Van Hooydonk

« Nous sommes à l’aube de la plus grande révolution technologique de l’histoire de l’automobile »

Urbain Vandormael
Urbain Vandormael Spécialiste voitures  

Au sein des marques automobiles, les designers gagnent en visibilité et respect. Dans les médias, leurs noms sont de plus en plus souvent mentionnés en même temps ceux du grand patron. De quoi gonfler leur ego. Mais chez Adrian van Hooydonk, directeur du design chez BMW Group, rien de tout cela. Il ne recherche pas la célébrité ou les applaudissements, même s’il ne rechigne pas à bousculer les codes avec des créations et des déclarations controversées.

Ce n’est pas la première fois qu’Adrian van Hooydonk (58 ans) est critiqué pour une nouvelle création controversée. Cette fois, il s’agit de la nouvelle Série 7. D’une certaine façon, il suit ainsi les traces de son prédécesseur Chris Bangle qui, dans les années 90, a sorti BMW de son train-train avec des designs controversés. Son successeur est néanmoins plus un ambassadeur qu’un provocateur grâce à sa personnalité inspirante et très accessible.

BMW est la meilleure école

Adrian van Hooydonk est originaire du Limbourg néerlandais, il a étudié à TU Delft et se définit comme le prototype du bourguignon, soit comme quelqu’un qui aime les bonnes choses de la vie. Chaque minute de chaque journée de travail est préprogrammée, des semaines à l’avance. Sa journée de travail commence tôt le matin et se termine tard le soir. A son niveau, il ne peut jamais s’octroyer une pause.  En 2009, l’Américain Bangle passe le flambeau à son bras droit Van Hooydonk, dont la modestie sincère – il se met rarement en avant – s’avère être une arme sous-estimée. Cet autoproclamé joueur d’équipe, originaire de la région de Maastricht, dirige depuis Munich les 700 concepteurs répartis dans plusieurs studios de conception dans le monde. Les objectifs sont clairs et ambitieux, la pression est élevée, mais le turn-over au sein du personnel est relativement faible. Les employés ne quittent BMW que pour occuper des postes à responsabilité ailleurs. Comme dans le cas de notre compatriote Pierre Leclercq qui est devenu directeur du design chez Citroën tandis que Jochen Paesen part chez Kia. Dans le secteur, BMW est considérée comme la meilleure école pour ceux qui veulent faire carrière dans le monde de l’automobile. 

BMW i8

Un rêve d’enfant devient réalité

Adrian van Hooydonk travaille pour BMW depuis 1992 et vit avec sa famille dans la banlieue verte de Munich. « Enfant, je n’avais qu’un but, celui de devenir designer automobile. J’ai fait d’innombrables dessins et croquis de modèles imaginaires, tous plus révolutionnaires les uns que les autres. Si je me plais toujours ici après trente ans, c’est parce que mon travail est devenu de plus en plus stimulant et intéressant. J’ai conçu des produits pionniers tels que le X5, le X6 et, plus tard, la i3 et la i8, les prédécesseurs des voitures électrifiées d’aujourd’hui. BMW place ses employés dans une position de confiance et d’opportunité qui fait partie intégrante de notre culture d’entreprise. Tout le monde a le droit et la possibilité de faire ses preuves ! Il en résulte une multitude d’idées. Si, en fin de compte, seule une partie des propositions sont mises en production, elles sont généralement les meilleures de leur catégorie. »

Ce n’est donc pas un hasard si BMW réussit régulièrement à commercialiser ce qu’on appelle un segment de niche. C’est ainsi que le segment des SUV a vu le jour après quelques jours de réflexion lors d’un team building réunissant quelques designers et spécialistes du marketing de BMW dans une maison sur la plage de la côte ouest américaine. 

La critique comme élément du processus d’apprentissage

On le sait, chaque minute de la journée de travail d’Adrian van Hooydonk est préprogrammée. Il arrive cependant que des circonstances imprévues viennent tout chambouler. Comme le 19 avril de cette année. Ce jour-là, à Munich, on dévoile enfin la septième génération de la Série 7. Mais le design de la nouvelle venue va être vivement critiqué, non seulement par la presse automobile, mais aussi par les fidèles fans de BMW sur les réseaux sociaux.

Adrian van Hooydonk
Adrian van Hooydonk © Getty

«Tout changement, petit ou grand, attire les critiques. Tant qu’elle est professionnelle, j’essaie d’en tirer de sages leçons. J’ai également appris à ne pas prendre les critiques personnellement. Au sein du groupe BMW, je suis responsable de BMW, MINI et Rolls-Royce, qui ont chacune leur propre directeur du design, et je dirige environ 700 employés qui ont tous leur mot à dire dans l’histoire d’un nouveau modèle. Après tout, la conception d’une voiture est complexe, multiforme et requiert des compétences diverses. Dans le cas de la nouvelle Série 7, beaucoup de gens s’offusquent de son apparence imposante. Mais elle est disponible avec un moteur à essence et diesel, mais aussi électrique. Cela signifie qu’il doit y avoir de la place pour un gros moteur à essence ou diesel à l’avant et une grosse batterie dans le plancher. Il fallait également créer de l’espace pour un intérieur super luxueux avec un grand écran panoramique pour les passagers arrière. La critique ne tient pas non plus compte du fait que la Série 7 est principalement vendue en dehors de l’Europe, dans des pays aux normes de richesse et de représentation différentes. Il faut aussi savoir qu’un modèle comme la Série 7 a un cycle de vie de sept à huit ans, et que lors de la phase de conception – qui est maintenant derrière nous depuis plusieurs années – nous avons dû regarder loin devant nous pour nous assurer que la Série 7 serait encore attrayante en 2028. »

Un tournant dans l’histoire de l’automobile

L’électromobilité est l’une de ces nouvelles tendances. Nous sommes à un tournant de l’histoire automobile. La fin du moteur à combustion est en vue et cela a des conséquences considérables. Nous investissons toujours beaucoup de temps et d’énergie dans la conception de nouveaux modèles, mais au moins autant dans le développement de concepts et de formes de mobilité innovants qui cherchent à réduire les émissions de gaz nocifs et qui ne renforcent pas le changement climatique. L’accent est désormais mis sur la durabilité et l’électromobilité y contribue certainement, tout comme les processus de production neutres en carbone et l’utilisation de matériaux recyclés. La numérisation et la connectivité sont d’autres domaines d’action essentiels.

« Nous sommes à la veille de la plus grande révolution technologique de l’histoire de l’automobile. Les cinq prochaines années seront décisives pour l’avenir de nombreuses marques automobiles. D’une part, l’avancée du changement climatique oblige le gouvernement à imposer aux fabricants des objectifs plus stricts en matière de CO2. Toutefois, ces normes ne peuvent être réalisées du jour au lendemain et sont également très coûteuses. Par conséquent, les voitures neuves sont de plus en plus chères. D’autre part, nos clients s’attendent à ce que la conduite électrique ne se fasse pas au détriment de Freude am Fahren. BMW est synonyme de comportement dynamique, de performances sportives et de design innovant, et nous voulons à tout prix conserver ces caractéristiques dans nos modèles électriques. C’est une tâche difficile. D’une part, le design doit être plus fonctionnel et contribuer à réduire la consommation d’énergie. Et cela peut se faire, par exemple, en réduisant la résistance à l’air de nos e-modèles. D’autre part, le design doit aussi éveiller des émotions, séduire les gens et les convaincre d’acheter nos produits. Tout cela fait que notre contribution au processus de développement de nouveaux modèles ne cesse d’augmenter. »  Lorsqu’on lui demande comment il compte combiner la conduite autonome et le plaisir de conduire, M. Van Hooydonk explique que BMW a effectué beaucoup de recherches et d’essais dans ce domaine ces dernières années. « Nous sommes prêts ! Nous n’attendons que le feu vert du gouvernement. »

Partner Content