La Belgique est un Etat fédéral, avec des sensibilités politiques différentes qui peuvent s'exprimer par le biais des gouvernements des entités fédérées. Rien là de nouveau, ni de très choquant. Dans le cas de la pandémie actuelle, les signaux envoyés sont toutefois confus, parfois, en raison de ce coronavirus qui ne connait pas de frontière. C'est encore le cas au sujet de l'imminence d'une "troisième vague" ou des perspectives à donner une jeunesse qui vit de plus en plus mal ce confinement à rallonge, fut-il à géométrie variable.
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La Belgique est un Etat fédéral, avec des sensibilités politiques différentes qui peuvent s'exprimer par le biais des gouvernements des entités fédérées. Rien là de nouveau, ni de très choquant. Dans le cas de la pandémie actuelle, les signaux envoyés sont toutefois confus, parfois, en raison de ce coronavirus qui ne connait pas de frontière. C'est encore le cas au sujet de l'imminence d'une "troisième vague" ou des perspectives à donner une jeunesse qui vit de plus en plus mal ce confinement à rallonge, fut-il à géométrie variable.Depuis le début de la crise, le Conseil national de concertation et le Comité de concertation ont, globalement, permis de maintenir une vision commune. Quelques "nuances" de taille, toutefois, ont vu le jour au sujet du couvre-feu, par exemple, différents selon les Régions. Mais les sujets qui provoquent régulièrement des frictions sont de deux natures: la nécessité de maintenir les écoles ouvertes et la capacité à rouvrir certaines activités. Les situations épidémiologiques différentes expliquent en partie cette "fracture", mais aussi la sensibilité des experts, plus "alarmiste" au Nord, et des politiques - certainement depuis l'arrivée au ministère de la Santé de Frank Vandenbroucke (SP.A), mais aussi en raison d'une majorité différente en Flandre, avec le N-VA Ben Weyts à l'Enseignement nordiste..C'est encore le cas cette semaine, alors qu'une réunion de concertation est programmée au sujet des écoles et de la jeunesse. Et alors, c'est vrai, que les virus mutants sont davantage présents au nord du pays.Lors de la conférence de presse du Centre de crise, ce mardi matin, il a été précisé que les jeunes étaient désormais davantage touchés: "Les augmentations les plus fortes sont chez les enfants avec 84 % et chez les ados avec 18 %. C'est une réalité mais aussi le reflet de la stratégie de dépistage dans les écoles. Une contamination sur cinq est actuellement dépistée chez les enfants et les adolescents", ont précisé les porte-parole Steven Van Gucht et Yves Van Laethem.Les libéraux francophones sont particulièrement remontés contre le ministre socialiste flamand. Une nouvelle preuve en a été donnée ce mardi matin par leurs interviews matinales simultanées. Le ministre-président de Fédération Wallonie-Bruxelles Pierre-Yves Jeholet (MR), et la ministre francophone de la Jeunesse, des Sports et de l'Enseignement supérieur Valérie Glatigny MR) ont appelé mardi matin en radio à ne pas paniquer face à l'évolution de la pandémie et à prêter attention aux jeunes, désespérément en besoin de perspectives. Le message est clair: ce n'est pas le moment de restreindre encore la présence à l'école, et il faudrait même envisager pour l'avenir la reprise de certaines activités.La Fédération Wallonie-Bruxelles prend ainsi une position bien différente de celle de la Flandre. Ce qu'assume le ministre-président, mardi matin au micro de Bel RTL: "On ne peut pas toujours nous imposer dans le nord du pays ce qu'on va faire dans le sud (...) Non, les francophones ne sont pas sous pression", affirme Pierre-Yves Jeholet. Une réunion entre ministres fédéraux et des entités fédérées consacrée à la jeunesse aura lieu jeudi, mais le ministre-président francophone appelle surtout au calme et à l'"objectivation" de la situation. Il tacle en passant le ministre fédéral de la Santé Frank Vandenbroucke. "J'en appelle au sang froid, y compris du ministre de la Santé. Il a été alarmiste, anxiogène, dimanche. Il ne mesure pas la panique qu'il crée", insiste Pierre-Yves Jeholet, évoquant les propos du socialiste sur l'importance potentielle des contaminations dans le cadre scolaire. Pierre-Yves Jeholet rappelle qu'une restriction supplémentaire de la présence à l'école ne se fera qu'en "dernier recours". Les experts "du nord comme du sud", actuellement, ne le recommandent pas, ni de fermer complètement les écoles, assure-t-il. Même son de cloche du côté de la ministre Valérie Glatigny, interrogée sur La Première (RTBF). Comme le ministre-président, elle aborde également la nécessité de "donner des perspectives" aux jeunes, que ce soit les 12-18 ans via une future reprise de certaines activités extrascolaires (sport, etc.) ou les 18-25 via un retour partiel dans les auditoires. "Je pense qu'une extrême prudence pourrait conduire à sacrifier la jeunesse, et que les mesures qu'on prend pourraient avoir à terme des conséquences beaucoup plus dramatiques que le mal qu'elles sont censées combattre", souligne la ministre.Ben Weyts (N-VA), ministre flamand de l'Enseignement, a rejoint mardi après-midi cette option: "Beaucoup oublient visiblement les dégâts causés par le premier confinement sur les élèves et l'enseignement dans son ensemble. Une fermeture des écoles est pour moi la toute-toute dernières des mesures."Du côté francophone, certains critiquent toutefois la position des libéraux en estimant qu'elle risque de donner lieu à une troisième vague. C'est le cas notamment du conseiller communal liégeois François Schreuer (Vega) ou de l'ancien élu PS Claude Desama. "Donc, le pitch du moment, c'est qu'en raison de la détresse (bien réelle) de la jeunesse (mais en fait de presque toute la population), on s'apprête à plonger tête baissée dans une troisième vague,... qui va générer encore beaucoup plus de souffrance, écrit le premier. Méga bon plan!" "En s'acharnant à maintenir les écoles et les universités ouvertes sans tests systématiques et répétés suivis d'isolement, nous avons ouvert la voie à la deuxième vague et nous préparons la troisième, dit le deuxième. A l'instar d'anciens ministres, Désir, Glatigny et Jeholet devront s'expliquer."Visiblement, la fracture n'est pas uniquement une fracture Nord-Sud.