Le gobe-mouches noir, une espèce qui se raréfie à cause du changement climatique. © AGUSTI?N POVEDANO

En mai, tonte à l’arrêt: « Il faut une réponse politique transversale pour protéger les oiseaux »

Christophe Leroy
Christophe Leroy Journaliste au Vif

En 28 ans, le nombre d’oiseaux a diminué de 61% en zone agricole et de 26% dans les forêts. Si chacun peut agir pour les aider, le politique doit mettre des moyens pour restaurer la biodiversité, souligne Jean-François Buslain, directeur de la Ligue royale belge pour la protection des oiseaux.

En mai, tonte à l’arrêt: bientôt les résultats

Le 10 juin, Le Vif présentera les résultats de son opération En mai, tonte à l’arrêt, menée en partenariat avec la faculté Gembloux Agro-Bio Tech (ULiège) et l’asbl Adalia. Près de 1 300 jardins s’y sont inscrits. Le même jour, les participants qui ont procédé au comptage des fleurs sur leur carré témoin de non-tonte recevront leur indice nectar personnalisé. Les résultats de l’opération seront dévoilés dans le magazine, sur levif.be ainsi que sur enmaitontealarret.be.

Confirmez-vous que les populations d’oiseaux sont en déclin, y compris en Belgique?

Pour nous, c’est tout à fait clair. De 1990 à 2018, on constate 61% d’oiseaux en moins dans les zones agricoles, ce qui est catastrophique. Pour les oiseaux des forêts, la diminution est tout de même d’environ 26%. Si vous comparez avec l’ensemble de la biodiversité, ce sont les oiseaux qui sont les plus en déclin. Bien sûr, certaines espèces se maintiennent ou sont en augmentation. A cause des pesticides, le faucon pèlerin avait complètement disparu dans les années 1970. Aujourd’hui, il doit y avoir environ une centaine de couples, grâce à un énorme effort du Muséum des sciences naturelles. Il revient donc de loin. Mais globalement, 54% des espèces d’oiseaux sont en diminution. Certaines à cause du changement climatique: le gobe-mouches noir, par exemple, se nourrit du fruit d’un arbre qui produit désormais ses fruits plus tôt qu’avant. Quand l’oiseau rentre d’Afrique, c’est trop tard ; il n’y trouve plus assez à manger pour nourrir ses petits. Il y a un lien évident entre le changement climatique et la perte de biodiversité.

Nous avons clairement vu une accélération de la prise de conscience du grand public depuis la crise de la Covid. »

Jean-François Buslain

Certaines causes à cette perte sont-elles plus problématiques que d’autres pour les oiseaux?

Tout dépend des zones. Dans les zones urbanisées, c’est avant tout la perte de lieux de nidification. Il y a quelques années, on n’aurait jamais pensé que les populations de moineaux allaient diminuer. Avec l’isolation et la rénovation du bâti, ils trouvent beaucoup moins d’endroits qu’avant pour nidifier, notamment dans les trous de boulin. Résultat: chaque année, le nombre de moineaux diminue de 10%. En zone agricole, ce sont plutôt les pesticides, les monocultures, la disparition des haies et les nouvelles constructions aux entrées des villages qui posent problème. A chaque fois qu’une ferme disparaît, c’est une opportunité en moins pour plusieurs espèces d’oiseaux d’y nidifier.

Jean-François Buslain
Jean-François Buslain© DR

Comment le citoyen peut-il contribuer à aider les oiseaux?

S’il dispose d’un jardin, la première chose à faire et d’en laisser une partie à l’état sauvage. Une pelouse bien tondue n’apporte rien. Il faut des plantes indigènes, des arbustes, un petit tas de bois pour les hérissons… Vous pouvez aménager un garde-manger en optant pour des fruitiers comme le cassis, le groseillier, le framboisier… Je suis donc mille fois d’accord avec votre opération. Installer des nichoirs diversifiés et des mangeoires, c’est évidemment très bien. Mais la première chose à faire, c’est de laisser faire la nature et d’organiser une partie sauvage dans son jardin. Au niveau du bâti, il existe des solutions pour intégrer complètement des nichoirs à moineaux ou à hirondelles dans une rénovation. Vous pouvez aussi faire un petit trou dans la corniche pour les martinets. Il ne posera aucun problème au niveau de l’isolation. Nous proposons déjà cela à des professionnels, qui ont bien compris que l’on pouvait concevoir des maisons modernes tout en aidant les oiseaux.

Y a-t-il une prise de conscience sur le sujet?

Nous avons très clairement vu une accélération de cette prise de conscience depuis la crise de la Covid. Avec le premier confinement, on a vu une énorme hausse du nombre de sollicitations pour installer un potager, des nichoirs, observer les oiseaux… Par moments, nous avons même été noyés par les demandes d’informations. Beaucoup de personnes se sont aussi rendu compte que le lien entre l’homme et la nature était nettement plus étroit qu’elles le pensaient. Il y a une inquiétude sur le fait que le déclin de la biodiversité pourrait entraîner notre propre perte.

Les actions individuelles ne suffisent pas. La réponse politique à cet enjeu majeur est-elle suffisante?

Elle doit être beaucoup plus forte. Il faudrait imposer beaucoup plus les nichoirs dans les nouvelles constructions et dans les projets de rénovation à Bruxelles. Il n’y a pas assez de réserves naturelles et de zones protégées en Wallonie. Mais cette réponse doit être transversale, impliquer tous les secteurs et dépasser le seul cadre belge, puisque les oiseaux n’ont pas de frontières. D’une région ou d’un pays à l’autre, un oiseau n’a pas nécessairement le même statut de protection. En Wallonie, le ministre de la Chasse, Willy Borsus, est d’un autre parti que la ministre de la Nature et de l’Environnement, Céline Tellier. Il y a déjà un sérieux souci à ce niveau-là. Et puis, il faut des moyens pour que l’éducation et la sensibilisation soient efficaces.

Le jardin de la semaine

Le jardin de Chantal, à Beauraing. Les espaces de non-tonte apparaissent nettement. Parmi les espèces observées: pâquerettes, véroniques, renoncules, orties, lamiers blancs et pourpres, pissenlits, violettes, ail des ours…

Envie de continuer à agir pour la biodiversité depuis votre jardin? N'hésitez pas à prolonger l'opération #notonte et à envoyer des photos de votre jardin en mentionnant @levif.be sur les réseaux sociaux.
Envie de continuer à agir pour la biodiversité depuis votre jardin? N’hésitez pas à prolonger l’opération #notonte et à envoyer des photos de votre jardin en mentionnant @levif.be sur les réseaux sociaux.© DR

Le jardin du vif

  • Emplacement: Evere, Bruxelles
  • Superficie de non-tonte: 85 m2
  • Exposition: ensoleillée
  • Bilan après quatre semaines: les fleurs les plus visibles et les plus nombreuses sont les pâquerettes. La pelouse affiche une hauteur variable en fonction des endroits. Parmi les autres espèces observées et dont les fleurs ont éclos: des boutons d’or, des géraniums à feuilles molles et quelques stellaires intermédiaires.

En mai, tonte à l'arrêt:

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