouver dans une seconde vague encore plus puissante que la première. Selon le modèle de Barbé, la deuxième vague aurait déjà commencé. Aujourd'hui, le nombre de patients dans les hôpitaux augmente encore très progressivement, mais en septembre il augmenterait fortement, pour atteindre le nouveau pic début novembre avec 10.000 lits d'hôpitaux occupés, alors qu'au pire de la première vague on n'était "qu'à" 6.000. L'unité de soins intensifs afficherait le même mouvement.Ce n'est pas la première fois que son modèle lui lance des signaux d'alerte. Les premiers frémissements datent même déjà du 24 juin. En particulier les indicateurs qui reprennent la croissance relative du taux d'occupation des lits d'hôpitaux (soit la différence entre le nombre de lits occupés aujourd'hui et hier). "La croissance relative est une chose qui est très peu reprise dans les médias : bien trop souvent, l'accent est mis sur les chiffres absolus. Personnellement je ne suis pas vraiment fan des chiffres absolus. Cela minimise la gravité de la situation. J'ai le même problème avec les chiffres normalisés, ou en divisant les chiffres absolus par la taille totale de la population. Cela rend la comparaison difficile et donne l'impression que les grands pays peuvent attendre plus longtemps avant d'agir".Barbé leur préfère donc de loin les modèles statistiques. "Grâce à leurs effets multiplicateurs, cela nous permet de détecter de petits indicateurs à un stade précoce". Un élément clé dans une épidémie puisque celle-ci démarre lentement avant de basculer et de devenir incontrôlable. "Selon mes prévisions, nous aurions atteint un niveau critique le 18 juillet. Or, semaine après semaine, nous avons vu le modèle reconfirmé. Début de cette semaine, il s'est soudainement écarté de sa trajectoire d'une façon non favorable. Je l'ai donc recalibré. Selon mes calculs la stabilisation n'est pas suffisante et nous avons seulement jusqu'au 31 juillet pour inverser la tendance."Un point sensible lorsqu'on sait que la politique a souvent besoin de plus de temps pour absorber et analyser les choses. D'autant plus que, quand les chiffres vont bien, il n'est pas facile, ni populaire, pour les décideurs politiques de croire des modèles qui prédisent que les choses iront mal un mois plus tard.Selon son collègue biostatisticien Molenberghs, la tendance est néanmoins mondiale. "Cette augmentation rapide est conforme à ce que nous voyons dans le reste du monde", a-t-il déclaré dans De Morgen. Par exemple en Australie on a longtemps cru que la situation était sous contrôle avant que celle-ci n'explose à nouveau. Pour endiguer la seconde vague, les biostatisticiens préconisent des confinements locaux. À l'étranger, ces "verrouillages hyperlocaux" semblent fonctionner. Un avis partagé par Molenberghs, pour qui il est important que certaines régions ou certains quartiers de Belgique soient également temporairement fermés. "C'est aux politiciens de décider exactement comment cela doit être fait, mais le plus important est que les contacts entre les personnes soient temporairement restreints afin d'éviter toute nouvelle propagation du virus". Pour Barbé, il est aussi important de davantage tabler sur les soins de premières lignes qui connaissent mieux leurs patients et peuvent aussi suivre ceux qui ne sont pas à l'hôpital. "C'est aussi cela qui a manqué lors de la première vague : un meilleur suivi de tous ceux qui étaient malades, mais qui n'avaient pas de symptômes assez graves que pour se rendre à l'hôpital."