Certaines de ces vidéos peuvent cumuler plusieurs millions de vues.

Pourquoi les vidéos «What I Eat In a Day» sur les réseaux sociaux peuvent se révéler «toxiques»

Montrer ce que l’on mange du matin au soir est devenu un format phare sur les réseaux sociaux. Mais les vidéos «What I Eat In a Day» peuvent se révéler problématiques en raison du message véhiculé.  

Une petite musique d’ambiance en fond sonore, puis des repas qui s’enchaînent au fil de la journée, avec le décompte des heures. Généralement, la healthy food est à l’honneur: avocats, graines de chia, tofu… Parfois, le nombre de calories est indiqué, voire même le poids de chaque aliment. Lancées il y a quelques années, les vidéos «What I Eat In a Day» (WIEIAD, «Ce que je mange en une journée») reviennent en force sur les réseaux sociaux depuis quelques mois. Le principe tient dans le nom: une personne filme ce qu’elle mange tout le jour durant. Elle peut y ajouter des commentaires, se filmer en train de préparer ses repas ou tout simplement de manger, histoire de rendre la vidéo encore plus «immersive».

Un concept simple, très prisé des influenceurs. Des magazines people sont allés jusqu’à diffuser des vidéos des régimes alimentaires de certaines stars d’Hollywood, en se basant sur des interviews ou leurs posts Insta, TikTok ou Facebook. De quoi toucher un très large public –certaines cumulent plusieurs millions de vues– pas toujours conscient du danger.

Des repas «instagrammables» mais hors du réel

«Ces contenus à caractère nutritionnel peuvent parfois être amusants, notamment pour comparer différentes approches alimentaires, concède la diététicienne Dorothée Demoiny. Mais il peuvent surtout être toxiques, notamment parce qu’ils ont une influence réelle.» En cause, selon elle: des idéaux corporels très normés, pouvant conduire à des troubles alimentaires. Car à l’origine de ces vidéos se trouvent généralement des personnes au corps «parfait», faisant l’apologie d’une alimentation qu’elles annoncent très saine.

«Les repas présentés sont peu représentatifs de la réalité quotidienne. Cela crée de fausses attentes sur ce qui est considéré comme normal ou sain.»

«Généralement, les repas sont très esthétiques, très « instagrammables », mais peu représentatifs de la réalité quotidienne, pointe la spécialiste. Cela crée de fausses attentes sur ce qui est considéré comme normal ou sain.» C’est ce qui ressort aussi d’une étude menée en 2024 sur les effets du visionnage de ces vidéos sur les jeunes. Elle a ainsi démontré que regarder ce type de contenus mettant en avant des aliments très faibles en calories rendait les spectateurs plus insatisfaits de leur corps et plus enclins à vouloir suivre un régime.

Pour Serge Pieters, diététicien-nutritionniste, le risque de développer des comportements orthorexiques est réel. «Cela correspond à un besoin excessif de contrôler son alimentation, atteste-t-il. Chez des personnes souffrant déjà de troubles comme l’anorexie ou l’anorexie boulimique, ces vidéos peuvent les renforcer.»

Absence de contexte nutritionnel

Autre problématique: l’absence totale de contexte nutritionnel, accentuant le manque de fiabilité de ces contenus. Ces vidéos sont en grande majorité réalisées par des non-professionnels de la santé. Des informations cruciales peuvent manquer: le contexte (est-ce un régime particulier dans un but précis?), le niveau d’activité physique habituel de la personne filmée, son âge, son poids… Autant de détails qui, mis bout à bout, ont leur importance.

«Tout le monde n’a pas les mêmes besoins alimentaires», insiste Serge Pieters, prenant l’exemple des régimes de sportifs de haut niveau ou de bodybuilders, souvent vantés dans les vidéos WIEIAD. C’est-à-dire des personnes dont la forme physique ou les performances sont loin de correspondre à ceux de Monsieur et Madame Tout-le-Monde, et répondant à des besoins spécifiques. Il regrette aussi les «fausses croyances» relayées ou les conseils pouvant être guidés par des messages à caractère promotionnel: «Ce n’est pas parce qu’une personne est très suivie que son message est scientifiquement fondé…» Supprimer ou «surconsommer» certains aliments sont des conseils pouvant se révéler dangereux pour la santé.

«Le contenu ne respecte pas systématiquement les recommandations inhérentes à une alimentation équilibrée», renchérit Dorothée Demoiny. La diététicienne a déjà remarqué que les fruits et les légumes ne sont pas toujours présents en quantités suffisantes, tandis que les matières grasses sont soit sous-estimées, soit «passées sous silence». «Ces vidéos donnent finalement l’illusion qu’il n’existerait qu’une seule bonne façon universelle de manger, alors que tout dépend du contexte, de la personne et de ses besoins.»

D’un extrême à l’autre

Des contenus prenant le contre-pied se multiplient également sur les réseaux. On y voit des personnes «lambda» filmer ce qu’elles mangent lors d’une journée au bureau, par exemple. D’autres, en surpoids, mettent en valeur des régimes très riches en porn food, à base de burgers ou de frites à chaque repas. «Ce sont d’autres extrêmes alimentaires», glisse Dorothée Demoiny, mettant à nouveau en garde contre les «comportements toxiques».

TikTok ou Instagram accompagnent toutefois les recherches liées au hashtag #WhatIEatInADay par un message d’avertissement. «Si toi ou une personne de ton entourage vous vous posez des questions sur l’image que vous renvoie votre corps, sur l’alimentation ou sur l’exercice physique, sachez que vous pouvez demander de l’aide et que vous n’êtes pas seuls», peut-on lire sur le premier. «Si vous pensez très souvent à votre poids ou à vos habitudes alimentaires, ces ressources peuvent vous être utiles», affiche le second, renvoyant sur une page de conseils. Mais ce n’est pas pour autant que les géants des réseaux sociaux ont décidé d’encadrer la publication des vidéos WIEIAD...

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