Chronique

Mélanie Geelkens

La sacrée paire de Mélanie Geelkens: les criminels sont-ils de « petits amis parfaits »? (chronique)

Mélanie Geelkens Journaliste, responsable éditoriale du Vif.be

Abdeslam, Dutroux, Landru… Qu’importent leurs crimes, les pires criminels reçoivent tous, en prison, de nombreuses lettres d’admiratrices. Comment expliquer ce phénomène ?

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Suit-elle ses interrogatoires avec béatitude, excitée d’entendre enfin sa voix? Frémit-elle à ses «vous m’avez bousillé la vie», s’amuse-t-elle de ses «des fois je parle, des fois je parle pas», admire-t-elle ses «je n’ai pas activé la ceinture d’explosifs pas par lâcheté, pas par peur, mais parce que je voulais pas, c’est tout»? Cette jeune fille versera-t-elle une larme lorsque le 25 mai prochain, au terme d’un procès-fleuve de plus de neuf mois, Salah Abdeslam sera plus que probablement condamné pour terrorisme?

Lui écrira-t-elle toujours si la justice reconnaît le Molenbeekois responsable de 123 morts et 413 blessés? Le nombre de victimes et l’atrocité des faits ne l’avaient jusque-là pas rebutée. Ni elle ni les autres admiratrices qui lui adressent moult missives, depuis qu’il est incarcéré à Fleury-Mérogis.

Phénomène récurent: le «tueur de l’est parisien» Guy Georges, l’ «éventreur de Gainesville» Danny Rolling, le gourou Charles Manson (photo) et tous les dingues que comporte cette drôle de planète ont reçu d’abondants courriers à l’eau de rose. Les archives personnelles du tueur en série Landru comportaient pas moins de huit cents demandes en mariage et quatre mille écrits enflammés. Même Marc Dutroux a été (est? ) le destinataire de pareille correspondance. Deux semaines après la découverte des corps de Julie et Mélissa, une jeune fille de 15 ans lui déclarait sa flamme (avec la bénédiction de sa propre mère), échangeant au fur et à mesure mots doux, photos et mèches de cheveux.

L’homme parfait ne peut-il se trouver que derrière des barreaux?

La journaliste Isabelle Horlans, autrice du livre L’Amour (fou) pour un criminel (éd. cherche midi, 2015) avait remarqué que le public des cours d’assises était constitué «à 90% par de très jeunes femmes, apprêtées, maquillées, coiffées, qui, manifestement, mettaient tout en œuvre pour se faire remarquer de l’accusé». Un phénomène «tout à fait classique: les plus grands criminels de l’histoire ont reçu énormément de lettres d’amour de jeunes filles et de femmes qui voulaient avoir quelqu’un d’exceptionnel dans leur vie», soulignait en 2017 le sociologue Farhad Khosrokhavar dans L’Obs.

Tout à fait «classique», peut-être. Mais tout à fait genré, aussi. Les grandes criminelles, fussent-elles bien moins nombreuses que leurs homologues masculins, «laissent en général les hommes de marbre», selon Isabelle Horlans. Qui cite l’exemple du couple canadien de tueurs en série Paul Bernardo et Karla Homolka (surnommés Ken et Barbie): des tas de courriers pour lui (malgré 43 viols reconnus), zéro pour elle. Combien de déclarations exaltées a dû décacheter Monique Olivier, par exemple?

Toutes folles, ces admiratrices? C’est sans doute un peu court, comme analyse. Dans son livre Réinventer l’amour (éd. Zones, 2021), Mona Chollet en avance une autre, où s’entremêlent différents facteurs. Cette propension des femmes à se rêver sauveuses, bien sûr. Le fait que la virilité, censée être si attirante, soit intrinsèquement liée à «la force, la domination, l’exercice de la violence». Mais aussi que ces criminels pourraient être (inconsciemment) perçus comme de «petits amis parfaits»: peu regardants sur leur physique, peu demandeurs sur le plan sexuel, peu susceptibles de tromperies, peu suspects de mentir sur leur emploi du temps, peu exigeants quant au travail domestique. Ces admiratrices «ont la certitude d’occuper une place centrale dans la vie de leur fiancé, dont elles sont la bouée de sauvetage et qui a tout intérêt à les ménager […] tout en étant elles-mêmes libres de leurs mouvements et n’ayant pas de comptes à lui rendre». L’homme parfait ne peut-il se trouver que derrière des barreaux?

Les hommes sont- ils plus infidèles?

Au-delà du cliché, les études semblent le confirmer. Le site de rencontre Extraconjugales.com, qui, comme son nom l’indique, est destiné aux personnes en couple, a réalisé un sondage auprès de ses membres. Et les chiffres tendent toujours vers plus d’infidélité chez les hommes: en Belgique, 57% auraient trompé leur partenaire, contre 54% des femmes. (S.D. st.)

20%

des élèves en Belgique francophone ont participé à au moins une séance d’éducation à la vie relationnelle, affective et sexuelle (Evras) durant leur scolarité. C’est peu, sachant qu’elle est obligatoire depuis 2012. Certaines asbl font donc preuve de créativité: l’Adobus, un camping-car aménagé en deux cabinets d’entretien, s’invite au Lycée provincial Hornu-Colfontaine, dans le Hainaut, deux fois par semaine. Les élèves peuvent y parler à des professionnels de la santé et recevoir des préservatifs ou des protections hygiéniques. (S.D. st.)

Pas en arrière pour l’avortement aux USA

L’Oklahoma a approuvé une loi interdisant l’avortement après six semaines de grossesse. De nouvelles restrictions liées à celles prises au Texas, en septembre 2021. Là-bas, l’IVG est interdite dès lors que les battements de cœur du fœtus sont audibles à l’échographie, même en cas de viol ou d’inceste. Les Texanes se tournaient donc vers l’Oklahoma, où les cliniques étaient submergées. La mobilisation est toutefois forte aux Etats-Unis depuis des fuites dans la presse affirmant que la Cour suprême s’apprêterait à annuler un arrêt historique garantissant le droit à l’avortement.

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