Opinion

Mélanie Geelkens

Vent du Nord de Pierre Havaux: où ça, une ministre de l’Energie passive? (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

De quoi clouer le bec aux esprits chagrins qui la soupçonnent de ne jamais rouler pour la cause climatique.

Elle a la pêche, Zuhal Demir (N-VA). Rien à voir avec le destin de ministre-présidente qu’entrevoit pour elle son président de parti, Bart De Wever. Dans l’immédiat, c’est l’affolement des compteurs de gaz russe qui donne des ailes à la ministre flamande de l’Energie. La voilà déterminée à transformer sans plus tarder en une fenêtre d’opportunité une dépendance bien cruelle pour les portefeuilles par temps de crise ukrainienne. Alors oui, la bouillante nationaliste flamande réitère son engagement pour une Flandre indépendante, énergétiquement parlant. Et réaffirme une volonté de prendre à terme congé des énergies fossiles.

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Soutien accru à la rénovation de l’habitat grâce à des primes à l’isolation, incitant à l’emploi de pompes à chaleur, coup de pouce à tout ce qui peut favoriser et accélérer la transition énergétique: le turbo sera enclenché, assure la ministre. Et de s’émerveiller au passage: faire du vent et du soleil de précieux alliés en faveur d’un climat moins malmené porte déjà ses fruits en Flandre, avec un marché des panneaux photovoltaïques en plein boom et 2021 qui aura été une année record pour l’éolien flamand et ses 628 moulins à vent. « L’objectif était l’installation d’une capacité de 100 mégawatts par an, nous avons atteint 150 mégawatts en 2021. C’est phénoménal », se félicite-t-elle, pas peu fière d’une performance historique qui vient contredire l’aversion pour les énergies renouvelables qu’on lui prête généralement.

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De quoi faire taire les mauvaises langues, clouer le bec aux esprits chagrins qui la soupçonnent de ne jamais rouler pour la cause climatique mais de chercher à la saboter par des propos dénigrants. Voici moins d’un mois, ils remettaient le couvert depuis les bancs de l’opposition au parlement flamand en exhibant l’un de ses tweets: « Ne trompons pas les gens. Les prix de l’énergie sont si élevés à cause d’une politique européenne délibérée d’augmentation des prix du CO2 et de raréfaction de nos ressources en énergie. L‘inflation verte n’est pas une fiction. » Le crime était ainsi signé: « Vous parlez délibérément d’inflation verte pour faire passer vos dogmes et rien d’autre », s’insurgeait-on sur les bancs de Groen ; « Ce qui me frappe dans votre politique en tant que ministre du Climat, c’est votre emploi systématique d’arguments en tous genres pour dire que la politique climatique est trop coûteuse et que vous persistez dans cette voie avec un plaisir pervers », renchérissait Bruno Tobback au nom de Vooruit. Confrontée à ses propos, Zuhal Demir s’offusquait de la déformation de ses déclarations malhonnêtement sélectionnées et renvoyait à ses chères études la gauche, « celle qui s’indigne lorsqu’on ose s’interroger sur le coût de mesures que l’on veut adopter à la va-vite, et qui s’indigne tout autant quand il est question de la facture d’énergie ». Faudrait savoir, à la fin.

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Un sanglant conflit russo-ukrainien et une flambée des prix de l’énergie plus loin, Zuhal Demir se plaît à faire mentir cette réputation qu’on lui a taillée et qui ne viserait qu’à la faire passer pour ce qu’elle assure ne pas être: une ministre du Climat et de l’Energie passive.

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