Les professionnels du cerveau s'inquiètent

18/03/15 à 10:36 - Mise à jour à 10:36

Source: Belga

Des neurologues, neuropsychiatres, associations de patients et représentants de sociétés pharmaceutiques, réunis au sein du Belgian Brain Council (BBC), ont appelé, mardi au Palais d'Egmont, les décideurs politiques à prendre la mesure de l'importance de la recherche sur le cerveau.

Les professionnels du cerveau s'inquiètent

© Reuters

Cette année, le BBC estime qu'un Belge sur trois sera directement confronté à une maladie du cerveau. Malgré cette proportion, seuls 11,8% des fonds de recherche sont destinés au domaine des neurosciences. L'investissement dans la recherche est pourtant rentable et permettrait aux Etats d'économiser des milliards d'euros, selon le BBC. De plus, entre 2004 et 2010, les coûts directs des maladies du cerveau ont augmenté de plus de 40% pour atteindre les 18,4 milliards d'euros pour la Belgique uniquement. Et cela sans prendre en compte les coûts indirects à la société que représentent l'absentéisme au travail, le chômage ou encore l'exclusion sociale. Touché par la problématique depuis un accident vasculaire cérébral en 2004, le chanteur Salvatore Adamo est également venu soutenir les professionnels du cerveau et a mis en exergue le besoin d'informer la population sur les maladies qui y sont liées. "Moi-même, avant d'être pris en charge par les bonnes personnes, je ne savais absolument pas à quoi j'avais affaire." Le ministre des Pensions, Daniel Bacquelaine, également médecin, a déclaré que le rôle des décideurs politiques était aujourd'hui de rester concentrés sur les responsabilités de santé publique. "Les maladies du cerveau sont étroitement liées à la question du vieillissement. Le citoyen doit désormais rester plus longtemps sur le marché du travail et il faut que son environnement soit propice à cet allongement de l'activité", a-t-il déclaré.

Le "flou entourant" les coupes budgétaires

Si les acteurs de l'univers du cerveau s'inquiètent de l'avenir de la recherche, c'est, entre autres, en raison du "flou entourant" les coupes budgétaires annoncées par le gouvernement Michel. "L'heure est grave", confirme le neurologue Steven Laureys (CHU de Liège). "Si les politiciens ne prennent pas leurs responsabilités tant qu'il est encore temps, notre recherche, c'est l'histoire d'un coma annoncé." Toutes les parties s'accordent sur l'importance de la collaboration dans la recherche et certaines ne peuvent s'empêcher de souligner une incohérence dans la décision prise lors de la 6e réforme de l'Etat de communautariser les pôles d'attractivité interuniversitaires (PAI), qui visent actuellement à appuyer des réseaux qui font preuve d'excellence en recherche fondamentale et qui regroupent des équipes de chaque communauté linguistique. "Ces PAI permettent depuis des années à la Belgique de rayonner de par le monde", a avancé Philippe Mettens, président de la politique scientifique fédérale (Belspo). "L'Union européenne l'a encore souligné il y a peu, la faiblesse du pays, c'est son fractionnement." L'administrateur délégué de l'entreprise pharmaceutique UCB Belgique a également déploré "ce que le monde politique belge avait fait de ses universités".

Courage politique

Concrètement, les différents intervenants en appellent à présent au "courage politique", à des fonds plus soutenus et structurels, mais surtout à une plus grande cohérence. Dans ses recommandations, Jean Schoenen (BBC) a proposé la création d'un Institut fédéral pour la recherche sur le cerveau, d'un Observatoire de recherche sur le cerveau et d'une Fondation pour la recherche sur le cerveau. Le premier devrait permettre de coordonner plus facilement les recherches des différentes régions du pays, tandis que le second comblerait le manque actuel d'informations sur les recherches en cours ou déjà effectuées ainsi que sur les fonds disponibles. Enfin, la Fondation, par des dons privés, répondrait au désengagement progressif du monde de l'industrie dans le financement de la recherche. "Nous voulons aujourd'hui faire passer le message qu'une société qui cesserait d'investir dans la recherche a commencé sa décadence", conclut Gustave Moonen, de l'European Brain Council, dont fait partie BBC.

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