Dans le journal Le Soir, le docteur Thomas Orban, président du Collège de médecine générale, fait savoir son ras-le-bol des médecins qui se disent être mal informés, mal équipés et mal concertés face aux premiers cas de coronavirus en Belgique.
...

Dans le journal Le Soir, le docteur Thomas Orban, président du Collège de médecine générale, fait savoir son ras-le-bol des médecins qui se disent être mal informés, mal équipés et mal concertés face aux premiers cas de coronavirus en Belgique.Pour le docteur David Simon, représentant de l'ABSyM (Association belge des syndicats médicaux), l'urgence réside surtout dans une livraison rapide de masques buccaux et de lunettes de protection pour le personnel soignant." Les informations sont limpides quant aux procédures à mettre en place envers les patients. Sciensano a publié une page dédiée au coronavirus sur son site qui reprend des consignes claires et fiables à suivre. On ne peut pas dire que le SPF Santé ne communique pas à ce sujet ", est d'avis le docteur Simon. Contacté par nos soins, le Dr Philippe Lenaerts, praticien à Bruxelles, se montre lui aussi plus modéré dans ses propos quant à la prise en charge des patients dans les cabinets médicaux : "Oui, la situation est compliquée, mais au final, cela relève plus du bon sens. Jusqu'à preuve du contraire, on ne doit s'inquiéter que pour les personnes symptomatiques (fièvre, toux, nez qui coule) qui reviennent d'une zone à risque. On préconisera une visite au domicile du patient si nécessaire. Je compare la situation à celle de l'épidémie de H1N1 en 2011. Les décisions sont en cours, on attend encore que les ministres tranchent sur la procédure, cela prend quand même du temps depuis la réunion avec les parties concernées de ce lundi. Concernant les consignes claires, je trouve que les médias font aussi du bon boulot en informant sans alarmer, de façon modérée. Je préconiserais une vigilance armée dans ce contexte incertain." En consultant le site de Sciensano, l'Institut de Santé publique, les informations données au grand public sont en effet claires. Un numéro vert (0800 14689) est mentionné pour les personnes qui auraient des doutes sur leur état de santé, qu'elles reviennent d'une zone à risque ou pas. Elles peuvent recevoir des recommandations et être rassurées sur leur état de santé général et, si besoin, être redirigées vers les personnes compétentes dans leur prise en charge. Pour David Simon, la plus grave négligence du gouvernement à ce jour en pleine crise sanitaire du coronavirus concerne surtout la pénurie de masques de protection et de lunettes - le virus se propage aussi via les yeux par de fines gouttelettes aériennes - pour le personnel soignant. "Médecins, infirmiers, kinés, dentistes... ce sont eux qui sont aux premières loges de la contamination. C'est comme aller tout nu au front !", s'insurge le médecin."Le manque criant de masques en Belgique est un scandale. Les autorités fédérales n'ont pris aucune mesure de précaution. Ces masques auraient dû être commandés par le gouvernement dès le début de l'épidémie en Chine en janvier. C'est une grave négligence des autorités. Et je ne parle pas des masques chirurgicaux qui peuvent être assimilés à de simples mouchoirs en papier et qui ne protègent en rien, mais bien des masques imperméables efficaces pendant 6 à 8 heures de travail comme les modèles FFP2 ou FFP3. A l'heure actuelle, il n'y en a pas assez pour le personnel médical. On nous parle d'une commande de 3 millions de masques et d'une livraison au 1er avril, mais ce sera trop tard", estime-t-il. Le docteur Simon alerte aussi que sans ces protections, de nombreux médecins, surtout dans le groupe le plus à risques, risquent de tomber comme des mouches. "Sur 114 médecins de la région du Borinage, 59 ont plus de 60 ans. Ces médecins-là pourraient être plus sérieusement atteints par le coronavirus. Si on prend les dernières statistiques de létalité du coronavirus, 10% des médecins de la région pourraient même en mourir. On aurait 20% d'effectifs en moins en cas d'épidémie." "Ce n'est pas qu'on ne veut pas acheter des masques supplémentaires, c'est qu'on ne peut pas parce qu'il y a une pénurie mondiale. Attendre n'est pas une option. Il nous faut des masques et nous sommes en train de voir s'il n'est pas possible d'envisager la reconversion de certaines entreprises (dans le secteur du textile, NDLR.) en Belgique pour avoir une production au moins pour notre pays", a déclaré pour sa part la ministre fédérale de la santé Maggie De Block à la sortie du comité de concertation des ministres des entités fédérées et du gouvernement fédéral mercredi matin au Lambermont à Bruxelles.Alors que la Belgique ne produit pas de masques sur son territoire, les différents gouvernements étudient des pistes pour en produire dans notre pays, a indiqué la ministre. Mais, à court terme, cela semble illusoire. "Pour le moment, ce n'est pas une option", affirme Marc Croes, spécialiste à Centexbel. "A court terme, je n'ai pas bon espoir non plus". La Belgique ne dispose en effet pas des matières premières ni actuellement des équipements. "Cela nécessite des machines spécialement conçues. Il n'y pas l'infrastructure ici", explique Marc Croes. La meilleure option pour l'heure, selon l'expert, serait encore d'importer des masques de pays ayant la capacité d'en livrer, par exemple des pays asiatiques.Une société belge a aussi proposé cette semaine au gouvernement une solution face à la pénurie. Ce mardi, le ministre Denis Ducarme, en charge des PME et des Indépendants, a visité la société louviéroise Pharmasimple, devenue leader de la vente en ligne de produits pharmaceutiques. Une visite au cours de laquelle le CEO de l'entreprise, Michael Willems, a proposé à Denis Ducarme de fournir trois millions de masques en trois jours au gouvernement belge, qui n'a pas rebondit à la proposition depuis.