Gérald Papy
Gérald Papy
Rédacteur en chef adjoint du Vif/L'Express
Opinion

14/03/14 à 07:42 - Mise à jour à 07:42

Sarkozy, les affaires et l'attrait pour la démocratie

Rares sont les campagnes électorales, en France, qui ne sont pas perturbées par la révélation de l'une ou l'autre affaire. L'irruption dans l'actualité de trois dossiers affectant la droite à quelques encablures d'un scrutin municipal promis à sa victoire a donné le sentiment que cette prophétie avait atteint une sorte de zénith. "Complot socialiste", se sont empressés de dénoncer des ténors de la droite. L'accusation est abusive.

L'affaire Copé (la surfacturation présumée de prestations à une société "amie" lors de la campagne présidentielle de 2012) est un règlement de comptes au sein de l'UMP. L'affaire Buisson (l'enregistrement et la diffusion de conversations par un conseiller du président Sarkozy) est un règlement de comptes dans l'entourage de l'ancien chef d'Etat. L'affaire Kadhafi (suspicion de financement de la campagne présidentielle de Sarkozy en 2007 par la Libye) est un règlement de comptes entre le prédécesseur de François Hollande et le clan de l'ancien dictateur.

En vérité, le soupçon d'instrumentalisation socialiste porte aujourd'hui sur le zèle de juges d'instruction qui, sur la base d'écoutes, pas banales mais pas illégales, de l'ancien président et de son avocat dans le cadre du dossier Kadhafi, ont mis au jour un possible trafic d'influence et une violation du secret de l'instruction dans une autre affaire. Nicolas Sarkozy et Me Thierry Herzog auraient bénéficié d'informations confidentielles de la part d'un haut magistrat de la Cour de cassation.

La question sensible du moment est donc : les juges ont-ils fait leur job dans le respect de la loi ou en ont-ils abusé à des fins politiques partisanes ou par souci de revanche sur un président ou un ministre de l'Intérieur qui n'avait pas ménagé leur corporation pendant ses mandats ? L'accusation est grave dans le chef d'un ancien garant suprême de la Constitution et des lois. Mais, à vrai dire, c'est ce qu'on ne sait pas - encore ? - des enquêtes en cours qui est de nature à véritablement ébranler la Ve République française : la teneur des autres enregistrements de Patrick Buisson, le contenu des écoutes de Nicolas Sarkozy et leur possible - inévitable, disent certains - transmission aux dirigeants socialistes actuels, les développements de l'enquête Kadhafi...

Les dirigeants de droite jugent ridicule aujourd'hui le scénario d'un financement par les pétrodollars libyens comme ceux de gauche estimaient hier tout à fait farfelue l'hypothèse que le ministre du Budget Jérôme Cahuzac dispose d'un compte en banque secret en Suisse. Le temps de la justice est incompatible avec le temps médiatique.

Intitulée "Ce qui ne fonctionne pas dans la démocratie et comment la revivifier", une enquête récente de l'hebdomadaire britannique The Economist pointe comme principaux facteurs du désamour la réussite de la Chine, qui prouverait qu'un pouvoir autoritaire est compatible avec une croissance économique et une progression du bien-être de la population, et la crise financière de 2008 qui a amené les dirigeants européens à prendre des décisions hors de tout contrôle démocratique. D'autres indices témoignent de l'ampleur du malaise en Europe : réduction du militantisme politique, désaffection des électeurs, perte de confiance dans l'action gouvernementale... Couplé au scandale des notes de frais des députés en Grande-Bretagne ou aux impasses budgétaires récurrentes entre républicains et démocrates aux Etats-Unis, le climat politique délétère en France ne rassure pas sur le pouvoir d'attraction futur de nos démocraties.

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