Une prouesse scientifique qui donne de l'espoir pour traiter les maladies neurodégénératives, comme Alzheimer. © THANASIS ZOVOILIS/GETTY IMAGES

La mémoire retrouvée ?

Rosanne Mathot
Rosanne Mathot Journaliste

Jusqu’à présent, les neurobiologistes pensaient que nos souvenirs résidaient dans les modifications physico-chimiques des synapses (les jonctions entre les neurones, dans le cerveau). Mais il se pourrait que ce soit en fait l’ARN (l’acide ribonucléique impliqué dans la synthèse des protéines) ou encore les cellules souches (des cellules indifférenciées, capables de se transformer en n’importe quelle cellule) qui soient le support de l’information mnésique.

Deux études américaines semblent démontrer que l’on peut transférer les souvenirs d’un individu vers un autre, ou raviver des souvenirs, sans toucher auxdites synapses, voire en supprimant le cerveau. Ce faisant, les chercheurs ouvrent la voie vers d’innombrables possibilités, notamment dans le soin des patients souffrant de maladies neurodégénératives, comme Alzheimer. Mais, pour l’heure, pas question encore de trifouiller dans les mécanismes des souvenirs humains.

D’un côté, les biologistes de l’UCLA (l’université de Californie) se sont focalisés sur des escargots de mer, de l’autre, les scientifiques de l’université Tufts (Massachusetts) ont fait appel à des vers planaires capables de régénérer une partie de leur corps.

Dans la première étude, des gastéropodes marins ont été séparés en deux groupes. Le premier avait acquis, au terme d’un apprentissage impliquant des électrochocs, un conditionnement réflexe dont l’autre groupe était dépourvu. Ensuite, les biologistes ont prélevé de l’ARN dans ces deux groupes-là et ils l’ont injecté à des limaces  » naïves  » : des escargots de mer qui n’avaient pas été conditionnés.

Et là, surprise : les individus naïfs ayant reçu de l’ARN d’individus entraînés ont reproduit à l’identique le comportement des escargots savants, comme s’ils avaient été eux-mêmes entraînés. La mémoire d’un escargot de mer a donc bien été  » transférée  » vers un autre escargot de mer. Pour David Glanzman, membre de l’étude, les cellules seraient donc bien plus importantes que les synapses, pour ce qui est du stockage de la mémoire.

Encore plus stupéfiante, l’expérience menée par l’université Tufts (Massachusetts) : après avoir enseigné à des vers planaires un certain comportement (non réflexe, cette fois), ils leur ont coupé la tête, afin qu’il ne leur reste plus une once de cerveau. Au bout de quinze jours, grâce aux cellules souches, le cerveau des vers avait repoussé et là, miracle : les animaux se souvenaient de ce qu’on leur avait appris, même si leur cerveau était tout neuf, donc – a priori – totalement vierge ! Un résultat extraordinaire qui, pour Michael Levin (un des auteurs de l’étude) prouve que la mémoire est conservée en dehors du cerveau. Mais où ?

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