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Comment prendre soin de son cœur ?

Olivier Rogeau
Olivier Rogeau Journaliste au Vif

Liés à l’hygiène de vie, à l’âge et aux antécédents familiaux, les facteurs de risque des maladies cardiovasculaires sont bien connus. Mais la Belgique ne brille pas sur le plan de la prévention. Comment prendre soin de son cœur ?

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A cœur vaillant, rien d’impossible.» La devise de Jacques Cœur, grand argentier du royaume de France au XIVe siècle, renvoyait au courage, qui permet de surmonter toutes les épreuves. Donnons à l’expression un sens organique, pour rappeler que les maladies cardiaques peuvent entraîner une restriction des activités et provoquer douleur, essoufflement, anxiété, syncopes .

Non seulement les pathologies cardiovasculaires troublent la qualité de vie, mais elles sont aussi la cause de mortalité la plus courante dans les pays développés. «En Belgique, elles sont à l’origine de 22 000 hospitalisations et 30 000 décès par an», indique Antoine Bondue, chef du service de cardiologie de l’hôpital Erasme. En 2021 comme en 2020, elles ont été, dans notre pays, la principale cause de décès, devant les tumeurs et les maladies du système respiratoire.

Les femmes aussi

LA DÉCOUVERTE

Des chercheurs de la KULeuven ont mis au point une intelligence artificielle (IA) capable d’interpréter les scans de la rétine. D’après eux, cette technique permet de prédire les risques de crise cardiaque avec une précision de 70% à 80%. Un dépistage automatique avec cette IA serait ainsi utile pour identifier et orienter les patients à haut risque.

«Les maladies cardiovasculaires sont encore considérées comme des pathologies masculines, alors qu’elles sont la première cause de mortalité féminine en Belgique et dans le monde, avant le cancer du sein, signale Sandrine Daoud, directrice de la Ligue cardiologique belge. En quinze ans, le pourcentage de femmes de moins de 50 ans victimes d’un infarctus a triplé. Les femmes ont aujourd’hui les mêmes comportements à risque que les hommes. Le nombre de jeunes fumeuses a explosé et les femmes sont, plus qu’autrefois, confrontées au stress professionnel.»

Une enquête américaine révèle que les femmes victimes d’un arrêt du cœur sont 27% moins susceptibles que les hommes de bénéficier d’un massage cardiaque. «Car il y a une réticence à toucher la poitrine d’une inconnue, mais également parce que le grand public pense à tort qu’un malaise cardiaque concerne moins les femmes que les hommes», commente Sandrine Daoud.

Tiercé gagnant

Près de 80% des maladies cardiovasculaires sont liées à l’hygiène de vie. Les principaux facteurs de risque, outre l’âge et les antécédents familiaux, sont l’hypertension artérielle, le taux élevé de cholestérol, le diabète de type II, l’obésité, le tabagisme, la consommation excessive d’alcool, la sédentarité, le stress et la dépression. La prévention des maladies cardiovasculaires repose donc sur l’arrêt tabagique, une alimentation équilibrée et la pratique régulière d’une activité physique. Ce qui se résume par le moyen mnémotechnique 0-5-30: 0 cigarettes, 5 portions de fruits et légumes par jour et 30 minutes quotidiennes de marche, vélo, gymnastique…

«J’appelle les enfants à demander à leurs parents fumeurs de cesser de fumer en leur présence, car le tabagisme passif cause aussi des dégâts, alerte Sandrine Daoud. Mes autres conseils préventifs: se déshabituer du sel, qui provoque de l’hypertension, et éviter les sodas, qui abîment les artères.» Diminuer le taux de «mauvais cholestérol» passe par le remplacement des acides gras saturés, surtout présents dans les viandes grasses, les produits laitiers et les aliments préparés (pizzas, quiches, pâtisseries, viennoiseries, biscuits…), par des acides gras insaturés, dont les principales sources sont les noix, les graines (lin, chia, chanvre) et les poissons gras (saumon, sardines, hareng, maquereau…).

Consulter

«Les facteurs de risque sont clairement identifiés, reconnaît le Dr Bondue. Pourtant, peu de personnes en Belgique connaissent leur tension artérielle, leur taux de cholestérol et leur niveau de sucre dans le sang. Ceux qui cumulent les facteurs de risque, dont l’hérédité, devraient consulter leur médecin traitant, se faire diagnostiquer et accepter une prise en charge.»

75

Environ 75 transplantations cardiaques sont pratiquées chaque année en Belgique (une moyenne qui a chuté pendant la crise sanitaire), alors que près de 250 000 Belges sont atteints d’insuffisance cardiaque.

Même des personnes qui présentent des symptômes comme des douleurs thoraciques ou des troubles du rythme cardiaque tardent à consulter, constate le cardiologue. «Souvent, mes patients victimes d’un infarctus ou d’un accident vasculaire considèrent cette attaque comme un coup de tonnerre dans un ciel serein! Les dépistages du cancer se sont généralisés, pas les examens cardiovasculaires, alors que les maladies du cœur sont plus évitables que les tumeurs. Les pouvoirs publics ont une lourde responsabilité: la Belgique est à la traîne sur le plan de la prévention des maladies du cœur.»

Pour aller plus loin

PRENDRE SON CŒUR À CŒUR

Comment protéger son cœur et ses artères? Prévenir les maladies cardiovasculaires et leurs complications? Prendre en charge leurs facteurs de risque? Prenez votre cœur à cœur (éd. Odile Jacob, 2021) associe les compétences et l’expérience de deux médecins, Jacques Fricker, nutritionniste, et Patrick Assyag, cardiologue.

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