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La sobriété numérique peut aussi s’avérer vertueuse sur le plan économique

Christophe Leroy
Christophe Leroy Journaliste au Vif

Production, mobilité, alimentation… la sobriété s’invite partout. Le numérique est un défi majeur de demain: moins d’équipement à garder plus longtemps.

Nettement négligée, l’empreinte carbone liée à nos équipements numériques ne cesse de croître. Ceux-ci seraient à l’origine de 2 à 4% des émissions mondiales de gaz à effet de serre causées par l’activité humaine. D’après des calculs réalisés en 2020 par l’Öko-Institut, en Allemagne, cette empreinte carbone s’y élèverait en moyenne à 849 kilos par personne et par an. Les émissions seraient dues à la fabrication des équipements (41%), aux data centers (29%), à l’utilisation des appareils (22%) et au streaming vidéo (8%). Bien sûr, le bilan réel varie selon le comportement des utilisateurs et la provenance plus ou moins polluante de l’électricité consommée. Mais ces chiffres mettent en lumière une réalité problématique, alors que le nombre d’objets connectés explose et que la généralisation de la 5G entraînera inévitablement un boom de la quantité de données consommées.

La ‘sobriété numérique’ peut aussi s’avérer vertueuse sur le plan économique.

D’où la nécessité de tendre vers ce que l’on appelle la « sobriété numérique », une notion déjà bien ancrée en France, même si la marge de progression reste considérable. Ses préceptes de base: « Acheter moins d’équipements, les garder le plus longtemps possible et leur offrir une seconde vie, énumère Olivier Vergeynst, directeur de l’Institut belge du numérique responsable (Isit-Be), qu’il a fondé en octobre 2020. Ensuite, parmi les usages, on peut réduire le recours au streaming vidéo pour les particuliers et travailler sur l’écoconception des services numériques pour les entreprises. » En un an et demi d’existence, l’institut est passé de cinq à 51 membres, publics ou privés. « Pour ceux qui s’intéressent à la question, des progrès peuvent être faits assez rapidement, poursuit Olivier Vergeynst. Une fois qu’elles se lancent, les entreprises constatent qu’il y a de nombreux bénéfices à la logique du numérique responsable. Mais la plupart n’y sont pas suffisamment sensibilisées. »

Le rôle des pouvoirs publics

Au-delà des initiatives individuelles, les pouvoirs publics ont un rôle à jouer, pour montrer l’exemple ou modifier les comportements. Les gouvernements fédéral et régionaux pourraient s’inspirer de l’adoption, en France, de la loi Reen, précisément dédiée à la réduction de l’empreinte environnementale du numérique. Elle vise notamment à enseigner cette thématique à l’école, à renforcer le cadre législatif contre l’obsolescence programmée ou encore à promouvoir le recours au matériel reconditionné. A cet égard, elle spécifie que 20% des achats publics d’équipements numériques doivent provenir de la filière du reconditionné.

Depuis janvier 2021, la France a par ailleurs instauré un indice de réparabilité par l’intermédiaire de la loi Agec. Une initiative qui pourrait également inspirer la Belgique, bien qu’elle soit à ce stade perfectible, en raison du faible montant des amendes et de l’absence de critères obligatoires (disponibilité des pièces de rechange, amovibilité de la batterie…). En Région bruxelloise, l’Isit-Be est en discussion avec la secrétaire d’Etat en charge de la Transition économique, Barbara Trachte (Ecolo), pour ajouter des critères de numérique responsable aux start-up sollicitant un subside en lien avec leurs activités digitales.

D’après une étude européenne sur le reconditionnement, la seule perspective de remettre à neuf 20% des smartphones permettrait de créer 29 000 emplois – et même 43 600 si l’objectif atteignait 30%. Que ce soit à l’échelle d’une entreprise, d’une région ou d’un continent, la sobriété numérique peut aussi s’avérer vertueuse sur le plan économique.

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