Digital Smell : des stimuli électriques pour susciter l'impression de l'odeur. © DR

Quand l’odeur n’a plus de barrage

Rosanne Mathot
Rosanne Mathot Journaliste

C’est un nez. Que dis-je ? C’est un cap, nouveau, franchi dans l’avancée des technologies de l’immersion olfactive : des chercheurs malaisiens, en partenariat avec l’université de Dresde, affirment avoir réussi à simuler l’impression de l’odorat, grâce à des électrodes placées dans le nez de trente et une personnes. Ces électrodes, qui envoient de légères impulsions électriques dans les récepteurs olfactifs tapissant la muqueuse nasale, créeraient, chez le cobaye la sensation de sentir des odeurs qui n’existent pas.

L’immersion olfactive est un très vieux rêve humain. En 1902 déjà, l’extravagant poète sino-allemand Carl Sadakichi Hartmann avait promis à Broadway un Voyage au Japon en 16 minutes : alors que deux geishas agitaient des linges parfumés devant des ventilateurs, le public devait imaginer ce périple vers l’Asie. Le concept du poète reposait sur le fameux syndrome de Proust qui englobe tous les phénomènes liés à la mémoire olfactive.

Le spectacle de Sadakichi Hartmann fut un fiasco, comme le furent d’ailleurs la plupart des essais suivants : l’écran parfumé japonais, Treehugger, le premier film olfactif en réalité virtuelle en 2017, ou l’oPhone, un prototype de téléphone imaginé par des chercheurs de Harvard. En 2014, c’est ce téléphone qui envoya, grâce à une application, le premier texto parfumé, fragrance  » macaron-fruit de la passion-champagne « , à travers l’Atlantique. Mais là aussi, le grand public ne manifesta pas un vif intérêt. Probablement parce que toutes ces techniques impliquent la nécessité d’acheter des consommables (gels, capsules, etc.) et qu’elles limitent les odeurs à seulement quelques thématiques.

La grande innovation des chercheurs de l’Institut d’imagerie de Malaisie est d’avoir eu recours, eux, à des stimuli électriques pour susciter l’impression de l’odeur. Dix parfums virtuels auraient ainsi été sentis par les cobayes de l’étude. Pour Adrian Cheok, qui travaille sur ce projet Digital Smell, le développement des  » odeurs électriques  » pourrait prendre encore des années. Reste que les applications sont innombrables, que ce soit en matière de divertissement et de loisirs (jeux vidéo en réalité augmentée, cinéma, sites de rencontres, vente de café ou de parfum par correspondance…) ou en médecine, notamment pour les personnes ayant perdu le sens de l’odorat. Une équipe de médecins de l’hôpital des enfants Astrid-Lindgren, à Stockholm, vient de démontrer que chez les grands prématurés, les odeurs hospitalières activent les voies de la douleur, ce qui altèrerait le développement du cerveau. Ici aussi, les odeurs virtuelles pourraient être une belle solution.

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