L’alcool et le tabac constituent les causes majeures du cancer de la gorge. Pourtant, certains patients n’ont jamais fumé ni bu. © Getty Images

Le cancer de la gorge devient de plus en plus une MST: et si cet enrouement n’était pas un simple rhume?

Le cancer de la gorge provoqué par le papillomavirus humain (HPV), transmis sexuellement, est en progression. L’évolution des pratiques sexuelles y joue un rôle.

Le cancer de la tête et du cou –terme regroupant les cancers de la gorge, des lèvres, de la langue, de la bouche, des amygdales et de l’œsophage– frappe un nombre croissant de patients jeunes. Comme les premiers signes se confondent souvent avec une infection virale banale, telle qu’un mal de gorge, la maladie n’est diagnostiquée qu’à un stade avancé dans près de la moitié des cas. «Bien qu’il s’agisse du sixième cancer le plus fréquent, le cancer de la tête et du cou demeure largement méconnu, aussi bien des patients que des soignants, souligne le chirurgien spécialisé dans cette pathologie Wouter Huvenne (UZ Gent). Pourtant, comme pour tout cancer, les chances de guérison sont nettement plus grandes lorsqu’il est détecté tôt.»

Que faut-il savoir sur cette maladie?

1. Le cancer de la tête et du cou touche un nombre croissant de patients jeunes

Le nombre annuel de nouveaux cas reste relativement stable en Belgique: environ 2.700. Mais l’âge moyen des malades diminue. «Le profil évolue: du sexagénaire ou septuagénaire, souvent fumeur et buveur, vers des patients plus jeunes et en bonne santé, observe Wouter Huvenne. Il s’agit de quadragénaires et de quinquagénaires, dont certains n’ont jamais fumé ni bu. Dans ces cas-là, le cancer se développe principalement dans le pharynx.»

2. Les symptômes du cancer de la tête et du cou ressemblent à ceux d’un rhume

Parmi les symptômes figurent une langue douloureuse ou sensible, des plaies buccales qui ne cicatrisent pas, un mal de gorge, un enrouement persistant, des difficultés de déglutition, une obstruction nasale unilatérale avec ou sans écoulement de sang, ou encore un gonflement dans le cou. «Un mal de gorge ou des troubles de la déglutition, cela survient à tout le monde durant l’hiver, ajoute Wouter Huvenne. La plupart du temps, il n’y a pas lieu de s’inquiéter. Mais si les symptômes persistent plus de trois semaines, il vaut mieux consulter un médecin généraliste. Un gonflement dans le cou peut par exemple être un signe précoce d’un cancer de la gorge déjà propagé aux ganglions lymphatiques.»

«La progression des cancers de la gorge associés au HPV est probablement liée à l’évolution des comportements sexuels depuis 30 ans.»

3. Le cancer de la gorge devient de plus en plus une maladie sexuellement transmissible

Si l’alcool et le tabac restent les principales causes de cette pathologie, un autre facteur, plus discret et moins connu, joue également un rôle: le papillomavirus humain (HPV), une infection sexuellement transmissible très contagieuse, aussi responsable de cancers du col de l’utérus, de l’anus, du vagin et du pénis. La progression des cancers de la gorge associés au HPV est probablement liée à l’évolution des comportements sexuels depuis 30 ans. Le virus se transmet en effet de la région génitale à l’oropharynx par les relations sexuelles orales.

L’acteur américain Michael Douglas fut l’un des premiers à attirer l’attention sur ce type de cancer. En 2013, il en parla ouvertement, sans trop de détails, évoquant la manière dont il avait contracté la maladie. «80 à 90% des personnes connaissent au cours de leur vie une infection par le HPV, mais dans la plupart des cas, l’organisme l’élimine, indique Tijl Vermassen, chercheur spécialisé dans les outils de prévention du cancer de la tête et du cou. Certaines variantes du virus sont cancérigènes, comme le type 16, responsable de plus de 90% des cancers du col de l’utérus. C’est aussi l’une des principales causes des cancers de la tête et du cou associés au HPV. En Europe, environ 40% des cancers de la gorge sont positifs au HPV. Aux Etats-Unis, ce chiffre atteint déjà 70 à 80% et ce type de cancer y est même plus fréquent que celui du col de l’utérus.»

«Que le sexe oral puisse provoquer un cancer de la gorge n’est pas le message essentiel à transmettre, souligne Wouter Huvenne. L’objectif de la sensibilisation est surtout que chacun sache que ce type de cancer existe et quels symptômes l’accompagnent.»

4. Les cancers de la gorge associés au HPV se traitent efficacement

Le cancer oropharyngé lié au HPV présente un avantage: son pronostic est généralement plus favorable que lorsqu’il est provoqué par le tabac ou l’alcool. Cette différence ne s’explique pas uniquement par la meilleure condition physique des patients plus jeunes. «Les tumeurs liées au HPV sont très sensibles à la radiothérapie et donc plus faciles à traiter, souligne Wouter Huvenne. Cela n’empêche pas que le traitement du cancer de la gorge entraîne de lourdes répercussions sur la qualité de vie: troubles de la parole, de la déglutition, de l’alimentation et formation de cicatrices rigides dans le cou.»

«J’ai des patients qui doivent leur vie à leur dentiste.»

5. Un frottis de la gorge n’est pas toujours indiqué pour un diagnostic précoce

En Belgique, les femmes de 25 à 64 ans reçoivent régulièrement une invitation pour un frottis du col de l’utérus, destiné à détecter la présence du HPV et/ou de cellules anormales. L’efficacité d’un frottis de la gorge pour dépister le cancer reste à l’étude.

«Pour le cancer de la gorge, il n’est pas possible d’identifier précocement des cellules anormales, explique Tijl Vermassen. Un test HPV n’a guère d’intérêt pour le dépistage, car une infection à haut risque ne débouche pas automatiquement sur un cancer de la tête et du cou. C’est pourquoi nous examinons des marqueurs biochimiques et génétiques susceptibles de prédire qui développera la maladie à l’avenir.»

«La seule certitude actuelle est que le risque d’infection au HPV est plus élevé chez les personnes ayant de nombreux partenaires sexuels, ajoute Wouter Huvenne. Ces patients devraient, en cas de symptômes persistants, consulter sans hésitation un médecin généraliste ou un ORL pour un examen de la bouche et de la gorge. Les dentistes, eux aussi, sont particulièrement familiers de ces zones et peuvent identifier très tôt une lésion en apparence bénigne, surtout chez les gros fumeurs. J’ai des patients qui doivent leur vie à leur dentiste.»

«L’ambition est d’éliminer en Belgique, d’ici 2050, l’ensemble des cancers associés au HPV grâce à l’immunité collective. Pour atteindre cet objectif, le taux de couverture vaccinale doit être d’au moins 80%.»

6. L’effet de la vaccination contre le HPV n’apparaîtra que dans 30 ans

En Belgique, les élèves de première année du secondaire sont vaccinés contre le HPV depuis 2019. Le vaccin protège contre les types de HPV les plus fréquents à l’origine de cancers. Les garçons sont eux aussi concernés, afin de limiter la transmission. Cependant, l’impact réel de cette vaccination ne se manifestera que dans 30 ans. L’ambition est d’éliminer en Belgique, d’ici 2050, l’ensemble des cancers associés au HPV grâce à l’immunité collective. Pour atteindre cet objectif, le taux de couverture vaccinale doit être d’au moins 80%. Ce seuil est loin d’être atteint aujourd’hui.

«Parce que la vaccination à un âge plus avancé est moins efficace, la population adulte reste exposée à un risque élevé de développer un cancer associé au HPV, précise Tijl Vermassen. C’est pourquoi de solides connaissances et des outils de dépistage fiables sont indispensables.»



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