Opinion

Thierry Fiorilli

C’est beau comme la fille qui a besoin d’avoir peur (chronique)

Thierry Fiorilli Journaliste

Pour atteindre une rivière, on est obligé d’aller au bout d’un chemin.

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Elle s’appelle Nouria. Nouria Newman, ce qui lui va moyen, Newgirl aurait été mieux. Elle est française, elle a 30 ans, et l’année dernière, en février, elle est devenue la première femme à dévaler en kayak une chute de cent pieds (31,7 mètres). C’était en Equateur, sur le Rio Pucuno, en pleine jungle. Revenant sur l’exploit, il y a quinze jours, le quotidien sportif L’Equipe faisait bien comprendre de quoi il s’est agi: « Nouria Newman a descendu l’équivalent d’un immeuble de dix étages, à environ 88 km/h. »

Un truc de dingue, qui, ajouté à ses précédents raids – glaciers en Inde et rapides au Canada, notamment –, lui a valu des interviews un peu partout: Paris Match, Eurosport, Brut, Outside, Dailymotion, Red Bulletin, YouTube… Et un documentaire, Wild Waters (Eaux sauvages), à peine sorti, époustouflant, puisqu’on y vit ses descentes de chutes depuis son kayak (grâce à une caméra sur le casque) et depuis un poste d’observation en face (par l’intermédiaire d’une autre caméra braquée sur le torrent).

Pour atteindre une rivière, on est obligé d’aller au bout d’un chemin.

Toujours, « la kayakiste de l’extrême« , comme on la décrit, « la kayakiste en eaux vives« , comme elle se présente, évoque ses préparations, minutieuses tant dans l’analyse du profil de la rivière que dans le choix du matériel, la logistique, l’entraînement physique et le conditionnement psychologique. Sur son jump historique dans les Pucuno Waterfalls, elle raconte avoir « fait la ligne que je voulais faire. Par contre, l’impact a été vraiment violent, j’ai cru m’être cassé le dos. J’avais l’impression que mes organes étaient remontés dans ma cage thoracique. »

Sinon, elle dit de très jolies choses, qui valent pour les cours d’eau comme pour celui de la vie. Sur la peur, entre autres, au Red Bulletin d’avril: « Pour moi, la peur est un outil, une super alarme. Elle oblige à être extrêmement vigilante, concentrée. Mes pires accidents de kayak sont arrivés quand je n’avais pas peur, dans ma zone de confort. La peur, il faut s’en servir. Après, dans la vie de tous les jours, il y a des peurs paralysantes. Pour débloquer ça, j’essaie d’identifier cette peur: est-elle rationnelle ou n’ai-je aucune raison d’avoir peur? Si elle est irrationnelle, je me raisonne. Si elle est rationnelle, avec des risques objectifs, elle me fera éviter le danger car je n’irai pas. »

Elle affirme aimer « avoir peur, sinon je ne m’infligerais pas des niveaux de stress et d’engagement aussi élevés. On est un peu comme des petits enfants à qui on fait “bouh”, qui se font une frayeur et rigolent… Quand on n’a plus envie d’avoir peur, c’est une période délicate, surtout quand son métier est de faire de l’extrême. Il faut alors faire deux ou dix pas en arrière, reconstruire les bases. Accepter de faire une pause pique-nique sur un lac. »

Son record? « Je l’ai fait pour moi, et tant mieux si ça ouvre des portes aux autres femmes. La manière la plus efficace de défendre quelque chose, c’est de laisser ses actions parler pour soi. » Et puis, surtout: « Pour atteindre une rivière, on est obligé d’aller au bout d’un chemin. »

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