Opinion

Nicolas De Decker

La certaine idée de Nicolas De Decker: Karine Lalieux et son « juste du bonheur » (chronique)

Nicolas De Decker Journaliste au Vif

Karine Lalieux vient ajouter son ouvrage subtil à la bibliothèque de citations foireuses qui compose aujourd’hui, plutôt qu’une étagère d’études marxistes, le patrimoine doctrinal du Parti socialiste.

Une socialiste ne devrait pas dire ça: Karine Lalieux, avec style, vient ajouter son ouvrage subtil à la bibliothèque de citations foireuses qui compose aujourd’hui, plutôt qu’une étagère d’études marxistes, le patrimoine doctrinal du Parti socialiste.

« Beliris, c’est juste du bonheur. J’ai une enveloppe d’investissements, et je fais plaisir à l’ensemble des communes et en particulier, évidemment, aux communes socialistes« , a déclaré la ministre fédérale des Pensions et de la Lutte contre la pauvreté, le 31 mars, à une assemblée militante ouverte de la fédération bruxelloise du PS, à laquelle a assisté un furtif confrère de La Libre.

La Bruxelloise n’a pas fait là que rendre un hommage maladroit à une grande tradition de gaffeurs socialistes chez qui le pire était toujours possible et le minable, certain.

Elle n’a pas suscité là que d’inévitables protestations surjouées d’adversaires qui font comme si, assis sur les 125 millions d’investissements fédéraux promis à Bruxelles par l’accord de coopération Beliris, ils ne travailleraient pas, eux, à en orienter une partie vers les publics qu’ils défendent plutôt que vers les ennemis qu’ils combattent. Et qui simulent la révolte alors qu’aucun des projets de Beliris ne ressortit au magistère exclusif de sa ministre de tutelle: tous sont validés, par consensus, par un comité de coopération de huit ministres (quatre fédéraux, quatre régionaux), où siègent à peu près tous les partis.

Elle n’a pas seulement, là non plus, en se faisant croire puissante par un parterre de naïfs, autant ridiculisé la crédulité de ses propres militants que la crédibilité de décisions politiques pourtant bien plus sérieuses et concertées que clownesques et arbitraires.

Elle a dit autre chose, dans la partie de phrase qui ne fait pas scandale, que d’ailleurs vous n’avez même pas remarquée, et qu’un mandataire ne devrait jamais prononcer, surtout pas quand il est en charge des Pensions et de la Lutte contre la pauvreté, surtout pas quand il est socialiste.

Allez relire, là-haut, et revenez.

Voilà.

Elle a dit que c’était juste du bonheur.

On dirait que ça ne mange même pas de ce pain dont on fait les présidents de parti.

Pourtant, c’est là une ministre socialiste des Pensions, de la Lutte contre la pauvreté et de Beliris qui dit trouver du bonheur dans l’exercice de ses compétences.

Du bonheur quand les pensionnés sont énervés et que les pauvres sont affamés, du bonheur quand les Bruxellois sont négligés et que leur Région s’étrangle.

« C’est juste du bonheur », elle a dit, comme une autopraticienne du développement personnel se laisserait aller à s’écouter après avoir été coachée durement par elle-même.

Comme si la politique n’était que ça, aider les gens qu’on est censé défendre, pas parce qu’ils en ont besoin, mais parce que c’est épanouissant. Parce que c’est valorisant et stimulant.

Parce que c’est agréable de donner une couque à un mendiant.

Comme si, grâce à cette si confortable discipline du développement personnel, le bonheur, au fond, ne dépendait que de soi et pas des rapports économiques ou politiques.

Comme si le socialisme de Karine Lalieux, en fait, consistait à travailler au plaisir personnel des socialistes.

Et pas au bonheur commun des travailleurs, des pauvres et des pensionnés.

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