Les commerces grignotent le repos hebdomadaire désacralisant le dimanche. Entre contraintes professionnelles et choix assumés, comment les Belges le réinventent-ils?
Dix heures, un dimanche d’hiver. Les néons du grand magasin brillent déjà, mais Assia n’a pas le cœur à l’ouvrage. Cette directrice adjointe d’une enseigne d’ameublement a été contrainte, il y a deux ans, d’ajouter le dimanche à son emploi du temps surchargé. Payée à peine 20 euros (net) de plus pour une journée entière passée loin de ses deux enfants. Assia a fini par claquer la porte. «Je ne les voyais quasiment plus: les samedis et les dimanches, j’étais coincée au magasin de 10 à 20 heures, jamais vraiment disponible pour eux», confie-t‑elle à regret. Et pour quel bénéfice? «Sur le plan du chiffre d’affaires, le dimanche n’apporte rien à une enseigne comme celle‑ci: avec les surcoûts de salaires, on finit par travailler à perte. Alors, à part empiéter sur la vie privée du personnel, à quoi bon ouvrir ce jour‑là?», lance‑t‑elle, révoltée. La question d’Assia résonne bien au‑delà de son cas personnel. Entre pression économique et aspirations sociales, le dimanche est‑il en train de perdre son statut à part?
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Le nombre annuel d’ouvertures dominicales autorisées par magasin en Belgique.
Jour de shopping
Des supermarchés aux écrans des smartphones, le dimanche s’est indéniablement transformé en jour de consommation et de services dans de nombreux pays. En Belgique, où la règle fut longtemps la fermeture hebdomadaire, les choses ont évolué à pas mesurés. La législation –loi sur le travail et loi économique–facilite aujourd’hui le travail le dimanche. En pratique, plusieurs dérogations ont largement vidé de sa substance le fameux repos dominical: aujourd’hui, 700 des plus de 800 supermarchés Delhaize en Belgique lèvent le rideau le dimanche. La plupart d’entre eux sont gérés par des indépendants qui ont choisi d’ouvrir, répondant à «une demande croissante de flexibilité et de commodité» des clients. Selon Silvie Vanhout, formatrice en marketing, «les ventes du dimanche peuvent représenter jusqu’à 20% des ventes hebdomadaires» dans ces magasins. Sous la pression de la concurrence, même des enseignes naguère réticentes s’interrogent: Stefan Goethaert, le PDG de Colruyt, a admis réfléchir à ouvrir le dimanche, voyant que les chaînes fermées ce jour‑là laissent filer des parts de marché. Et dès 2026, Okay, l’enseigne de proximité du distributeur ouvrira ses portes le dimanche matin.
Aujourd’hui, 700 des plus de 800 supermarchés Delhaize en Belgique lèvent le rideau le dimanche.
Pour autant, la Belgique reste officiellement plus restrictive que ses voisins. La France a assoupli sa législation en 2015. La loi Macron y a porté de cinq à douze le nombre de dimanches d’ouverture autorisés par an (sur décision des maires) tout en créant des zones touristiques et commerciales où l’ouverture dominicale est possible 52 semaines sur 52. De son côté, l’Allemagne conserve une tradition dominicale très protégée: chaque Länder (région) fixe quelques dimanches «shopping». Par exemple, Berlin en autorise dix par an. Mais la règle demeure que les boutiques restent closes le septième jour. A l’inverse, d’autres pays ont embrassé la semaine continue: au Royaume‑Uni, tous les commerces peuvent ouvrir le dimanche (les grands magasins se limitant à six heures de vente). L’Italie a libéralisé complètement les horaires depuis une décennie, et l’Espagne permet l’ouverture dominicale généralisée dans des régions comme Madrid. Il existe même des cas de rétropédalage: en Pologne, dirigée par un gouvernement plus conservateur, après une brève période de liberté, une loi récente interdit désormais le commerce la plupart des dimanches, prévoyant seulement quelques «dimanches commerciaux» par an. Cette diversité européenne montre combien l’organisation du dimanche est un choix de société délicat, entre flexibilité économique et attachement culturel.
Du côté des chiffres, l’incidence de ces mutations reste controversée. Certes, la fréquentation dominicale progresse: en Belgique, la part du chiffre d’affaires hebdomadaire réalisée le dimanche par les supermarchés était déjà passée de 5,1% en 2008 à 8,1% en 2015, selon le bureau d’études GfK. Les enseignes qui ouvrent constatent souvent un surcroît de ventes hebdomadaires. Pour autant, l’idée que le travail dominical crée de l’emploi neuf est largement remise en cause par les syndicats et même certains économistes. «L’ouverture des magasins le dimanche ne crée pas d’emploi. Le chiffre d’affaires est simplement lissé sur sept jours au lieu de six», tranche le syndicat CNE (Centrale nationale des employés). Les petits commerçants indépendants partagent cette crainte: 80% d’entre eux restent opposés à une libéralisation totale, redoutant de ne pouvoir suivre financièrement.
La fin du temps collectif? Sociologues et historiens éclairent le «jour à part»
Depuis des siècles, le dimanche occupe une place à part dans les calendriers: un «jour de rupture qui a préoccupé toutes les sociétés depuis l’époque mésopotamienne», rappellent les sociologues Jean‑Yves Boulin et Laurent Lesnard. Dans leur ouvrage Les Batailles du dimanche, ils soulignent combien ce jour non travaillé fut conçu comme un temps collectif par excellence. «C’est un jour de synchronisation sociale, de rencontre et d’échanges à plusieurs échelles: personnelle, avec son conjoint, ses enfants, ses amis, ses équipiers sportifs et plus largement avec l’ensemble de la société», développe Laurent Lesnard. Cette «synchronisation» hebdomadaire a longtemps permis aux individus de se retrouver ensemble hors du labeur: la messe du matin, puis le repas dominical, les loisirs ou activités associatives… Autant de moments partagés qui structuraient le rythme social.
Or, c’est précisément cette fonction qui vacille à l’«ère du 24/7». «Nous distinguons plusieurs types de conséquences sociales des dimanches travaillés. Le jour de repos compensateur en semaine ne remplit pas la même fonction qu’un jour partagé par la majorité comme le dimanche», avertit Laurent Lesnard. «Une société ne peut pas se construire sans calendrier commun», assure l’historien Michel Grandjean. La perte progressive d’un jour réellement «mis à part» inquiète ainsi de nombreux observateurs. Avec la flexibilisation du travail, le risque est d’effacer les frontières entre temps productif et temps libre, jusqu’à faire du dimanche un jour comme les autres.
«Pour que le dimanche soit férié, il a fallu 120 ans de lutte, de 1789 à 1906.»
Plusieurs experts analysent cette évolution comme le produit du libéralisme et de l’individualisme. «Après des siècles de contrôle, par la loi, du temps libre des classes populaires, allons‑nous sombrer dans le consumérisme élevé au rang d’activité majeure de notre société?», interroge Laurent Lesnard. «On peut dire que la nouvelle religion, celle qui rassemble le plus de pratiquants, est le consumérisme», s’indigne‑t‑il. Il rappelle qu’au XIXe siècle, la bataille pour le repos dominical était d’abord une revendication sociale contre l’exploitation sans limite, «120 ans de lutte, de 1789 à 1906, pour que le dimanche soit férié», souligne également le sociologue Jean Viard. Voir aujourd’hui ce jour de repos grignoté par les impératifs marchands constitue à ses yeux un renversement paradoxal. On assiste même à un «spectaculaire renversement idéologique après des siècles de revendication du « droit au repos dominical »», note Laurent Lesnard: désormais, certains invoquent un «droit au travail» le dimanche au nom de la liberté ou du pouvoir d’achat. Mais dans la réalité, cette liberté est toute relative: beaucoup de salariés du commerce n’osent refuser de peur d’être sanctionnés. Travailler le dimanche n’est bien souvent pas un choix, mais une contrainte, rappellent les syndicats, surtout dans les secteurs précaires.

Dimanche sans repos: une variété des profils, une même tension silencieuse
Derrière les chiffres, les tableaux de bord et les analyses d’experts, il y a des réveils qui sonnent tôt, des repas de famille écourtés et des calendriers intimes recomposés. Qu’ils soient employés de la grande distribution, petits commerçants, journalistes, soignants, coursiers ou cadres, de plus en plus de Belges connaissent l’envers du décor des dimanches et jours fériés travaillés: ce moment où l’on part au boulot alors que le voisin rallume la cafetière ou met le poulet au four.
Sabrina, 42 ans, a longtemps incarné ce visage discret de la grande distribution belge. Responsable de rayon dans un hypermarché à la périphérie de Liège, elle aimait organiser ses équipes, voir le magasin se remplir le samedi, jouer avec les implantations pour doper les ventes. Pendant des années, le dimanche était resté un point fixe: rideau baissé, téléphone sur silencieux, table allongée chez ses parents avec ses deux enfants autour d’elle. Puis la direction a décidé d’étendre les horaires. D’abord quelques dimanches «exceptionnels», puis un roulement plus régulier. «Au début, j’ai joué le jeu, avoue‑t‑elle. On parlait de primes, de « flexibilité », de modernité.» Sur le papier, la compensation dominicale existe. Dans la réalité, elle la laisse amère. «Quand j’ai fait le calcul, c’était surtout du temps qu’on ne rattrape pas, souffle‑t‑elle. Je partais alors que mes enfants étaient encore en pyjama, je rentrais quand ils commençaient à se préparer pour le lendemain.» Elle finit par demander à revenir à un planning sans dimanches, essuie plusieurs refus, puis démissionne. Sabrina a retrouvé un poste dans un magasin plus petit, fermé le dimanche. Elle y gagne un peu moins, mais décrit un soulagement physique presque immédiat: la certitude que, chaque semaine, une journée reste vraiment à l’écart.
«Une société ne peut pas se construire sans calendrier commun.»
A quelques dizaines de kilomètres de là, Christine, 31 ans, tient une petite boucherie de quartier reprise avec son compagnon. Le dimanche matin, les néons éclairent sa vitrine de brochettes et de rôtis dès 8h30. Elle a longtemps hésité avant d’ouvrir ce jour‑là. «Economiquement, c’est difficile de faire autrement, admet‑elle. C’est là qu’on fait une bonne partie du chiffre.» Les clients défilent, plus détendus, parfois en famille, un peu bavards. Mais en coulisses, le dilemme reste entier. Les grands repas dominicaux avec ses parents et ses sœurs ont peu à peu disparu de son calendrier. «Au fond, je préférerais être assise à table plutôt que derrière mon comptoir, glisse‑t‑elle. On finit toujours par manger à la va‑vite, vers 14 heures, quand tout le monde a déjà terminé.» Elle sourit en racontant que certains habitués, souvent à la retraite, lui confient faire «leurs petites courses du dimanche» alors qu’ils ont toute la semaine devant eux. «Parfois, je me dis qu’ils ne se rendent pas compte qu’on aimerait, nous aussi, avoir un vrai dimanche de temps en temps.» Chez elle, la fierté de faire tourner un commerce et la frustration de sacrifier ce jour familial cohabitent en permanence.
Ces trajectoires de commerce de proximité rejoignent, par d’autres chemins, les interrogations de ceux dont le travail est moins visible. Laurent, 45 ans, journaliste dans un quotidien de référence, assure depuis près de 20 ans au moins un dimanche sur deux à la rédaction Web. Au début, il y voyait plutôt un privilège: l’ambiance plus calme, le plaisir d’être aux commandes du site, la sensation d’être «au cœur de l’actualité» quand certains sujets tombent le week‑end. Avec le temps, la liste des rendez‑vous manqués s’allonge. Mariage d’un cousin, anniversaire des 90 ans d’une grand‑mère, week‑ends entre amis rabotés ou annulés: il les énumère sans aigreur, mais sans naïveté. «Ce n’est pas seulement le dimanche, explique‑t‑il. C’est aussi le samedi soir où il faut rentrer plus tôt, la fatigue du lundi qui suit.» Il continue par attachement au métier, mais tiquait en entendant, lors des débats politiques, qu’il s’agirait simplement de laisser chacun «choisir» de travailler ou non le dimanche. Dans sa rédaction, il a vu une collègue être mise à l’écart après avoir refusé un changement d’horaire dominical. «Sur le papier, c’est un choix, nuance‑t‑il. Dans les faits, il y a des pressions, des sanctions implicites. Jusqu’où est‑ce encore une liberté individuelle?»
A l’autre bout de la chaîne médiatique, Arlette, responsable éditoriale Web d’un magazine belge, a construit un rapport presque inverse aux jours fériés. Là où Laurent tente de protéger ses dimanches, elle s’est mise à travailler spontanément les jours fériés, les 1er mai, 11 novembre ou autres congés officiels. Pas par goût de la transgression, mais par compromis avec son rôle de manager. Ses équipes, elles, assurent les gardes tôt le matin, tard le soir, certains week‑ends. Arlette, de son côté, bénéficie d’horaires plus souples, d’une certaine latitude pour organiser ses journées. Lorsque son prédécesseur lui a expliqué qu’il prenait les jours fériés à sa charge, elle a jugé le geste cohérent. «Si c’est pour le côté altruiste, si je peux m’exprimer ainsi, il y a aussi un côté égoïste. En soi, être en congé un jour férié m’importe peu, ce sont des jours un peu morts pour moi, il ne se passe rien.» Pour elle, ces dates ne sont ni sacrées ni particulièrement désirées. Elle préfère les transformer en jours de travail à distance, depuis son salon, et récupérer ces journées plus tard pour partir plus longtemps en voyage. Reste une limite non négociable: «Ma seule exception: je ne travaille jamais le 21 juillet, jour de la fête nationale belge, puisque c’est mon anniversaire.» Ce jour‑là, elle coupe tout pour rejoindre ses parents et sa sœur. Le reste du temps, elle assume. «Je pense que mon équipe est très reconnaissante de ne pas avoir à travailler les jours fériés.» Dans son cas, les jours fériés deviennent une monnaie d’échange: elle les prend sur elle pour préserver les autres, et les reconvertit plus tard en jours de liberté choisis.

Le meilleur jour de la semaine
A côté des salariés qui réarrangent ou subissent les jours à part, d’autres acceptent volontiers que le dimanche soit un jour «comme les autres» dans leur agenda, parce que leur métier le suppose depuis toujours. Claire, 37 ans, infirmière dans un hôpital, ne compte plus les dimanches passés en service. Quand elle a choisi cette profession, elle savait que les nuits de garde, les réveillons et les week‑ends faisaient partie du paquet. «Cela ne me posait pas de problème, même si je préférerais être avec ma famille», reconnaît‑elle. Pour elle, le dimanche au travail, c’est la continuité d’un service qui ne s’arrête jamais: pansements à refaire, médicaments à distribuer, gestes de confort pour des patients qui, souvent, ne savent même plus quel jour on est. Elle ne remet pas en cause cette nécessité.
Aussi, on retrouve ceux pour qui le dimanche est devenu le meilleur jour de la semaine… en matière de revenus. Bilal, 27 ans, livreur à vélo pour plusieurs plateformes, le dit sans détour: «Le dimanche soir, c’est là que tout se joue.» A partir de 18 heures, les commandes affluent. Une famille qui commande des pizzas après une journée au parc, un couple qui se fait livrer un ramen, des colocataires qui procrastinent sur le ménage: sur son application, les courses s’enchaînent, les notifications s’allument. Célibataire, sans enfant, Bilal profite de cette fenêtre pour «faire son chiffre»: primes horaires, pourboires plus généreux, trajets souvent plus fluides qu’en semaine. Il sait que ce rythme serait plus difficile à tenir avec des responsabilités familiales, mais pour l’instant il le considère comme un compromis acceptable. Son témoignage illustre la logique d’une économie où le dimanche n’est plus synonyme de pause, mais de pic d’activité. Derrière les écrans, une infrastructure entière continue de tourner: restaurateurs, livreurs, modérateurs de contenus, techniciens. Un serveur informatique en panne un dimanche soir, un colis que l’on espère voir arriver «avant lundi», un streaming qui doit rester disponible: autant de demandes qui reposent sur des personnes réelles.
Au fil de ces récits, une évidence se dessine: le dimanche et les jours fériés ne forment plus un bloc homogène. Et poser la question «où sont passés nos dimanches?» revient à sonder l’âme des sociétés contemporaines. Le dimanche d’hier, jour chômé, souvent sanctifié, temps fort de la vie familiale, n’aurait pas disparu: il se serait fragmenté, diversifié, parfois dénaturé. Pour certains, il reste le dernier bastion d’un temps protégé, pour d’autres il est devenu un jour comme les autres, voire un espace de contraintes supplémentaires. Sur le plan économique, l’ouverture dominicale a accompagné l’essor d’un monde qui ne s’arrête jamais, au risque de «banaliser» ce qui faisait l’exception. Sur le plan sociologique, la perte du synchronisme collectif du dimanche nourrit l’individualisation des rythmes mais aussi de nouvelles libertés. Et sur le plan intime, chacun négocie à sa manière ce rapport amour‑haine au dernier jour de la semaine: on l’attend, on le chérit, on le redoute un peu aussi.
Sur le plan économique, l’ouverture dominicale accompagne l’essor d’un monde qui ne s’arrête jamais.
Faut‑il pour autant légiférer davantage pour protéger ce jour de repos commun? Ou bien accepter de le transformer au gré des évolutions, tout en veillant à ne laisser personne au bord du chemin? La réponse, sans doute, se trouve dans un équilibre subtil, cet équilibre que recherchent Assia, Christine, Laurent, et tant d’autres, pour que le dimanche reste, malgré tout, un temps à part, différent des autres.
Le blues du dimanche soir
Parallèlement, le fameux «blues du dimanche soir» rappelle que ce jour pas comme les autres s’accompagne aussi d’une teinte mélancolique pour beaucoup de contemporains. Le «blues du dimanche soir», mélange de tristesse diffuse et d’anxiété d’anticipation, est loin d’être anecdotique: selon la psychologue américaine Larina Kase et plusieurs enquêtes internationales, il concernerait près de 80% des personnes. Cette déprime dominicale, qui touche une grande majorité, même ceux qui aiment leur emploi, aurait de multiples causes. D’abord, la perspective du retour aux obligations crée une anxiété d’anticipation. Ensuite, le dimanche après‑midi est souvent un moment creux, notamment pour les personnes seules: «Rues désertes, magasins fermés… c’est un jour gris, étrange et improductif», analyse la psychologue espagnole Lua Banos. Le contraste est saisissant avec l’agitation de la semaine et le repos actif du samedi rempli d’activités. Dimanche, faute de structure, on se retrouve face à soi‑même, ce qui peut faire émerger des pensées existentielles, de la solitude ou des inquiétudes qu’on avait mises de côté. En ce sens, le syndrome du dimanche soir est presque le revers de la médaille d’un jour de repos entièrement libre: il «fonctionne comme un miroir qui reflète notre côté sombre», note la psychologue espagnole, une petite mort hebdomadaire où inactivité rime avec introspection parfois morose.
Certains voient dans ce «blues du dimanche» le signe que la société a perdu en partie le sens du dimanche. Autrefois structuré par des obligations collectives (messe, repas familial, etc.), il peut devenir un espace un peu vide, que chacun tente de remplir comme il peut. Beaucoup transforment ainsi le dimanche en journée de consommation et de loisirs marchands, remplissant le vide par une séance de shopping en galerie commerciale ou de scrolling sur Internet. Or cela peut renforcer le sentiment d’insatisfaction: l’écran et les boutiques ne combleront jamais entièrement le besoin de lien social ou d’épanouissement personnel.