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Le plus grand sanctuaire marin au monde verra le jour en Antarctique

Le Vif

Le plus grand sanctuaire marin au monde verra le jour dans une partie des eaux immaculées de l’Antarctique, à la faveur d’un accord « historique » forgé vendredi en Australie grâce à la levée du veto russe.

Après des années de négociations, un consensus a été trouvé entre les 25 membres de la Commission pour la conservation de la faune et de la flore marines de l’Antarctique (CCAMLR) lors de sa réunion annuelle à Hobart, en Tasmanie.

Présenté par les Etats-Unis et la Nouvelle-Zélande, le projet porte sur la création d’une zone protégée en mer de Ross, une immense baie côté Pacifique.

Elle s’étendra sur une superficie de plus de 1,55 million de kilomètres carrés, soit une aire plus vaste que la France, l’Italie, le Benelux, l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche réunis.

Au total, 1,12 million de kilomètres carrés seront interdits à la pêche, selon le ministre néo-zélandais des Affaires étrangères Murray McCully.

« Notre proposition impliquait certaines modifications pour obtenir le soutien unanime des 25 membres de la CCAMLR et l’accord final est un compromis entre la protection marine, la pêche durable et les intérêts scientifiques », a-t-il expliqué.

« Les frontières de l’aire marine protégée (AMP) restent cependant inchangées », a-t-il ajouté. L’accord est valable 35 ans.

‘Le dernier océan’

La mer de Ross est parfois surnommée « le dernier océan » car considérée comme le dernier écosystème marin intact de la planète, c’est-à-dire non touché par la pollution, la surpêche ou les espèces invasives.

La puissante organisation américaine de lobbying Pew Charitable Trusts a estimé dans un communiqué que la CCAMLR, qui rassemble 24 pays et l’Union européenne, avait « écrit l’histoire ».

« Cette décision est historique car c’est la première fois que des nations acceptent de protéger une gigantesque portion d’océan au delà des juridictions nationales », a déclaré dans le communiqué Andrea Kavanagh, chargée de l’Antarctique au sein de Pew Charitable Trusts.

La CCAMLR, établie en 1982 par une convention internationale, achopait depuis 2011 sur plusieurs projets de gigantesques aires marines protégées.

Mais elle avait entamé le 17 octobre sa réunion annuelle avec de grands espoirs pour la mer de Ross.

D’une part parce que Pékin s’était finalement rallié en 2015 à ce projet de sanctuaire.

D’autre part parce qu’un élan avait été donné par le président américain Barack Obama quand il avait annoncé fin août le quadruplement de la superficie de la réserve marine connue sous le nom de Papahanaumokuakea à Hawaï, en faisant -alors- la plus grande au monde.

Restait à convaincre la Russie, réticente notamment face aux restrictions de pêche.

175 ans après sa découverte

« Nous avons beaucoup discuté avec eux », a déclaré à l’AFP le chef de la délégation américaine à Hobart, Evan Bloom, soulignant la mobilisation du secrétaire d’Etat américain John Kerry auprès du président russe Vladimir Poutine et du ministre russe des Affaires étrangères Sergueï Lavrov.

« Cette décision n’est pas importante que pour l’Antarctique, mais aussi pour les efforts en vue de la protection des océans dans le monde entier », a-t-il dit.

Moscou a récemment montré un intérêt renforcé pour l’environnement, en proclamant 2017 « année de l’écologie en Russie », et en agrandissant son AMP de l’archipel François-Joseph, dans l’Arctique.

La CCAMLR n’est cependant pas parvenue à trouver un consensus sur le deuxième projet majeur d’AMP qui était au menu des discussions. Porté par la France et l’Australie, il couvre un million de km2 dans l’est de l’Antarctique. Un troisième projet d’inspiration allemande concernant la mer de Weddell est également dans les tuyaux.

La mer de Ross doit son nom au Britannique James Clark Ross (1800-1862) qui la découvrit en 1841.

« La famille Ross est euphorique à l’idée que l’héritage familial soit ainsi honoré l’année qui marque le 175e anniversaire de la découverte de la mer de Ross par James 1er, grâce aux individus et organisations qui ont donné leur coeur et leur âme à la campagne pour sa protection », a déclaré Phillipa Ross, descendante directe de l’explorateur.

« Il y a un élan phénoménal pour la protection des océans et la mer de Ross n’est que le début », veut croire de son côté Luis Morago, un responsable de l’organisation américaine Avaaz qui faisait campagne pour les AMP en Antarctique avec le soutien de l’acteur Leonardo DiCaprio.

Pourquoi sanctuariser la mer de Ross?

Voici quelques éléments d’explications sur cette décision historique.

De quoi s’agit-il?

Les organisations de défense de l’environnement militent depuis des années pour une meilleure protection des eaux entourant le continent antarctique, en raison de la menace que constituent pour leurs écosystèmes relativement protégés la pollution ou la surpêche.

Des projets avaient été présentés en 2012 pour la création de deux gigantesques aires marines protégées (AMP) en mer de Ross et dans l’est de l’Antarctique, totalisant 2,5 millions de kilomètres carrés.

Les deux projets ont depuis été amendés pour autoriser certaines zones de pêches au sein de ces sanctaires. C’est ce qui a permis vendredi d’obtenir vendredi le soutien décisif de la Russie au projet d’AMP en mer de Ross.

L’autre projet, dans l’est de l’Antarctique, est encore l’objet de négociations.

Qu’est ce que la mer de Ross?

C’est une vaste baie dans le continent antarctique, donnant sur le Pacifique. Elle fut découverte en 1841 par l’explorateur britannique James Clark Ross (1800-1862) et a depuis été le point de départ de nombreuses expéditions sur le continent blanc.

Cette mer est parfois surnommée « le dernier océan » car considérée comme le dernier écosystème marin intact, ou quasi intact, de la planète.

La mer de Ross n’a eu que peu à souffrir de l’influence humaine. Aucune extraction minière n’y a été conduite, aucune pollution majeure ne l’a souillée, aucun scénario de décès massif « mystérieux » d’expèces, aucun poisson n’a été pêché au point de ne plus pouvoir reconstituer ses stocks…

Elle est notamment un des sanctuaires de la légine antarctique, un prédateur crucial pour la chaîne alimentaire de la zone, fortement menacé ailleurs par la surpêche.

Elle abrite 40% de la population mondiale de manchots Adélie, un quart de la population mondiale de manchots empereurs, un tiers de la population de pétrels antarctiques, des milliers de baleines de Minke, d’orques, de phoques de Weddell, de phoques crabiers ou encore de léopards des mers, selon l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN).

La zone de protection dont la création a été décidée vendredi à Hobart, en Tasmanie, couvre une zone de 1,55 million de kilomètres carrés (soit une superficie plus vaste que la France, l’Italie, le Benelux, l’Allemagne, la Suisse et l’Autriche réunis) et s’étend au-delà de la seule mer de Ross.

A quoi sert une AMP?

Les AMP sont, selon la définition de la CCAMLR, des zones marines dans lesquelles les ressources naturelles font l’objet d’une protection totale ou partielle.

Elles ont pour objectif de protéger les espèces marines, la biodiversité, l’habitat, les secteurs d’alimentation et les nurseries et, dans certains cas, de préserver des sites historiques et culturels.

D’autres outils peuvent être utilisés en complément de l’AMP, comme les limites de capture, les restrictions concernant les engins de pêche et la fermeture de zones de pêche.

L’AMP de la mer de Ross doit également permettre de faciliter pour les scientifiques l’étude des écosystèmes locaux et leur évolution dans le contexte de modifications climatiques planétaires.

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