Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: un curieux sens de la fête flamande (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

L’affaire s’égare dans les va-et-vient des navetteurs qui se jouent quotidiennement des frontières régionales.

C’est l’une de ces plumes que la Flandre, fière d’elle, aspire à accrocher à son chapeau: faire admettre le 11 juillet dans le cercle fermé des dix jours fériés légaux qui donnent aux Belges l’occasion de faire relâche tout en étant rémunérés. Ce serait là une façon de hisser le jour de commémoration de la bataille médiévale des Eperons d’or au même rang que le Nouvel An, le lundi de Pâques, la fête du travail, l’Ascension, le lundi de Pentecôte, l’Assomption, la Toussaint, l’armistice, Noël, sans oublier la fête nationale, cette « rivale » cochée à la date du 21 juillet.

Le 11 juillet, tous les Flamands n’ont pas droit à un jour de pause. Pas plus que les francophones le 27 septembre, que les Wallons le lundi qui suit le troisième dimanche de septembre, les germanophones le 15 novembre et les Bruxellois le 8 mai. Tel est le lot des fêtes des Communautés et Régions. Les politiques flamands, nationalistes en tête, sont seuls à s’en attrister vraiment et ce, depuis longtemps, en témoigne l’adoption par le parlement flamand, en juillet 1996, d’une résolution invitant le ministre-président nordiste d’alors à faire pression sur l’échelon fédéral pour que le 11 juillet obtienne une reconnaissance pleine et entière.

Voeu resté lettre morte jusqu’ici mais voilà que l’affaire rebondit. Que Pierre-Yves Dermagne (PS), ministre fédéral du Travail, s’attelle à honorer l’engagement pris par la Vivaldi d’offrir aux entités fédérées la latitude de convertir leur jour férié de fête officielle en congé payé mais sans coût budgétaire supplémentaire. Par quel tour de force remanier le carcan légal fixé en 1974 pour parvenir à cette heureuse issue? Par l’octroi d’un jour férié complémentaire aux travailleurs, suggère Dermagne. En fonction de leur lieu de domicile ou du siège d’exploitation de l’employeur? Dilemme que le ministre veut trancher au profit de la seconde option.

C’est que l’affaire se corse, s’égare dans les va-et-vient des navetteurs qui se jouent quotidiennement des frontières régionales. Pierre-Yves Dermagne vient d’essuyer au sein du Conseil national du travail un refus patronal: charger la barque des jours fériés légaux d’un onzième congé serait à la fois source de handicap salarial aggravé et de perturbation dans l’organisation du travail en entreprise. Et c’est sans grande surprise en Région bruxelloise, lieu privilégié de convergence des navetteurs-bosseurs, que l’incongruité se profile dans toute son intensité. On entrevoit le tableau pittoresque de dizaines de milliers de travailleurs wallons et flamands au boulot à Bruxelles le jour de la fête de leur Communauté/Région quand écoles et crèches y seront fermées. Le sens premier d’une fête « nationale » s’y perdra, qui est d’insuffler le sentiment, même vague, de célébrer l’appartenance à une communauté.

A la ministre fédérale en charge des Affaires institutionnelles, Annelies Verlinden (CD&V), qui juge logique et réaliste le montage imaginé à ce stade par son collègue Dermagne, la mouvance nationaliste flamande, par la voix du Vlaams Belang, a fait part en commission parlementaire de la Constitution, de son incrédulité: découpler des navetteurs flamands de leur fête du 11 juillet serait une invitation au voyage en absurdie. Pas simple, ce pays.

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