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Comment le gaspillage alimentaire pourrait sauver les forêts

Marie Gathon
Marie Gathon Journaliste Levif.be

Un projet environnemental abandonné dans les années 90 pourrait détenir la solution pour régénérer les terres infertiles et… sauver la planète.

L’histoire se passe en 1998, dans un parc aux terres appauvries par la déforestation, au nord-ouest du Costa Rica. Deux scientifiques de l’université de Pennsylvanie, Daniel Janzen et Winnie Hallwachs, décident de s’associer à une entreprise locale de production de jus d’orange, Del Oro, pour récupérer leurs déchets, raconte le SciencesPost.

L’idée était de déverser 12.000 tonnes de pelures d’orange pour tenter de fertiliser les terres et faire repousser la forêt tropicale. Le projet fut rapidement abandonné, car l’entreprise concurrente, TicoFruit, avait dénoncé le projet, prétextant que les terres avaient été « souillées » par les déchets d’orange.

L’idée est donc abandonnée, mais les déchets d’orange laissés sur place permettent aux nutriments de s’infiltrer dans les sols. Se rendant sur place 16 ans plus tard, d’autres scientifiques, Timothy Treuer et Jonathan Choi de l’université de Princeton cette fois, ont pu constater que la technique fonctionnait au-delà des espérances.

A gauche du chemin en terre, la partie non traitée. A droite la partie où les déchets d'orange ont été abandonnés. On voit que la densité de végétation est beaucoup plus importante à droite.
A gauche du chemin en terre, la partie non traitée. A droite la partie où les déchets d’orange ont été abandonnés. On voit que la densité de végétation est beaucoup plus importante à droite.© DR

Ils ont procédé à l’analyse scientifique d’une parcelle de trois hectares. « C’était tellement recouvert d’arbres et de vignes que je ne pouvais même pas voir le panneau de deux mètres de long avec un lettrage jaune brillant marquant le site qui se trouvait à seulement quelques mètres de la route », a déclaré Timothy Treuer.

Les deux chercheurs ont échantillonné la parcelle et analysé dans quelle mesure les épluchures d’orange avaient été responsables d’un tel résultat. Selon l’étude publiée dans la revue Restauration Ecology, les pelures d’orange ont contribué à rendre les sols plus fertiles en leur apportant des nutriments. Ils sont aujourd’hui plus riches, la biodiversité d’arbres est plus importante et la fermeture de canopée est plus grande. Les scientifiques ont également constaté que les déchets d’orange ont permis d’augmenter considérablement le niveau de micro et macro nutriments présents dans les sols.

Pour l’instant, les raisons exactes de l’élévation hors normes de cette forêt restent en partie un mystère, mais cela pourrait néanmoins inspirer d’autres projets du même type. David Wilcove, coauteur de l’étude et professeur de biologie au Princeton Environmental Institute, suggère par exemple d' »utiliser les « restes » de la production alimentaire industrielle pour restaurer les forêts tropicales ».

Autrement dit, il pourrait y avoir dans cette expérience une solution pour recycler le gaspillage alimentaire et aider à refertiliser les terres appauvries par la déforestation et l’agriculture intensive, et ce, sans surcoût. Sans oublier que les forêts les plus luxuriantes sont les plus efficaces pour absorber les gaz carboniques.

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