Chronique

Joseph Ndwaniye

Suivez mon regard de Joseph Ndwaniye: du call center aux visites à domicile (chronique)

Joseph Ndwaniye Infirmier et écrivain.

Jusqu’où ce Covid nous mènera-t-il?

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De retour d’un pays étranger, où la température dépassait les 40°C, je me sens frigorifié chez moi alors qu’il fait 25°C. D’autres symptômes me font craindre une grippe… L’ air conditionné de l’avion m’aurait-il tant rafraîchi? Par précaution, je me procure un autotest pour le Covid. Résultat… positif. Par acquit de conscience, mon métier m’amenant à côtoyer des personnes fragiles, je contacte mon médecin. Il me prescrit un test PCR qui s’avère, lui aussi, positif. Me voilà en isolement pour une semaine. Les vaccins font leur effet, les symptômes ne sont pas trop sévères mais depuis trois jours, je paresse le matin au lit.

Je suis seul à la maison lorsque la sonnette retentit. Il y a une brocante dans la rue, peut-être est-ce un plaisantin ou une connaissance qui passe à l’occasion. La personne insiste, sonne à plusieurs reprises, tambourine à la porte. Même mon GSM s’en mêle. Un numéro inconnu… Je ne réagis pas plus. Je suis confiné, qu’on me laisse en paix! Qui peut donc vouloir sonner avec tant d’insistance? Ma femme, partie faire les courses, auraitelle oublié la clé? Moi qui croyais passer une grasse matinée bien tranquille à lutter contre ce fichu corona, me voilà occupé à échafauder mille scénarios.

Midi passé, j’entends enfin la porte d’entrée s’ouvrir. Après quelques minutes, mon épouse passe la tête à la porte de la chambre, mi-inquiète, mi-amusée. Après s’être enquise de mon état de santé, elle me demande, goguenarde, si je n’ai pas reçu la visite d’un fantôme ou si je n’ai pas entendu des bruits bizarres pendant son absence. Figure-toi, me dit-elle, que nos voisins ont été interpellés par une jeune dame qui cherchait chez nous un vieux monsieur, grabataire de surcroît. Pour en avoir le cœur net, je décide d’appeler ce numéro inconnu. Une voix féminine, plutôt jeune, me semble-t-il, répond. Elle se confond en excuses. Elle vient d’arriver chez un malade et n’a pas beaucoup de temps à me consacrer. Elle me confirme que c’est bien elle qui est passée ce matin. Mais elle n’est pas très loquace. Moi, je veux comprendre le but de sa visite, pourquoi elle a tant insisté, et savoir ce qui lui permet de parler de moi comme d’un vieillard grabataire.

Jusqu’où ce Covid nous mènera-t-il?

Le but de sa visite est d’informer les personnes renseignées comme malades du Covid, me répond-elle finalement, et de vérifier qu’elles suivent bien les procédures. Mais comment peut-elle être au courant? A qui ces résultats confidentiels ont-ils été transmis? J’ai déjà été contaminé au plus fort de l’épidémie mais jamais personne n’est venu chez moi. Et qui l’autorise à entrer chez les gens? En tant que soignant, je sais pertinemment que l’on ne peut débarquer chez un patient couvert par le secret médical sans autorisation. Hésitante, elle m’avoue être envoyée par la Cocof (NDLR: la Commission communautaire française de la Région de Bruxelles-Capitale). Qui est-elle exactement? Infirmière? Médecin? En tout cas, elle ne semble pas bien renseignée. Vieillard! Grabataire! Et puis, quoi encore? Je ne décolère pas. Notre discussion tourne au dialogue de sourds. Educatrice de formation, elle n’arrive pas à me convaincre de la nécessité de sa visite. Elle finit même par m’avouer à demi-mot qu’elle non plus… Engagée au plus fort de l’épidémie comme membre du call center vaccination, elle a été mutée dans un service d’équipe mobile de visite à domicile. Quelle est la logique d’envoyer un «fonctionnaire» chez des malades très contagieux? Ne risque-t-on pas ainsi de relancer l’épidémie? Jusqu’où ce Covid nous mènera-t-il?

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