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Depuis quelques semaines, la question n'était plus de savoir s'il allait arriver en Belgique, mais quand. Avec des premiers cas diagnostiqués de Covid-19, la Belgique s'est placée en phase 2. Il s'agit désormais de freiner sa diffusion. Les patients infectés sont isolés dans un service spécialisé ou suivis à leur domicile. Toutes les personnes avec lesquelles ils ont eu des contacts étroits sont répertoriées, contactées et également placées sous surveillance. Ce " cordon sanitaire " sera-t-il suffisant ? Faut-il, en sus, annuler des rassemblements collectifs, ou limiter les déplacements, à l'image de pays voisins ? Compte tenu de l'évolution de l'épidémie en Italie et en France, faudra-t-il également confiner des quartiers, des villages ? " La situation ne l'exige pas, répond le professeur Marius Gilbert, chercheur en épidémiologie au sein de la faculté des sciences de l'ULB. Parce que, comme le souligne l'expert, il n'existe pas de clusters en Belgique. Le dispositif de surveillance sanitaire n'a pas détecté un " foyer de contamination ", une survenue de cas humains groupés, limités ou localisés avec transmission interhumaine. " Jusqu'à présent, tous les patients infectés sont des personnes qui reviennent de zones à risque, du nord de l'Italie. Les cas ont donc été importés. " Autrement dit, la Belgique se situe à un stade plus précoce de l'épidémie que la France qui, elle-même, se situe à un stade plus précoce que l'Italie. Rien ne justifie alors la prise de " mesures barrières " plus contraignantes et, à ce stade, disproportionnées. La préoccupation institutionnelle est compréhensible. Celle des citoyens est moins justifiée, parce que le danger est bas, entend-on. C'est vrai : le Covid-19 est plus mortel que sa cousine la grippe, mais il affiche néanmoins un taux de mortalité faible. L'ampleur de la réaction sanitaire et de la couverture médiatique s'explique par le fait que ce virus est nouveau et qu'on ne dispose d'aucun traitement efficace ni d'aucun vaccin. Reste la question de l'ampleur que pourrait prendre l'épidémie ces prochaines semaines. " Evidemment qu'il y a un risque que des cas bénins mais contagieux ne soient pas repérés sur le territoire. Et le virus a davantage de risque de circuler parmi des personnes rassemblées en nombre ", avance l'épidémiologiste de l'ULB. Pour l'instant, les autorités sanitaires répètent, à juste titre, les manières d'augmenter notre " immunité collective ". C'est le principe sous-jacent des vaccins qui renforcent l'immunité d'une très grande partie de la population, empêchant une maladie contagieuse de se répandre, mais qui doit s'appliquer sur le plan comportemental. En clair, se laver les mains, tousser et éternuer dans le pli du coude, utiliser des mouchoirs jetables, éviter de se toucher le visage, etc. Cela se révèle efficace mais ne confère pas une défense parfaite. " Tous les experts, même les plus prudents, ont conscience que le virus sera très difficile à arrêter ", déclare le docteur Steven Van Gucht, virologue chez Sciensano et président du comité scientifique pour le coronavirus. Dès lors, il est très probable que la Belgique doive rapidement adopter des mesures de " distanciation sociale ". Une question de temps, selon les observateurs. Du coup, les stratégies devront être ajustées en temps réel et, éventuellement, enclencher la phase 3 " si le virus est partout, pas simplement chez quelques patients ", selon le propos de Maggie De Block (Open VLD), ministre fédérale de la Santé .Concrètement, il s'agit de mettre fin aux suivis individuels (les personnes infectées et leurs proches) et de passer à des mesures collectives, adoptées de façon proportionnée. Dans ce contexte, il existe un éventail de possibilités. Au-delà d'une réduction des rassemblements, d'une limitation des déplacements, d'une fermeture des écoles, du télé- travail, reviennent étonnamment en grâce les mots " quarantaine ", " isolement " et " confinement ". Très rarement appliqués, ils ne signifient pas la même chose. - La quarantaine collective : " Elle n'a jamais été efficace pour limiter la propagation d'une épidémie, assure le porfesseur Emmanuel André, médecin microbiologiste à la KULeuven. Elle mélange les personnes infectées et non infectées. Ce qui multiplie le risque de contagion. " L'idée, en tout cas, est écartée chez nous : " Isoler un quartier ou un village du monde extérieur est peu probable dans notre pays. Les villages et les villes sont très proches les uns des autres en Belgique, de sorte qu'une quarantaine est pratiquement impossible ", lit-on sur le site du SPF Santé. - La quarantaine " ciblée " : place en observation des personnes saines ou asymptomatiques le temps de s'assurer qu'elles ne sont pas porteuses. - L'isolement : concerne un patient symptomatique placé en chambre isolée dans un hôpital habilité. - L'" isolement communautaire " : il s'agit en réalité de confinement à domicile. Les autorités demandent (ou imposent) aux gens de rester calfeutrés chez eux, visités une ou deux fois par jour par des équipes qui vérifient leur état de santé (ou elles prennent elles-mêmes leur température). Selon les études, ce confinement à domicile est le plus raisonnable et pertinent sur le plan de la santé publique. Pour l'instant, rien n'est tranché. La phase 3 n'est pas encore activée et pourrait n'être appliquée que partiellement. " On se prépare à toutes les éventualités, sans dramatiser ni sous-estimer la situation ", répond-on au cabinet de la ministre fédérale de la Santé. Il n'empêche : " On manque de recul, pointe le professeur Marius Gilbert. On observe en temps réel les autres pays et on s'inspire de leur expérience. Il faudra passer par des mises en confinement, des limitations de déplacement, des annulations d'événements. Tout simplement, parce que nous n'avons pas d'autres options. Nous sommes démunis face à la transmission du virus. " Au fond, toutes ces mesures ont un objectif essentiel : empêcher à tout prix l'engorgement important des hôpitaux et maintenir la continuité des soins. Les experts disposent désormais d'une " mine d'or ", d'après le mot de l'épidémiologiste : le rapport de l'Organisation mondiale de la santé, au lendemain de sa visite en Chine. Là où le système de santé a été débordé, le taux de mortalité grimpait à 2,7 %, puisque la qualité des soins apportée aux malades avait diminué. C'est ainsi le cas de la province de Hubei, épicentre de l'épidémie. En revanche, ailleurs, en Chine, le taux de mortalité s'élevait à 0,7 %, et en Corée du Sud à 0,45 %.