Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux: moines pollueurs en résistance (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Dans le couloir de la mort, a pris place un illustre condamné: la ferme laitière de l’abbaye d’Averbode, 888 printemps.

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Alléluia! Il pouvait bien remercier le ciel, Jan Jambon (N-VA), en annonçant, fin février, une fumée blanche sur un accord arraché non sans douleur par son gouvernement (N-VA – CD&V – Open VLD) mais ô combien vital pour une Flandre priée de se montrer nettement plus respectueuse du climat. Il le tenait enfin, cet ambitieux plan de réduction de moitié des émissions excessives d’azote dans les espaces naturels flamands d’ici à 2030. Bien sûr, le défi ne se relèverait pas sans larmes dans les campagnes qui devront payer tribut: 41 exploitations agricoles seront condamnées à fermer leurs portes d’ici à 2025 pour activités outrancièrement nuisibles.

Mais voilà que dans le couloir de la mort, inscrit sur la liste rouge, a pris place un illustre condamné: la ferme laitière de la vénérable abbaye brabançonne d’Averbode, 888 printemps au compteur cette année. Car c’est péché que de trop polluer. Les norbertins ne savent plus à quel saint se vouer à la perspective de devoir faire une croix sur leur célèbre fromage. A la presse, le père abbé Marc Fierens confie son incompréhension et son désarroi «alors qu’en quinze ans, nous avons énormément investi sur l’ensemble du site de l’abbaye en faveur du développement durable. C’est à tort qu’on nous présente comme un gros pollueur.»

Le Boerenbond ne demande qu’à croire son prestigieux affilié plongé dans le malheur, il a d’ailleurs vite compris comment faire de la communauté monastique affligée le visage de la bronca paysanne et un rouage privilégié de la machine à «lobbyer». C’est que le syndicat agricole a toujours le bras long jusque dans les hautes sphères d’un CD&V signataire de l’accord mais pas loin d’appeler à la mobilisation contre ses effets destructeurs. On a donc eu droit à un échange de vues au parlement flamand qui a viré au tir de barrage sur la façon d’agir de la gestionnaire du dossier, Zuhal Demir (N-VA), ministre de l’Environnement. Sur les bancs CD&V, rejoints par l’Open VLD, on s’est permis d’émettre en chœur des doutes sur la manière dont a été confectionnée la funeste liste. Et l’on s’interroge sur les voies empruntées par l’administration pour avoir fait basculer l’abbaye norbertine du code «orange» en code «rouge», synonyme de sentence capitale: aux yeux de certains, ces voies restent impénétrables.

Le tout débouche sur un affrontement ministériel à fleurets de moins en moins mouchetés entre la CD&V Hilde Crevits à l’ Agriculture, qui appelle à moins d’intransigeance, et la N-VA Zuhal Demir à l’Environnement, qui ne voit à ce stade aucune raison de faire une exception. Avec, au-dessus de la mêlée, un Jan Jambon qui juge inutile de mettre la charrue avant les bœufs alors que la phase de recueil des doléances court jusqu’à la mi-juin, et qui veut croire en la loyauté des uns et des autres au sein de son gouvernement. Avec un Bruno Tobback, au nom de Vooruit dans l’opposition, qui prend plutôt plaisir à prendre acte qu’une bonne partie de la majorité se range «derrière les activistes du Boerenbond», a fortiori lorsqu’il s’agit de défendre les «vaches sacrées» d’Averbode en grand péril. Et qui, déjà, prend les paris: qui, dans l’équipe gouvernementale, n’aura pas la main qui tremble à l’heure d’actionner le couperet?

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