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Etes-vous en ordre de vaccination? Un nouveau «coffre-fort» va voir le jour en Wallonie: «On a des trous dans le système»

Noé Spies
Noé Spies Journaliste au Vif

Si la couverture vaccinale est assurée lors de la petite enfance, le parcours de protection se transforme souvent en gruyère à l’adolescence et l’âge adulte. En Wallonie, le taux de vaccination global et la traçabilité posent problème. La «vaccicard», nouvel outil sur le point d’être lancé, doit y remédier.

Il a fallu une pandémie mondiale en guise de piqûre de rappel: la vaccination, malgré ses nombreux détracteurs, reste l’un des actes de prévention médicale les plus importants, sûrs, et efficaces. L’immunité représente aussi un enjeu collectif de santé publique: se protéger soi-même, certes, mais également, dans certains cas, protéger les autres.

Pourtant, la multitude de vaccins disponibles sur le marché souffre toujours d’un manque d’information au sein de la population. Leurs caractères obligatoires, recommandés, ou accessoires (tout comme la temporalité des prises) sont autant de zones d’ombre qui freinent parfois la démarche. Plus encore que la simple conviction personnelle. Voici donc une dose de rattrapage.

Vaccination: un seul obligatoire, plusieurs recommandés

C’est assez simple: en Belgique, seule la vaccination contre la poliomyélite est légalement obligatoire, et ce depuis 1967. Même pour les plus réticents, impossible d’y échapper: une attestation de vaccination doit être transmise à la commune.

D’autres vaccins sont recommandés lors de la petite enfance. Ils deviennent obligatoires si l’enfant de moins de 3 ans fréquente les crèches et garderies. Ils sont au nombre de quatre, en plus de la poliomyélite:

  1. Diphtérie;
  2. Coqueluche;
  3. Haemophilus influenzae type b;
  4. 4. Rougeole, rubéole et oreillons.

Pour le nouveau-né, cela ne signifie pas autant de piqûres: rougeole, rubéole et oreillons peuvent être injectés en une fois. Les autres font partie d’un vaccin qui comporte une protection contre six maladies, dit «hexavalent» (avec également le tétanos et l’hépatite B). Au total, le Programme de vaccination de la Fédération Wallonie-Bruxelles recommande de protéger son bébé (2 mois – 2 ans) contre douze maladies, dont le détail est disponible ici.

«Concernant les nouveau-nés, le taux de vaccination est assez bon en Belgique, commente Steven Van Gucht, virologue et président du Comité scientifique de Sciensano, l’Institut belge de santé. La structure mise en place par l’ONE est efficiente». La vaccination des nourrissons «est primordiale, car elle protège contre les maladies très sérieuses et potentiellement létales. En revanche, pointe l’expert, plus l’âge progresse, moins la performance du système est satisfaisante.»

Entre 3 et 12 ans, l’attention autour la protection vaccinale commence (déjà) à s’amenuiser, alors que l’enfant est particulièrement exposé à de nouveaux virus durant cette période de la vie. Souvent oubliés, des rappels sont fortement conseillés à l’âge de 5-6 ans et 7-8 ans. La liste complète se trouve ici. Il en va de même entre 13 et 18 ans, de 19 à 64 ans, et pour les 65 ans et plus. Pour chaque tranche d’âge, des doses dites de «rattrapage» sont possibles. Pour une vue complète et didactique, le calendrier de vaccination 2025-2026 est disponible en fin d’article.

Le taux de couverture vaccinale chez les bébés «est bon car les vaccins se font sur un laps de temps assez court», ajoute Sylvie Anzalone, porte-parole de l’Office de la Naissance et de l’Enfance (ONE), qui souligne une certaine tendance, dans la population, à oublier «que la vaccination protège réellement». De fait, certaines maladies, qui avaient auparavant des conséquences négatives énormes sur la santé des jeunes, «ont presque disparu grâce aux vaccins.»

En marge du calendrier vaccinal de base, d’autres vaccinations peuvent également être effectuées selon des besoins spécifiques (voyages, personnes fragiles, activité professionnelle à risque, grossesse, etc.) dont les détails peuvent être consultés ici.

Parmi tous les vaccins, quatre, en particulier, sont en-dessous des objectifs fixés par la FWB, malgré une probable sous-estimation des chiffres globaux, confirme au Vif l’ONE:

  1. 1. Le rappel 5-6 ans DTPa-IPV (vaccin tétravalent de diphtérie, tétanos, coqueluche, poliomyélite);
  2. 2. Le rappel 7-8 ans RRO2 (deuxième dose de rougeole, rubéole, oreillons) ;
  3. 3. La vaccination HPV (13-14 ans);
  4. 4. La vaccination DTPa (rappel trivalent) à 15-16 ans

Vaccination: comment connaître son statut vaccinal?

Adolescent ou adulte, il n’est pas toujours aisé de retracer son historique de vaccination. Quatre possibilités pour y voir plus clair:

  • Consulter son carnet de santé de l’ONE;
  • Consulter sa carte de vaccination; 
  • S’adresser à son médecin traitant;
  • Demander un accès aux archives de consultations de l’ONE (jusqu’à 6 ans, ensuite l’Aviq ou Vivalis prennent le relais).

Un historique de vaccination est également disponible en ligne, sur masanté.be, mais celui dépend du bon encodage du médecin de famille.

A cet égard, la «vaccicard», qui sera lancé en janvier 2026, est vouée à devenir «le coffre-fort wallon donnant accès au carnet de vaccination électronique de chacun», expose Lara Kotlar, porte-parole de l’Aviq, l’Agence pour une Vie de Qualité. Ce nouvel outil sera destiné aussi bien aux patients qu’aux professionnels de santé, soit via masanté.be soit via le Réseau Santé Wallon (RSW). «A terme, tout le statut vaccinal sera numérisé.» Pour les nouveau-nés actuels, le suivi deviendra très simple puisque désormais100% électronique. Pour les autres, le médecin de famille peut encoder en ligne les vaccins authentifiés précédemment sur le carnet papier. «Le but final est de reconstituer un historique complet du patient.»

«La vaccicard est le nouveau coffre-fort wallon donnant accès au carnet de vaccination électronique de chacun.»

Mais «tout le monde ne doit pas être vacciné contre tout», tempère Lara Kotlar. Le médecin généraliste «reste le mieux placé pour suggérer un schéma vaccinal personnalisé pour chacun. En cas de doute sur le statut d’un vaccin, la bonne pratique est de le refaire.»

Se vacciner une fois de «trop» ne comporte aucun risque, confirme Steven Van Gucht. Par ailleurs, de manière immunologique, «il n’est pas dangereux d’administrer plusieurs vaccins en une séance, rappelle le directeur scientifique de Sciensano. Notre système immunitaire est fait pour être stimulé avec beaucoup d’antigènes. Donc, oui, il est possible d’administrer deux vaccins dans deux bras différents au même moment. Certains vaccins comportent également plusieurs protections en une seule injection, ce qui facilite la démarche.»

Malgré ces facilités, les schémas vaccinaux des Belges témoignent de toujours plus de manquements. «La diphtérie, le tétanos, la rougeole ou l’hépatite B manquent souvent à l’appel», liste de façon non exhaustive Lara Kotlar.

Rougeole: l’exemple-type du «trou dans le système»

Le vaccin contre le rougeole illustre parfaitement la dégradation de l’attention vaccinale avec l’âge. Mais aussi le manque crucial de traçabilité actuel. Sur la question, des différences importantes se creusent entre la Wallonie et la Flandre. La première dose contre la rougeole, qui inclut également rubéole et oreillons, est administrée à l’âge d’1 an. Avec un bon taux de vaccination: environ 95%.

La deuxième dose, donnée à 7-8 ans en Wallonie mais non obligatoire, présente une couverture beaucoup moins satisfaisante: seuls 50% des enfants la reçoivent, «ce qui est largement insuffisant», déplore Steven Van Gucht. «On manque d’une vue globale sur le taux de vaccination de la rougeole. Elle est tantôt réalisée par les services reliés à l’école, tantôt par le pédiatre, tantôt par le médecin généraliste. Cette diversité des sources débouche sur une défaillance d’enregistrement. On a des trous dans le système», alerte le scientifique.

Pour les pallier, la Flandre, par exemple, a rapproché la deuxième dose de rougeole à l’âge de 2 ans. La Wallonie, pour l’instant, n’a pas emboîté le pas. «L’ONE n’est pas contre un alignement, mais nous suivons actuellement les recommandations du Conseil Supérieur de la Santé», explique Sylvie Anzalone, porte-parole.

«L’administration de la deuxième dose de rougeole, en Wallonie, est largement insuffisante. On a des trous dans le système.»

Par ailleurs, durant les années 1990, le système de vaccination contre la rougeole était encore très neuf. Ainsi, de nombreuses personnes nées durant la décennie n’ont pas reçu leur vaccin. «Les trentenaires actuels peuvent vérifier leur carnet de vaccination ou demander à leur médecin généraliste si la rougeole a été effectuée, conseille Steven Van Gucht. Dans le doute, il est préférable de demander un vaccin de rattrapage.» Les personnes nées avant 1990 sont davantage susceptibles d’avoir contracté la maladie, car le vaccin n’était pas encore présent. Dans ce cas, l’immunité est assurée à vie.

Preuve d’une couverture trop partielle, la rougeole a connu une recrudescence récente, alors que la maladie avait quasiment disparu.  «Mais beaucoup de parents restent réfractaires à la vaccination de leur enfant», regrette Lara Kotlar.

Papillomavirus (HPV): sous-utilisé, il peut éviter certains cancers

Pour Steven Van Gucht, la couverture vaccinale contre le papillomavirus (HPV) peut être largement améliorée. Ce virus, principalement transmis par contact sexuel, débouche la plupart du temps sur des infections bénignes. Mais, il y a un grand mais: certains types de HPV sont à haut risque, et peuvent provoquer des verrues génitales ou des cancers (col de l’utérus, anus, gorge, etc.).

Le vaccin est, depuis quelques années, accessible pour les jeunes adolescents et réalisé à 13-14 ans en deux doses. «Là aussi, le taux de couverture est beaucoup moins bon en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. C’est regrettable, car le vaccin contre le HPV est l’un des plus efficaces et les plus sûrs, avance le virologue. Disons les choses clairement: il protège contre plusieurs cancers. Et celui du col de l’utérus reste l’un des plus répandus chez les femmes. En ce sens, il est vraiment très important.» Le papillomavirus n’est qu’un exemple parmi d’autres. «Globalement, pour les vaccins recommandés à l’âge adulte, on peut encore avancer énormément», estime Steven Van Gucht.

Grippe: à peine 20% des groupes à risque vaccinés en Wallonie

Comme pour la grippe, par exemple, où le taux de couverture, n’est, lui non plus, pas réjouissant. Le rappel annuel du vaccin, en Flandre, atteint une couverture de 50% auprès des groupes à risque (65+). «A Bruxelles et en Wallonie, ce taux chute à 20%», s’inquiète Van Gucht. «Le vaccin confère une protection certes partielle, mais, chaque année, la grippe continue de causer des milliers d’hospitalisations et de décès. Ils pourraient être évités avec une meilleure protection des personnes à risque. Atteindre 40% en Wallonie serait déjà une évolution considérable.»

Pour Steven Van Gucht, cette aversion à la vaccination caractérisée en Wallonie trouve sa source… en France, dont la population, à la culture hésitante sur la question, influence la partie francophone de la Belgique. «Les mentalités diffèrent fortement avec la Flandre. Cet écart est marqué pour tous les vaccins, dans toutes les tranches d’âges confondues.»

Pneumocoque: 13% et pourtant si important

La vaccination contre le pneumocoque, une bactérie qui peut infecter les poumons, ne fait pas exception. Elle est conseillée aux personnes plus âgées et/ou fragiles, tous les cinq ans.

«Chez les 65+, le taux de vaccination oscille autour des 13% seulement. Or, c’est typiquement le vaccin où la couverture, selon moi, devrait être de 100% chez les groupes à risque», affirme Steven Van Gucht.

Le zona, d’une pierre deux coups

La vaccination contre le zona offre de sérieux avantages. Une seule dose est nécessaire, souvent recommandée aux 65+. «Le zona est un virus qu’on porte dans notre système nerveux toute notre vie. Mais il peut se réveiller avec l’âge et donner d’importantes douleurs, qui perdurent», décrit Steven Van Gucht.

Son vaccin comporte un avantage non négligeable. «Il protège partiellement contre la démence et diminue les risques de 20%», chiffre l’expert. Vacciner, à un âge plus avancé, confère donc une protection indirecte contre d’autres maladies chroniques. «Ces avantages secondaires de la vaccination sont moins connus, mais de plus en plus prouvés scientifiquement.»  

Hépatite B, tétanos, coqueluche, VRS… les autres piliers

Le rappel contre le tétanos doit être effectué tous les dix ans. «Le tétanos est probablement LE vaccin non-obligatoire mais incontournable», estime Lara Kotlar. La dose contient aussi une protection contre la coqueluche, importante pour les nouveau-nés. «Il est conseillé aux personnes en contact régulier avec les jeunes enfants, à commencer par les parents eux-mêmes, de se faire vacciner contre la coqueluche, pour les protéger de manière indirecte», conseille Steven Van Gucht. Et, à nouveau, «cette idée assez bien acceptée en Flandre, très peu en Wallonie».

«Le tétanos est probablement LE vaccin non-obligatoire mais incontournable.»

La vaccination contre l’hépatite B, virus qui peut toucher le foie et gravement l’endommager, «est aussi hyper importante». Elle est d’ailleurs obligatoire pour le personnel soignant.

Le vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS), enfin, touche les nouveau-nés, mais peut aussi causer des pneumonies à l’âge adulte. «Le vaccin est neuf, fonctionne très bien, mais sa couverture n’est pas encore très large. Il offre une protection pour les deux-trois années qui suivent l’injection et ne nécessite pas spécialement un rappel annuel», conclut Van Gucht.

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