Que faisiez-vous là?

Je n'étais pas au courant de l'évènement. Je me promenais à Bruxelles et je me suis dit pourquoi ne pas faire un pique-nique au Bois de la Cambre avec des amis. Quand je suis arrivé, il était 18h30. Il n'y avait pas encore d'importantes confrontations. Les policiers commençaient à évacuer la zone. Peu à peu, la situation s'est dégradée. Le désordre a grandi à mesure que les renforts sont arrivés. Pendant une bonne heure, c'était très intense.

Y avait-il une disproportion entre les parties?

Au départ, il y avait nettement moins de policiers que de jeunes. Les policiers n'étaient pas en nombre suffisant. Par après, les renforts sont arrivés, car la situation commençait à dégénérer. La confrontation devenait physique. Les ambulances se sont alors précipitées sur place. Des policiers ainsi que des jeunes étaient blessés. Ils ont reçu des coups.

À quels actes avez-vous assisté?

Des deux côtés, il y avait des réactions disproportionnées. De la part de la police, je voyais qu'il y avait des moments où ce n'était pas nécessaire d'engager une confrontation. Malgré cela, certains jeunes se sont vus envoyer du gaz lacrymogène en plein visage. Certains policiers ont avancé sur des individus qui ne faisaient rien de grave, ce qui a énervé beaucoup de jeunes qui étaient là. Ces derniers sont alors entrés en mode défensif.

De la part des jeunes, il y a eu aussi des comportements excessifs. Certains étaient sous l'effet de l'alcool, d'autres sous l'effet de l'émotion. Certains lançaient des bouteilles d'alcool vers la police, des branches d'arbre, des poubelles saccagées: tout ce qui pouvait être recyclé comme arme.

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À votre avis, leur comportement était justifié?

Je compatissais avec les deux parties. D'une part, je comprends la police qui était là pour faire son travail, pour maintenir l'ordre parce qu'il y avait beaucoup trop de monde au Bois de la Cambre. Le virus peut facilement se répandre dans un tel évènement et causer des dégâts dans les hôpitaux. L'eau froide lancée par la police n'a pas dissuadé la foule qui est restée malgré tout. La police a dû trouver d'autres moyens pour la disperser.

En même temps, je comprends aussi les jeunes. Les règles sont d'applications depuis longtemps, et la liberté leur manque. Je ne justifie pas leur comportement. Certains avaient tort, et je me distancie de leurs gestes. Mais je pense que leurs comportements ont été exacerbés par leur frustration interne, et de ne pas pouvoir profiter de la journée.

Ce n'est pas forcément la police qui a chassé les jeunes, mais plutôt la fin de la journée. À 20h, tout le monde était fatigué et la majorité des personnes avait déjà décidé de rentrer. Ils restaient juste quelques petites confrontations qui devenaient plus individuelles que collectives.

Pourquoi avez-vous filmé les incidents?

Partager les photos et les vidéos que j'ai prises me permet de sensibiliser d'autres jeunes comme moi. Il y avait beaucoup d'abus de la part de certains. Je ne peux pas le négliger. En tant que jeunes, si l'on veut changer les choses, ce n'est pas comme cela qu'on va réussir. Si l'on veut manifester, il y a d'autres moyens de le faire tout en restant dans le calme et droit.

La curiosité m'a empêché de partir. Elle me poussait à voir tout ce que je pouvais et à chercher à comprendre les raisons derrière telle violence.

J'ai demandé aux gens qui étaient autour de moi pourquoi ils faisaient face à la police. Je ressentais beaucoup de frustrations dans leurs paroles et gestes. La plupart étaient des étudiants. Ils m'ont dit que tout comme moi, ils passaient beaucoup de temps enfermés chez eux et qu'ils voulaient juste respirer un peu. Ils se plaignaient des différents règlements à propos de la situation sanitaire. "On veut vivre! On veut la liberté!", criaient-ils. Je pense que c'était pour eux une manière de profiter du beau temps et de prendre de l'air avant le blocus de Pâques. La situation les empêchait d'exprimer leur envie de rester dehors au Bois de la Cambre comme elle m'a empêché de pique-niquer finalement.

Quelle pourrait être une solution pour que cela ne se répète plus?

Du dialogue. On avait d'une extrémité la police et de l'autre les jeunes, comme dans une guerre avec deux camps bien distincts. Mais il n'y a jamais eu de mélange entre les deux. Malheureusement, chaque fois qu'il y avait un officier ou un individu qui était isolé du reste, il était vu comme une cible par l'autre camp.

Nous étions venus en toute bonne foi. Nous avons rencontré d'autres jeunes comme nous, qui étaient dans la même situation. Nous avions envie d'être solidaires les uns avec les autres. Beaucoup se tenaient par la main pour faire une sorte de barrage contre la police. Je voudrais une communication plus saine.

Valentina Jaimes

Que faisiez-vous là? Je n'étais pas au courant de l'évènement. Je me promenais à Bruxelles et je me suis dit pourquoi ne pas faire un pique-nique au Bois de la Cambre avec des amis. Quand je suis arrivé, il était 18h30. Il n'y avait pas encore d'importantes confrontations. Les policiers commençaient à évacuer la zone. Peu à peu, la situation s'est dégradée. Le désordre a grandi à mesure que les renforts sont arrivés. Pendant une bonne heure, c'était très intense. Y avait-il une disproportion entre les parties? Au départ, il y avait nettement moins de policiers que de jeunes. Les policiers n'étaient pas en nombre suffisant. Par après, les renforts sont arrivés, car la situation commençait à dégénérer. La confrontation devenait physique. Les ambulances se sont alors précipitées sur place. Des policiers ainsi que des jeunes étaient blessés. Ils ont reçu des coups. À quels actes avez-vous assisté? Des deux côtés, il y avait des réactions disproportionnées. De la part de la police, je voyais qu'il y avait des moments où ce n'était pas nécessaire d'engager une confrontation. Malgré cela, certains jeunes se sont vus envoyer du gaz lacrymogène en plein visage. Certains policiers ont avancé sur des individus qui ne faisaient rien de grave, ce qui a énervé beaucoup de jeunes qui étaient là. Ces derniers sont alors entrés en mode défensif. De la part des jeunes, il y a eu aussi des comportements excessifs. Certains étaient sous l'effet de l'alcool, d'autres sous l'effet de l'émotion. Certains lançaient des bouteilles d'alcool vers la police, des branches d'arbre, des poubelles saccagées: tout ce qui pouvait être recyclé comme arme. À votre avis, leur comportement était justifié? Je compatissais avec les deux parties. D'une part, je comprends la police qui était là pour faire son travail, pour maintenir l'ordre parce qu'il y avait beaucoup trop de monde au Bois de la Cambre. Le virus peut facilement se répandre dans un tel évènement et causer des dégâts dans les hôpitaux. L'eau froide lancée par la police n'a pas dissuadé la foule qui est restée malgré tout. La police a dû trouver d'autres moyens pour la disperser. En même temps, je comprends aussi les jeunes. Les règles sont d'applications depuis longtemps, et la liberté leur manque. Je ne justifie pas leur comportement. Certains avaient tort, et je me distancie de leurs gestes. Mais je pense que leurs comportements ont été exacerbés par leur frustration interne, et de ne pas pouvoir profiter de la journée.Ce n'est pas forcément la police qui a chassé les jeunes, mais plutôt la fin de la journée. À 20h, tout le monde était fatigué et la majorité des personnes avait déjà décidé de rentrer. Ils restaient juste quelques petites confrontations qui devenaient plus individuelles que collectives.Pourquoi avez-vous filmé les incidents?Partager les photos et les vidéos que j'ai prises me permet de sensibiliser d'autres jeunes comme moi. Il y avait beaucoup d'abus de la part de certains. Je ne peux pas le négliger. En tant que jeunes, si l'on veut changer les choses, ce n'est pas comme cela qu'on va réussir. Si l'on veut manifester, il y a d'autres moyens de le faire tout en restant dans le calme et droit. La curiosité m'a empêché de partir. Elle me poussait à voir tout ce que je pouvais et à chercher à comprendre les raisons derrière telle violence. J'ai demandé aux gens qui étaient autour de moi pourquoi ils faisaient face à la police. Je ressentais beaucoup de frustrations dans leurs paroles et gestes. La plupart étaient des étudiants. Ils m'ont dit que tout comme moi, ils passaient beaucoup de temps enfermés chez eux et qu'ils voulaient juste respirer un peu. Ils se plaignaient des différents règlements à propos de la situation sanitaire. "On veut vivre! On veut la liberté!", criaient-ils. Je pense que c'était pour eux une manière de profiter du beau temps et de prendre de l'air avant le blocus de Pâques. La situation les empêchait d'exprimer leur envie de rester dehors au Bois de la Cambre comme elle m'a empêché de pique-niquer finalement.Quelle pourrait être une solution pour que cela ne se répète plus? Du dialogue. On avait d'une extrémité la police et de l'autre les jeunes, comme dans une guerre avec deux camps bien distincts. Mais il n'y a jamais eu de mélange entre les deux. Malheureusement, chaque fois qu'il y avait un officier ou un individu qui était isolé du reste, il était vu comme une cible par l'autre camp. Nous étions venus en toute bonne foi. Nous avons rencontré d'autres jeunes comme nous, qui étaient dans la même situation. Nous avions envie d'être solidaires les uns avec les autres. Beaucoup se tenaient par la main pour faire une sorte de barrage contre la police. Je voudrais une communication plus saine. Valentina Jaimes