Nicolas De Decker
Nicolas De Decker
Journaliste
Opinion

02/12/15 à 10:38 - Mise à jour à 10:50

Philippe de Belgique, une certaine idée du conte de fées

C'est un royaume, la Belgique, qui veut se convaincre qu'il vient d'entrer en guerre. Il y a des tanks au Palais royal et des fusils-mitrailleurs devant les écoles. Pendant ce temps, le roi de ce royaume, Philippe, est à la mer. Tant qu'il se baigne, il ne gouverne pas. Tant mieux pour nous. Tant pis pour lui.

Philippe de Belgique, une certaine idée du conte de fées

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Ce roi, le roi Philippe, était roi depuis longtemps. Il avait été fabriqué pour ça.

Ca avait été une espèce de plan d'activation très personnalisé, parce qu'il avait été un peu désoeuvré, tout un temps, le prince Philippe.

Pendant vingt-cinq ans, deux décennies de formation, on lui avait appris à comment être roi. Comment il fallait parler devant un sapin de Noël, comment il fallait faire signe avec la main droite en se tenant le képi, comment il fallait poser de profil sur les pièces de monnaie.

Qui il fallait épouser.

Sa femme, la reine, était très propre et très belle. Elle souriait tout le temps comme si elle avait passé une vie à se regarder dans une boîte de biscuits. Leurs enfants, au roi et à la reine, étaient très propres et très blonds comme les petits princes et les petites princesses des livres pour enfants d'avant la guerre.

Lorsqu'il était enfin devenu roi, le roi Philippe, on avait eu un peu peur.

Des méchants monsieurs avaient dit qu'il ne serait pas à la hauteur. Les gentils avaient répondu que ce n'était pas vrai du tout, que d'ailleurs il était très gentil, le roi Philippe. Très humain, très bien formé, très à l'écoute, très bien entouré, et surtout très investi par son métier de roi, car il s'y préparait depuis vingt-cinq ans, tellement qu'à la fin il embêtait même son papa, le bon roi Albert, pour enfin le devenir, et que vous alliez voir ce que vous alliez voir, que vous ne seriez pas déçu et même surpris. Les gentils avaient aussi répondu que dans le Royaume de Belgique, on l'aimait beaucoup. Les gentils avaient encore répondu que de toute façon, dans ce Royaume de Belgique, le roi, il ne servait pas à grand-chose. Seulement à parler devant un sapin de Noël, à faire signe avec la main droite en se tenant le képi, à poser de profil sur les pièces de monnaie et à faire beaucoup d'enfants propres et blonds. Donc que le roi Philippe serait un bon roi.

C'était vrai.

Et puis il y a eu la guerre. Une guerre terrible.

Terrible parce que les ennemis étaient encore plus méchants que les gens méchants qui disaient que le roi Philippe ne serait pas à la hauteur.

Terrible parce que les ennemis très méchants étaient si bien cachés qu'on n'arrivait pas à les retrouver, même pas chez les gueux, pas chrétiens, du canal.

Terrible parce qu'à cause des ennemis très méchants toute la capitale du royaume avait été fermée, avec des tanks, des chevaux de frise, des mitraillettes, des bottes, des rideaux de fer, des couvre-feux, des colis suspects et même des détrousseurs de cadavres.

Terrible parce que personne, au fond, ne savait à quoi elle servait, cette guerre.

Le roi Philippe non plus ne servait à rien. On le savait. Lui aussi.

Il n'avait rien à faire, pendant cette guerre.

Il est donc parti en vacances pendant cette guerre dans laquelle il n'avait rien à faire.

Le roi Philippe fait encore pire que ne rien faire quand on n'a rien à faire: il nuit.

On le découvre.

Le monde entier aussi.

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