En Italie, toutes les entreprises non essentielles sont fermées. Cela peut-il encore arriver ici?

Erika Vlieghe : Je ne pense pas. De nombreuses entreprises ont déjà choisi de fermer leurs portes. Les secteurs dans lesquels il y a encore beaucoup d'activité aujourd'hui font déjà généralement partie des secteurs essentiels. Nous avons plus à gagner avec une meilleure surveillance des infections parmi le personnel de santé et hospitalier, et d'un contrôle plus strict encore de la distanciation sociale.

Le week-end dernier, il y avait beaucoup de monde dans les parcs et autres lieux publics. Vont-ils fermer?

Ce n'est pas forcément nécessaire, mais l'accès sera peut-être mieux réglementé. Il faudrait peut-être instaurer des quotas de visiteurs dans les parcs, si la distanciation sociale ne peut plus y être garantie. Garder cette distance devrait être la première priorité, mais nous avons toujours conseillé aux gens de sortir et de faire du sport. Le confinement doit rester vivable, afin de pouvoir le maintenir suffisamment longtemps.

Recommandez-vous encore les activités en plein air ?

Oui, tant que les gens ne sont pas les uns sur les autres dans les parcs. Le risque de transmission du virus à l'extérieur reste beaucoup plus faible qu'à l'intérieur dans un cercle familial. Les gens ont vraiment besoin de respirer. Si nous leur refusons cela, ils seront encore plus les uns sur les autres à l'intérieur, ce qui provoquerait des conflits chez eux.

La semaine dernière, pratiquement aucun nouveau cas de covid-19 n'a été signalé en Chine. Arriverons-nous aussi rapidement à ce point ?

Personne ne peut le dire. Pour l'instant, nous ne savons même pas quand nous atteindrons notre pic, bien que la plupart des modèles supposent que ce sera début avril. La courbe en Chine a duré environ deux mois à deux mois et demi. Si la Belgique suit ce rythme, la courbe finira à la mi-mai ou à la fin du mois de mai. Beaucoup dépend de la façon dont les gens respectent les nouvelles règles de conduite.

La semaine dernière, l'Imperial College de Londres publiait un article aux prédictions inquiétantes. Si nous voulons supprimer complètement le virus, nous devons maintenir les règles de conduite jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible. Conclusion : cela pourrait prendre encore dix-huit mois.

C'est une réalité dont nous devons tenir compte. Nous devons donc veiller à ce que les mesures soient efficaces et, en même temps, restent tenables. Nous pouvons parfois les assouplir, mais les resserrer plus tard, si nous constatons que le virus se répand de plus en plus. Ce sera le yo-yo des mois à venir. Certaines mesures sont plus acceptables pour la population que d'autres, ou ont simplement un impact économique et social plus important. Je pense à toutes les maisons de repos où les visites ne sont plus autorisées. C'est très douloureux. D'autre part, les universités ont déjà décidé qu'elles enseigneraient à distance jusqu'à la fin de l'année académique. Elles en découvrent les possibilités. Il y a peut-être plus d'entreprises qui voient qu'elles peuvent continuer à tourner avec beaucoup plus de télétravail.

Beaucoup de gens ont encore en tête le 5 avril comme "le jour où la vie ordinaire peut recommencer".

Ce ne sera certainement pas le 5 avril. À ce moment-là, nous aurons probablement juste atteint le pic, et cela ne signifie pas que nous pouvons relâcher notre emprise sur le virus immédiatement après. Au contraire, nous devrions alors courageusement persévérer, au moins jusqu'à ce que nous soyons tombés en dessous d'une limite significative de nouveaux cas.

Supposons que ce pic tombe au début du mois d'avril : quand pouvons-nous penser assouplir les mesures?

Aucune décision n'a encore été prise à ce sujet, mais nous ne devons pas non plus nous faire d'illusions. La première échéance a été fixée au 5 avril, car nous devions voir ce qui était réalisable, et nous l'évaluerons dans la période à venir. Comparez cela à une randonnée en montagne : nous gravissons la pente raide et nous ne voyons pas encore bien le sommet. Nous devons nous concentrer sur ce point. Dès que nous arriverons au sommet, ce sera difficile, mais nous pourrons peut-être commencer à voir comment nous allons descendre. Ce n'est que là que nous pourrons prévoir d'aller boire des verres. C'est ainsi que cela fonctionne. Même si une partie de la population s'ennuie à mourir à la maison, tandis qu'une autre partie fait un nombre incroyable d'heures supplémentaires.

On discute beaucoup pour savoir si ce virus connaîtra un second pic à l'automne et si nous devons préparer notre immunité.

On sait très peu de choses sur le fonctionnement de l'immunité contre ce virus et sur la durée de sa présence. Nous avons eu beaucoup de chance que le coronavirus se soit déclaré après que nous ayons à peu près terminé la saison de la grippe. Celle-ci était très modérée cette année, d'ailleurs. Je pourrais faire toutes sortes de simulations sinistres sur ce qui se passe lorsque ces deux virus circulent en même temps, mais nous ne le savons pas encore. Nous apprenons jour après jour.

Vos estimations deviennent-elles plus positives ou négatives ?

Cela dépend. Nous avons été frappés de voir que les personnes de moins de 60 ans peuvent aussi tomber gravement malades. En termes de pourcentage, il s'agit d'un petit groupe, mais nous ignorons encore un certain nombre de facteurs de risque.

Enfin, comme le virologiste Marc Van Ranst, pensez-vous qu'il vaut mieux ne pas réserver de voyage pour cet été ?

Nous ne devons pas nous priver de toute perspective : ce ne sera pas fini le 5 avril, mais le 5 juillet ou le 5 août, nous serons beaucoup plus loin. Je suis optimiste de nature et j'espère pouvoir me reposer avec mes proches en juillet ou en août. Ce ne sera pas à Majorque ou à Rome, mais ce n'est pas nécessaire. Il existe différentes façons de prendre des vacances. Nous verrons quand les frontières internationales s'ouvriront à nouveau. Les prochaines semaines seront cruciales et très désagréables, pour s'exprimer avec un euphémisme. Nous devons avant tout nous encourager mutuellement à traverser cette période ensemble.

Erika Vlieghe © Belga
En Italie, toutes les entreprises non essentielles sont fermées. Cela peut-il encore arriver ici?Erika Vlieghe : Je ne pense pas. De nombreuses entreprises ont déjà choisi de fermer leurs portes. Les secteurs dans lesquels il y a encore beaucoup d'activité aujourd'hui font déjà généralement partie des secteurs essentiels. Nous avons plus à gagner avec une meilleure surveillance des infections parmi le personnel de santé et hospitalier, et d'un contrôle plus strict encore de la distanciation sociale.Le week-end dernier, il y avait beaucoup de monde dans les parcs et autres lieux publics. Vont-ils fermer?Ce n'est pas forcément nécessaire, mais l'accès sera peut-être mieux réglementé. Il faudrait peut-être instaurer des quotas de visiteurs dans les parcs, si la distanciation sociale ne peut plus y être garantie. Garder cette distance devrait être la première priorité, mais nous avons toujours conseillé aux gens de sortir et de faire du sport. Le confinement doit rester vivable, afin de pouvoir le maintenir suffisamment longtemps.Recommandez-vous encore les activités en plein air ?Oui, tant que les gens ne sont pas les uns sur les autres dans les parcs. Le risque de transmission du virus à l'extérieur reste beaucoup plus faible qu'à l'intérieur dans un cercle familial. Les gens ont vraiment besoin de respirer. Si nous leur refusons cela, ils seront encore plus les uns sur les autres à l'intérieur, ce qui provoquerait des conflits chez eux.La semaine dernière, pratiquement aucun nouveau cas de covid-19 n'a été signalé en Chine. Arriverons-nous aussi rapidement à ce point ?Personne ne peut le dire. Pour l'instant, nous ne savons même pas quand nous atteindrons notre pic, bien que la plupart des modèles supposent que ce sera début avril. La courbe en Chine a duré environ deux mois à deux mois et demi. Si la Belgique suit ce rythme, la courbe finira à la mi-mai ou à la fin du mois de mai. Beaucoup dépend de la façon dont les gens respectent les nouvelles règles de conduite.La semaine dernière, l'Imperial College de Londres publiait un article aux prédictions inquiétantes. Si nous voulons supprimer complètement le virus, nous devons maintenir les règles de conduite jusqu'à ce qu'un vaccin soit disponible. Conclusion : cela pourrait prendre encore dix-huit mois.C'est une réalité dont nous devons tenir compte. Nous devons donc veiller à ce que les mesures soient efficaces et, en même temps, restent tenables. Nous pouvons parfois les assouplir, mais les resserrer plus tard, si nous constatons que le virus se répand de plus en plus. Ce sera le yo-yo des mois à venir. Certaines mesures sont plus acceptables pour la population que d'autres, ou ont simplement un impact économique et social plus important. Je pense à toutes les maisons de repos où les visites ne sont plus autorisées. C'est très douloureux. D'autre part, les universités ont déjà décidé qu'elles enseigneraient à distance jusqu'à la fin de l'année académique. Elles en découvrent les possibilités. Il y a peut-être plus d'entreprises qui voient qu'elles peuvent continuer à tourner avec beaucoup plus de télétravail.Beaucoup de gens ont encore en tête le 5 avril comme "le jour où la vie ordinaire peut recommencer".Ce ne sera certainement pas le 5 avril. À ce moment-là, nous aurons probablement juste atteint le pic, et cela ne signifie pas que nous pouvons relâcher notre emprise sur le virus immédiatement après. Au contraire, nous devrions alors courageusement persévérer, au moins jusqu'à ce que nous soyons tombés en dessous d'une limite significative de nouveaux cas.Supposons que ce pic tombe au début du mois d'avril : quand pouvons-nous penser assouplir les mesures? Aucune décision n'a encore été prise à ce sujet, mais nous ne devons pas non plus nous faire d'illusions. La première échéance a été fixée au 5 avril, car nous devions voir ce qui était réalisable, et nous l'évaluerons dans la période à venir. Comparez cela à une randonnée en montagne : nous gravissons la pente raide et nous ne voyons pas encore bien le sommet. Nous devons nous concentrer sur ce point. Dès que nous arriverons au sommet, ce sera difficile, mais nous pourrons peut-être commencer à voir comment nous allons descendre. Ce n'est que là que nous pourrons prévoir d'aller boire des verres. C'est ainsi que cela fonctionne. Même si une partie de la population s'ennuie à mourir à la maison, tandis qu'une autre partie fait un nombre incroyable d'heures supplémentaires.On discute beaucoup pour savoir si ce virus connaîtra un second pic à l'automne et si nous devons préparer notre immunité.On sait très peu de choses sur le fonctionnement de l'immunité contre ce virus et sur la durée de sa présence. Nous avons eu beaucoup de chance que le coronavirus se soit déclaré après que nous ayons à peu près terminé la saison de la grippe. Celle-ci était très modérée cette année, d'ailleurs. Je pourrais faire toutes sortes de simulations sinistres sur ce qui se passe lorsque ces deux virus circulent en même temps, mais nous ne le savons pas encore. Nous apprenons jour après jour.Vos estimations deviennent-elles plus positives ou négatives ?Cela dépend. Nous avons été frappés de voir que les personnes de moins de 60 ans peuvent aussi tomber gravement malades. En termes de pourcentage, il s'agit d'un petit groupe, mais nous ignorons encore un certain nombre de facteurs de risque.Enfin, comme le virologiste Marc Van Ranst, pensez-vous qu'il vaut mieux ne pas réserver de voyage pour cet été ?Nous ne devons pas nous priver de toute perspective : ce ne sera pas fini le 5 avril, mais le 5 juillet ou le 5 août, nous serons beaucoup plus loin. Je suis optimiste de nature et j'espère pouvoir me reposer avec mes proches en juillet ou en août. Ce ne sera pas à Majorque ou à Rome, mais ce n'est pas nécessaire. Il existe différentes façons de prendre des vacances. Nous verrons quand les frontières internationales s'ouvriront à nouveau. Les prochaines semaines seront cruciales et très désagréables, pour s'exprimer avec un euphémisme. Nous devons avant tout nous encourager mutuellement à traverser cette période ensemble.