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Il ne faut pas éviter la confrontation au boulot

Olivia Lepropre
Olivia Lepropre Journaliste au Vif

L’être humain a tendance à éviter le conflit, surtout sur son lieu de travail. Et si c’était en fait un bon moyen d’avancer ?

Dans le cadre professionnel, mieux vaut éviter frictions et autres conflits, pourrait-on penser. Surtout lorsqu’il faut s’asseoir huit heures par jour à côté d’une personne avec qui on n’est pas en bons termes. Et si le collègue en question est un supérieur hiérarchique, on est encore moins enclins à la contestation.

Intérêts communs

Même lorsque nous sommes en désaccord, nous essayons de signaler que nous voulons rester en bons termes, via nos mots ou notre langage corporel. « Nous essayons de faire des concessions. Nous surveillons constamment nos conversations pour essayer de mettre les gens dans une position où ils peuvent facilement être d’accord avec nous », explique Liz Stokoe (Loughborough University), professeure d’analyse conversationnelle.

Mais cette approche serait en fait une mauvaise stratégie et ne servirait pas les intérêts communs, écrit la BBC, qui consacre un article au sujet. « Tout le monde veut travailler dans une utopie pacifique où tout le monde s’entend bien. Mais si nous ne sommes pas en désaccord, nous n’allons pas produire du bon travail, ce n’est juste pas possible », confirme Amy E. Gallo, auteure du « Guide to Dealing with Conflict » dans The Harvard Business Review.

Domaine scientifique

Avoir des opinions diverses mènera tôt ou tard à un désaccord. C’est pourtant un moyen nécessaire pour faire émerger de nouvelles idées et confronter différentes perspectives, et créer à terme un travail plus fructueux. Dans le domaine scientifique par exemple, les théories ne sont pas seulement testées par les expériences, mais également contestées et éprouvées par d’autres chercheurs. Ces remises en question sont même indispensables pour l’avancée de la recherche. « A maintes reprises, dans mon laboratoire, nous avons soumis un manuscrit pour publication, et un critique a trouvé un défaut significatif. J’en suis très reconnaissant, car j’aurais pu prendre les devants et le publier, et j’aurais eu tort en public. Désormais, seuls ce critique et moi savons que je suis un idiot », plaisante le Pr Stuart Firestein, de l’université de Columbia.

La science est d’ailleurs un bon exemple en la matière. Son système même est destiné à permettre les désaccords, entre les scientifiques, entre les théories, entre différentes interprétations… « Il y a une relation de respect en dépit du degré de désaccord que vous pouvez avoir avec une personne », confirme Firestein.

Renforcer ses arguments

Timandra Harkness, auteure de l’article de la BBC, conseille de se disputer au moins une fois par jour. Mais si possible de manière constructive. « Les différends ne doivent pas être cruels. Ils ne doivent pas être méchants. Vous pouvez le faire avec empathie, compassion et gentillesse », précise Gallo. Bien sûr, personne n’aime avoir tort et vous pensez peut-être ne pas avoir la peau suffisamment dure pour supporter cette culture du défi perpétuel. Mais, dans le fond, la confrontation en vaut la peine.

Cela permet avant tout de mesurer vos idées à des idées concurrentes. Et c’est une bonne chose, car cela vous poussera à étoffer votre argumentation. Le parti pris permet en outre de redoubler d’efforts pour chercher des arguments dans son propre sens. La confrontation peut donc nous aider à trouver de nouvelles preuves en notre faveur, ce qui nous permettra de mieux nous défendre. Vous disputer à propos d’une idée permet également de renforcer son côté égoïste. Si dans certaines situations cela peut sembler négatif, au travail cela peut être essentiel. Pour défendre son idée, il faut en être soi-même convaincu, jusqu’à parfois s’entêter. Comment convaincre un client que votre idée est « la » bonne, si vous n’arrivez pas à convaincre votre collègue ?

De plus, se confronter à quelqu’un qui est d’un autre avis permettra de préparer les remises en question du camp adverse et d’éviter l’excès de confiance voire la polarisation. Notre interlocuteur, si c’est un collègue qui a pour but de nous aider, peut également nous signaler la faiblesse de notre raisonnement. Seuls, nous tombons rapidement dans la pensée facile et rassemblons des arguments évidents pour renforcer nos hypothèses. Ce n’est que lorsque vous permettez à d’autres de trouver les faiblesses de votre argumentation que vous pouvez tester vos idées.

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