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Tolérance dans la communauté LGTB : « J’ai été dévisagé à une soirée pour homos »

Stijn De Wandeleer

Pour le monde extérieur, la communauté LGTB est un lieu de refuge où chacun est libre d’être soi-même sans aucune honte. Mais est-ce vraiment le cas ?  » Si vous ne correspondez pas aux idéaux, vous êtes méprisé. « 

Blanc, mince, musclé. Si votre apparence correspond à ces trois mots, vous avez de fortes chances de vous sentir à l’aise dans la communauté gay. Cette constatation paraît bizarre pour une communauté félicitée pour sa diversité. Pourtant, ces idéaux de beauté obstinés restent une raison pour beaucoup d’homosexuels de ne pas se mêler à cette communauté. Âgé de vingt ans, Frederik Beelen, lui-même gay, en fait partie. Ses tresses oxygénées sont épinglées vers l’arrière. Une boucle d’oreille scintille à son oreille gauche et ses yeux portent des traces de crayon noir. « Je commence seulement à en mettre » indique-t-il. « C’est une forme d’expression de soi qui n’est pas encore acceptée par la société. Elle fait beaucoup froncer les sourcils, mais la communauté gay n’est pas non plus toujours accueillante. »

Perruque de bonne femme

Sur les applications de rencontre, Frederik a souvent dû encaisser des remarques sur son apparence physique : « Un jour, quelqu’un m’a demandé si j’avais également une photo sans perruque de bonne femme alors que j’attache mes cheveux de cette façon tous les jours. Ce genre de remarques me fait vraiment mal. » Lorsque je me promène en rue avec du maquillage et une jupe, on me reproche parfois de rendre l’intégration des autres gays difficile.

Lorsqu’il a fait son coming-out, Frederik ne s’attendait pas à ce genre de réactions: « J’étais vraiment convaincu que j’allais être accueilli à bras ouverts par des centaines de gays et que je me ferais beaucoup d’amis. » Il le raconte en gesticulant et en faisant des gestes extravagants, mais la réalité était beaucoup plus modérée. Ses premiers pas dans la communauté gay ont été tout sauf positifs. « J’ai été dévisagé à une soirée pour homos. » Frederik a commencé à remarquer ce dégoût des gens à partir du moment où il a commencé à modifier davantage son apparence. « Lorsque je me promène en rue maquillé et en jupe, on me reproche souvent de rendre l’intégration des autres gays difficile », dit-il. « Mais c’est simplement ma façon de m’exprimer. Pour moi, c’est ce qu’il y a de plus naturel. » Lorsque je demande à Frederik s’il trouve qu »être gay est difficile, il répond « ce n’est pas être gay qui est difficile, c’est plutôt la manière dont j’exprime mon identité genrée qui pose problème. »

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Un profil Tinder masculin

Sur Tinder, il sélectionnait auparavant ses photos de manière à paraître le plus masculin possible pour ne pas effrayer ses « dates » potentiels. « Mais pour le rendez-vous, je faisais l’opposé. Je me comportais de manière aussi féminine que possible, plus que d’habitude. Je pense que j’agissais de la sorte par culpabilité pour la fausse image que je me construisais en ligne. » Pour Frederik, c’était un test : « S’ils s’intéressaient à moi dans cette version extrême, ils devraient également accepter le vrai moi. » Frederik a du mal à comprendre le mépris que certains gays éprouvent à sa vue. « Je ne comprends vraiment pas comment on ne peut pas être attiré par toute une race ou un type de personnes » raconte-t-il, visiblement en verve. « Au bout du compte, je veux surtout quelqu’un sur qui je peux compter et je veux qu’elle m’accepte tel que je suis. Je trouve cela beaucoup plus important que de correspondre à un idéal de beauté. »

Effacer la bisexualité

Ines Rombouts ne se sent pas non plus embrassée par toute la communauté LGTB. Ines est bisexuelle, transgenre et utilise les pronoms « eux » et « lui ». Ines est très impliquée dans des associations comme Wel Jong, Niet Hetero et Cavaria. « Ces associations font tout leur possible pour créer un climat aussi ouvert que possible pour toutes les orientations », raconte Ines. « Mais dans d’autres endroits de la communauté, la bisexualité est difficilement acceptée. »

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La bisexualité se définit par une attirance pour les hommes, les femmes ou d’autres identités non binaires. C’est une orientation comme une autre, mais beaucoup de gens, tant au sein de la communauté qu’à l’extérieur, oublient souvent cela ou voient juste cela comme des caprices. Pour aborder ces innombrables incompréhensions autour de la bisexualité, Ines a lancé Project Bi avec sa marque Musthave en 2016. Résultat : une collection de vêtements qui affiche tous les préjugés sur la bisexualité. Des messages comme « leaving you for a guy » ou « trust me, I’m bi » sont des réponses salées aux questions énervantes auxquelles font à chaque fois face les personnes bisexuelles.

« Quand je suis en couple, on me demande souvent si je le/la quitterais pour quelqu’un de l’autre sexe » témoigne Ines. Mais devoir à chaque fois prouver sa bisexualité est fatigant : « Je n’étais encore jamais sortie avec une fille et les gens trouvent difficile de croire que je suis aussi attirée par les filles sans en avoir eu la preuve. »

J’attribue ce problème à cette pensée caricaturale dans laquelle tombe rapidement la société. « Si j’étais en relation avec une fille, les gens penseraient directement que je suis lesbienne. Et au contraire, si je ramène un garçon à la maison, je suis hétéro. Ce n’est évidemment pas comme ça que ça fonctionne. Mon identité ne change pas en fonction de mon partenaire. » C’est une vision qui ne se voit pas beaucoup dans la communauté LGTB, mais qui se manifeste à pleine puissance : « Un jour à Berlin, une lesbienne avec qui j’ai toujours voulu sortir m’a dit que si je voulais un jour être avec une fille, je devrais me définir comme lesbienne. » Les frustrations d’Ines sur la bisexualité ont atteint leur paroxysme un jour de Pride de Bruxelles. Sur son blog, Ines raconte comment elle a remis à leur place des gens qui gâchaient sa journée : « Une personne qui distribuait des préservatifs a refusé de m’en donner un. C’est évidemment absurde. Lorsqu’on est bisexuel, on a également besoin de préservatifs. D’ailleurs, depuis quand la contraception est une responsabilité entièrement masculine ? » À un moment, une autre fille a flirté avec Ines jusqu’à ce qu’on finisse par lui dire qu’elle était bisexuelle : « D’un coup, elle n’était plus intéressée. »

Plus de dépressions

C’est ce genre de réactions qui poussent certains bisexuels à se déclarer gays ou lesbiennes. « Ils connaissent les réactions de leur propre communauté » , suppose Ines. « Donc, ils font très attention lorsqu’ils sortent avec des personnes du sexe opposé de peur d’être découverts. »

Après notre conversation, Ines m’envoie encore un message : « J’ai oublié de dire quelque chose. Les personnes bisexuelles risquent davantagede tomber en dépression ou de souffrir d’autres problèmes psychiques que les autres LGBT. » Cela s’avère exact: en effet, cacher son identité est néfaste pour sa santé mentale, mais les personnes bisexuelles sont encore plus affectées. Des chercheurs constatent en effet que les personnes bisexuelles sont moins heureuses, plus stressées et moins satisfaites de leur vie que les gays, lesbiennes et hétéros. Pour arriver à ces conclusions, l’étude a questionné 300 000 personnes entre janvier 2013 et 2015. Ne pas considérer la bisexualité comme une sexualité à part entière est donc bel et bien néfaste.

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« Filtrer sur la race »

« La communauté LGTB n’est également pas toujours tendre avec les personnes d’origine différente », raconte Adel Khelifi. Ses parents sont turcs, mais il est né en Belgique. Bien que personne ne lui a jamais rien dit en face sur sa couleur de peau, il constate un recul plus subtil: « Dans le climat politique actuel, les politiques jouent souvent sur l’idée que les personnes d’origine étrangère n’accepteront de toute façon pas les personnes LGTB ou transgenres. Ce discours est non seulement polarisant, mais il nie également l’existence d’une communauté LGTB et transgenre d’origine étrangère. »

Mais Adel est surtout énervé par les applications de rencontre pour gays qui permettent de filtrer les gens en fonction de leur race. « Parfois je lis des choses comme « pas d’homos efféminés » ou « pas de noirs ». Je comprends que tout le monde ait ses préférences, mais pour les personnes en question, c’est très révélateur », affirme Adel. « Lorsque je lis un message du genre, je lève les yeux au ciel. Ce n’est pas parce qu’on est gay ou bi qu’on est forcément favorable à l’égalité de la femme et anti-raciste. Les filtres peuvent être utiles, mais ici ils ne donnent qu’une image restreinte de la communauté. »

Malgré tout, Adel voit la Pride d’un oeil optimiste. « Il y règne un sentiment d’appartenance », raconte-t-il avec enthousiasme. Néanmoins, il est tout même étonné par la négativité envers la Pride qui émane de la communauté LGTB. « Bien qu’il n’y ait rien de mal à cela, tout le monde n’est pas en drag en train de danser sur un char. Des gens plus modérés sont également présents. » Mais Adel nuance tout de suite la chose : « La Pride a été commencée par des drag-queens. C’est donc assez hypocrite de leur reprocher d’aller trop loin. La communauté est tellement variée et les gens expriment leur identité et leur genre de manières tellement différentes. Laissez-nous y faire notre place, même au sein de la communauté. »

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