Anne-Sophie Bailly

Réduction des droits d’enregistrement. L’immobilier, le politique. Et les chiffres. Qui a raison?

Anne-Sophie Bailly Rédactrice en chef

La réduction des droits d’enregistrement en Wallonie doit être évaluée. Pour déterminer si un ajustement s’avère nécessaire.

Le débat politique devait être tranché par la neutralité des chiffres. Seules des données objectives devaient permettre de déterminer si l’une des réformes les plus emblématiques mises en place par le tandem MR-Les Engagés, la réduction des droits d’enregistrement pour une première habitation, avait effectivement atteint son objectif ou si, comme le dénonçait l’opposition, elle le loupait complètement.

Un an après l’entrée en vigueur de la mesure, les chiffres commencent à tomber. Et que disent-ils? D’abord que le nombre de transactions sur l’ensemble de 2025 en Wallonie a bondi de 16,7%, et que cette hausse dépasse la moyenne du marché belge. Bon point, donc, pour la réforme qui a dynamisé le marché immobilier de la Région. Même si on ne peut pas exclure un effet de rattrapage pour un segment de marché en recul depuis deux ans. Ni que la perspective d’une tendance à la hausse des taux hypothécaires n’ait incité certains candidats acquéreurs à franchir le pas. Un point donc, aussi, pour les détracteurs de la mesure.

Quid alors de l’évolution des prix? A la hausse également. De 13,4% pour les maisons, notamment. Ce qui prouve deux choses: un, que ce sont essentiellement les classes moyennes supérieures qui ont bénéficié des nouvelles dispositions; deux, que les vendeurs ont profité de cet effet d’aubaine pour gonfler le prix de vente de leur bien, affirme une grille de lecture. Ce qui illustre l’amélioration du pouvoir d’achat des acheteurs, qui ont dû mobiliser moins de fonds propres pour s’acquitter des droits d’enregistrement, et que des biens plus qualitatifs et donc plus chers ont changé de mains, décode-t-on par ailleurs. Egalité au marquoir.

Et qu’en est-il des primoacquéreurs? Si on les voit accéder davantage à la propriété, c’est essentiellement sur le créneau des appartements que la différence se marque. 38% des achats d’appartements en Wallonie l’ont été par des 18-35 ans, contre 32% il y a quatre ans. Une conséquence de la réforme? Une évolution des préférences en matière de localisation? Un transfert des achats vers les appartements au détriment des biens à revenu cadastral modeste? La question reste ouverte.

Le bilan annuel du marché de l’immobilier, établi par la fédération des notaires, ne tranchera donc pas le débat politique. Mais il rappelle que la mesure doit impérativement être évaluée. Pour déterminer si un ajustement s’avère nécessaire. Si la réduction linéaire de ces droits reste la solution à privilégier. Si l’instauration de plafonds et d’abattements ne serait pas moins dispendieuse et plus efficiente. Si les finances de la Région wallonne peuvent se permettre une mesure à 245 millions d’euros, aussi populaire soit-elle.

«La réduction des droits d’enregistrement doit être évaluée.»

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