" Rupture de stock." Partout, et en Belgique également, cette affichette apparaît sur la vitrine de certaines pharmacies, drogueries et magasins de bricolage vendant des masques sanitaires. Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, ces commerces n'ont jamais autant vendu de masques jetables. S'il n'y a pas encore de pénurie, l'alarmisme incite, comme dans toute situation de crise, à faire provision de produits qui risquent de manquer. Une attitude qui pourrait devenir problématique.

En effet, lors d'une épidémie, les autorités sanitaires planifient leurs besoins (personnels soignants, lits d'urgence...) et leurs ressources matérielles (combinaisons, lunettes, masques...) selon le sommet d'une pyramide, c'est-à-dire le nombre de décès, de cas sévères et de malades - ce qui est donc visible. Du coup, "on risque de passer d'une gestion raisonnée des ressources de masques à une gestion déraisonnable directement liée à la psychose", déclare le Dr Michel Van Herp, médecin épidémiologiste chez Médecins sans frontières.

Pour autant, quand il s'avérera que le virus circule en Belgique, faudra-t-il porter un masque ? "Dans un pays qui serait confronté à des dizaines de cas de Covid-19, le port du masque a clairement toute sa place", poursuit Michel Van Herp, qui a été en première ligne de nombreuses épidémies, dont les pandémies d'Ebola depuis le début des années 2000. Des dizaines de cas, cela veut dire que la stratégie n'est plus de faire barrage à l'épidémie mais de la prendre en charge. Pratiquement, pour la Belgique, le pays serait alors en phase 2.

Dans quel cas faut-il porter un masque ? Pas partout ni tout le temps, mais particulièrement dans les lieux confinés et les locaux mal ventilés. Ce sont, par exemple, les transports en commun, les bars, les restaurants, les salles de réunions. En revanche, il est inutile en rue, dans un parc, etc. ; bref à l'extérieur.

Est-il réellement nécessaire ? Il faut, ici, distinguer deux types de masque :

-le masque d'isolation et

- le masque N95 ou FFP2 (ou FFP3).

Le premier, couvrant la bouche et le nez, est une protection assez courante dans le milieu médical (chez les médecins, les dentistes...). Il sert à protéger le soignant des sécrétions des voies aériennes supérieures et de la salive par gouttelettes produites par un patient éventuellement contaminé. Mais c'est un filtre imparfait qui ne peut être considéré comme totalement étanche : il laisse passer l'air et ne se montre pas efficace contre les virus et les bactéries s'ils sont en aérosol, c'est-à-dire dans des microgouttelettes, si petites qu'elles flottent dans l'air. Celles-ci pénètrent alors par les espaces qui ne sont pas en contact étroits avec le visage.

Le second type de masque - utilisé lors de la pandémie de Sras, en 2003 - possède une étanchéité bien plus grande et filtre 95 % des particules de plus de 0,3 microns (d'où le nom de N95). Un coronavirus mesure environ 0,1 micron, mais il sera arrêté par le filtre en le mouillant et coincé dans les fibres du masque. Ces masques (N95 ou FFP2) sont également utilisés dans le secteur de la construction.

Le Covid-19 est-il un virus à gouttelettes ou à microgouttelettes ? Pour l'instant, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) opte pour la première piste. Ce qui ne convainc pas le Dr Michel Van Herp. La nuance demeure cependant importante, puisqu'elle amène des précautions plus ou moins importantes - dont le choix d'un masque évidemment.

Quand une personne est infectée par un virus à gouttelettes, elle tousse et éternue. Le virus est projeté par des gouttelettes qui, par la loi de la gravité, se dépose sur le sol et sur les surfaces (une table de réunion, par exemple), et ce jusqu'à un mètre. C'est entre autres au contact de ces surfaces contaminées que d'autres seront atteints. Dans le cas d'un virus à microgouttelettes, l'individu infecté tousse et éternue également. Le virus est ici éjecté par des microgouttelettes qui demeurent en suspension dans l'air. C'est en entrant dans une pièce où des microgouttelettes sont présentes que le virus contaminera d'autres personnes. Précision : les scientifiques estiment, pour l'instant, le temps de survie du Covid-19 à quelques heures, mais sans certitude.

Pour tout le monde ?

Il est désormais évident que le Covid-19 s'avère plus contagieux que le Sras et plus résistant que la grippe. Mais l'os sur lequel s'acharne la communauté scientifique, "c'est la masse de cas légers et de cas asymptomatiques", selon Michel Van Herp. Les malades légers ne consultent pas, tandis que les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le virus avant l'apparition de symptômes, ou du moins lorsque ceux-ci ne sont pas assez nets pour faire suspecter l'infection par le coronavirus. De même, des individus en phase présymptomatique excrètent du virus, ce qui rend l'épidémie plus difficile à contrôler. Les formes bénignes de la maladie passent en outre inaperçues.

Même les magasins de bricolage commencent à afficher: rupture de stock., Frederic J. BROWN / AFP
Même les magasins de bricolage commencent à afficher: rupture de stock. © Frederic J. BROWN / AFP

Alors, tout le monde doit-il porter un masque ? Pour l'instant, selon les autorités publiques, les seules indications de port de ce masque concernent les personnes malades et celles qui reviennent des zones de circulation actives du virus.

Enfin, si le port du masque devait être recommandé, il doit être bien porté : la petite barrette nasale rembourrée est à mettre sur le nez, puis on met les élastiques derrière les oreilles et on fait glisser le masque sur le menton pour couvrir le nez et la bouche. " Le nez doit être couvert, sinon son port est inutile ", souligne le médecin épidémiologiste. Il doit être également correctement enlevé après usage, c'est-à-dire en évitant de toucher les zones en contact avec la bouche et le nez.

Retrouvez ici toutes nos informations sur le coronavirus:Autopsie d'une pandémie moderne

" Rupture de stock." Partout, et en Belgique également, cette affichette apparaît sur la vitrine de certaines pharmacies, drogueries et magasins de bricolage vendant des masques sanitaires. Depuis le début de l'épidémie de coronavirus, ces commerces n'ont jamais autant vendu de masques jetables. S'il n'y a pas encore de pénurie, l'alarmisme incite, comme dans toute situation de crise, à faire provision de produits qui risquent de manquer. Une attitude qui pourrait devenir problématique. En effet, lors d'une épidémie, les autorités sanitaires planifient leurs besoins (personnels soignants, lits d'urgence...) et leurs ressources matérielles (combinaisons, lunettes, masques...) selon le sommet d'une pyramide, c'est-à-dire le nombre de décès, de cas sévères et de malades - ce qui est donc visible. Du coup, "on risque de passer d'une gestion raisonnée des ressources de masques à une gestion déraisonnable directement liée à la psychose", déclare le Dr Michel Van Herp, médecin épidémiologiste chez Médecins sans frontières.Pour autant, quand il s'avérera que le virus circule en Belgique, faudra-t-il porter un masque ? "Dans un pays qui serait confronté à des dizaines de cas de Covid-19, le port du masque a clairement toute sa place", poursuit Michel Van Herp, qui a été en première ligne de nombreuses épidémies, dont les pandémies d'Ebola depuis le début des années 2000. Des dizaines de cas, cela veut dire que la stratégie n'est plus de faire barrage à l'épidémie mais de la prendre en charge. Pratiquement, pour la Belgique, le pays serait alors en phase 2. Dans quel cas faut-il porter un masque ? Pas partout ni tout le temps, mais particulièrement dans les lieux confinés et les locaux mal ventilés. Ce sont, par exemple, les transports en commun, les bars, les restaurants, les salles de réunions. En revanche, il est inutile en rue, dans un parc, etc. ; bref à l'extérieur.Est-il réellement nécessaire ? Il faut, ici, distinguer deux types de masque : -le masque d'isolation et- le masque N95 ou FFP2 (ou FFP3). Le premier, couvrant la bouche et le nez, est une protection assez courante dans le milieu médical (chez les médecins, les dentistes...). Il sert à protéger le soignant des sécrétions des voies aériennes supérieures et de la salive par gouttelettes produites par un patient éventuellement contaminé. Mais c'est un filtre imparfait qui ne peut être considéré comme totalement étanche : il laisse passer l'air et ne se montre pas efficace contre les virus et les bactéries s'ils sont en aérosol, c'est-à-dire dans des microgouttelettes, si petites qu'elles flottent dans l'air. Celles-ci pénètrent alors par les espaces qui ne sont pas en contact étroits avec le visage.Le second type de masque - utilisé lors de la pandémie de Sras, en 2003 - possède une étanchéité bien plus grande et filtre 95 % des particules de plus de 0,3 microns (d'où le nom de N95). Un coronavirus mesure environ 0,1 micron, mais il sera arrêté par le filtre en le mouillant et coincé dans les fibres du masque. Ces masques (N95 ou FFP2) sont également utilisés dans le secteur de la construction.Le Covid-19 est-il un virus à gouttelettes ou à microgouttelettes ? Pour l'instant, l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) opte pour la première piste. Ce qui ne convainc pas le Dr Michel Van Herp. La nuance demeure cependant importante, puisqu'elle amène des précautions plus ou moins importantes - dont le choix d'un masque évidemment. Quand une personne est infectée par un virus à gouttelettes, elle tousse et éternue. Le virus est projeté par des gouttelettes qui, par la loi de la gravité, se dépose sur le sol et sur les surfaces (une table de réunion, par exemple), et ce jusqu'à un mètre. C'est entre autres au contact de ces surfaces contaminées que d'autres seront atteints. Dans le cas d'un virus à microgouttelettes, l'individu infecté tousse et éternue également. Le virus est ici éjecté par des microgouttelettes qui demeurent en suspension dans l'air. C'est en entrant dans une pièce où des microgouttelettes sont présentes que le virus contaminera d'autres personnes. Précision : les scientifiques estiment, pour l'instant, le temps de survie du Covid-19 à quelques heures, mais sans certitude.Pour tout le monde ?Il est désormais évident que le Covid-19 s'avère plus contagieux que le Sras et plus résistant que la grippe. Mais l'os sur lequel s'acharne la communauté scientifique, "c'est la masse de cas légers et de cas asymptomatiques", selon Michel Van Herp. Les malades légers ne consultent pas, tandis que les personnes asymptomatiques peuvent transmettre le virus avant l'apparition de symptômes, ou du moins lorsque ceux-ci ne sont pas assez nets pour faire suspecter l'infection par le coronavirus. De même, des individus en phase présymptomatique excrètent du virus, ce qui rend l'épidémie plus difficile à contrôler. Les formes bénignes de la maladie passent en outre inaperçues.Alors, tout le monde doit-il porter un masque ? Pour l'instant, selon les autorités publiques, les seules indications de port de ce masque concernent les personnes malades et celles qui reviennent des zones de circulation actives du virus. Enfin, si le port du masque devait être recommandé, il doit être bien porté : la petite barrette nasale rembourrée est à mettre sur le nez, puis on met les élastiques derrière les oreilles et on fait glisser le masque sur le menton pour couvrir le nez et la bouche. " Le nez doit être couvert, sinon son port est inutile ", souligne le médecin épidémiologiste. Il doit être également correctement enlevé après usage, c'est-à-dire en évitant de toucher les zones en contact avec la bouche et le nez.Retrouvez ici toutes nos informations sur le coronavirus:Autopsie d'une pandémie moderne