Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: la guerre en Ukraine ne dérange pas trop le secteur diamantaire anversois (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Anvers, première porte d’entrée des diamants bruts venus de l’ex-pays des Soviets, aimerait rester assise sur ce tas d’or.

Honte à Poutine, guerre à l’autocrate agresseur. Il le payera cher, son forfait contre l’innocente Ukraine, à coups de sanctions économiques et financières qui lui feront passer l’envie de persévérer dans sa folie destructrice. La liste des produits made in Russia à bannir du marché unique européen s’allonge. Certains prêtent à discussion, les plus précieux ou indispensables au bien-être des économies occidentales. Plus de pétrole ni de gaz? L’autoflagellation a ses limites. Et pour ces diamants livrés à l’état brut par la patrie de Poutine, la même chose? Là, on voit mal en quoi le commun des mortels souffrirait affreusement d’en être privé. Quoique.

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Pareille perspective suffit à porter à ébullition le secteur diamantaire anversois. Il n’ ose imaginer voir se tarir un filon dont dépend 25 à 30% de son business et conçoit mal que la Flandre puisse se passer de 10% de ses importations venues de Russie.

On ne déchire pas sans y réfléchir à deux fois un contrat qui vaut 1,8 milliard d’euros par an, passé par la coupole Antwerp World Diamond Centre (AWDC) avec Alrosa. Le hic, c’est que non content d’être le numéro un mondial de la production de diamants bruts, Alrosa est partiellement propriété de l’Etat russe, à ce titre juteux contributeur du trésor public et plus que probablement de l’effort de guerre. Son grand patron, Sergueï Ivanov, fils d’un compagnon de route de Vladimir Poutine au KGB, a partie liée avec l’actuel maître du Kremlin. Ni une ni deux, Américains et Britanniques ont blacklisté l’entreprise, frappée de boycott pour contribution active à l’invasion de l’Ukraine, rejoints dans cette mise à l’index par de grands joailliers internationaux.

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« Antwerp? You have a problem. » Sauf que la métropole, première porte d’entrée au monde des diamants bruts venus de l’ex-pays des Soviets, aimerait rester assise sur ce tas d’or, fût-il devenu peu recommandable. Le lobby diamantaire anversois empile donc les arguments pour dissuader de franchir un pas qui reviendrait à un sabordage en pure perte s’il s’agit de vouloir faire plier le maître du Kremlin. Sacrifier 10 000 emplois à court terme pour se résigner à voir les centres diamantaires de Dubaï et de Bombay rafler la mise et décrocher la timbale paraît tellement peu raisonnable. Pas faux le raisonnement, reste à le concilier avec l’image de « place propre, transparente et éthique » qu’ Anvers se construit patiemment.

En attendant, il n’est pas interdit de mouiller sa chemise pour faire en sorte que le diamant brut continue de passer entre les gouttes des sanctions décrétées par l’Union européenne. Le gouvernement fédéral s’y emploie en s’abstenant de faire preuve de proactivité et d’excès de zèle en la matière tout en annonçant qu’il se plierait loyalement à tout interdit décrété par la Commission européenne. Il ne s’agit pas d’un sujet qui fâche au sein de la Vivaldi, où les socialistes font néanmoins cause commune avec Groen dans leur appel à ne plus faire d’exception pour le filon diamantaire. Dans l’opposition au fédéral et aux affaires en Flandre, la N-VA du président et bourgmestre anversois Bart De Wever a bien entendu un avis sur la question: oui à un boycott du diamant russe pour peu qu’il soit mondial, car sinon il nous fera surtout très mal.

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