Zapatero, optimiste impénitent

En Espagne, la croissance de l’économie s’essouffle. Mais, à l’heure du verdict des urnes, cela n’inquiète guère le président du gouvernement.

De notre correspondante

José Luis Rodriguez Zapatero en est convaincu.  » Ne gagne que celui qui est sûr qu’il va gagner.  » Et lui, il y croit. Il y a toujours cru. Même la dernière fois, en 2004, lorsqu’il avait arraché la victoire contre toute attente. Cette fois, les sondages sont avec lui. Ils lui concèdent une légère avance pour les élections législatives du 9 mars. Pas de quoi pavoiser. Mais assez pour alimenter cet  » incurable optimisme  » qui surprend même ses plus proches collaborateurs.

Face à lui, Mariano Rajoy, chef de file du Parti populaire (conservateur) joue le scénario catastrophe. Il dénonce l' » irresponsabilité  » et la  » frivolité  » de ce président du gouvernement qui, selon lui, met en péril l’unité de l’Espagne en concluant, imprudemment, une série de pactes avec les nationalistes qui ont fracturé les consensus fondamentaux de la démocratie.

Le candidat socialiste sortant n’a pas réussi à creuser l’écart avec son adversaire. Comment Zapatero, surnommé il y a peu le  » Blair espagnol « , a-t-il pu perdre aussi rapidement l’impulsion de son début de mandat ?

 » Affaire de communication, estime le politologue Ignacio Sanchez Cuenca. Zapatero garde l’idée qu’un homme de gauche ne doit pas vendre son âme au marketing.  » De Blair, ce pragmatique a clairement retenu la leçon sur le terrain économique : conserver les atouts de son prédécesseur libéral. Il s’inscrit dans la ligne austère de José Maria Aznar, veille à l’équilibre des comptes publics et injecte au compte-gouttes des avancées sociales. Il a aussi retenu les conseils du Britannique en matière de lutte antiterroriste, en ouvrant – sans résultat probant – des canaux de dialogue avec ETA.

 » Mais il est clairement passé à côté de la stratégie de Blair qui était de dominer l’agenda public, souligne Ignacio Sanchez Cuenca. Le gouvernement a laissé l’initiative à la droite. Il a passé son temps à répondre pied à pied aux attaques, au lieu de faire valoir ses réussites. « 

Ses succès sont, pour l’essentiel, les chantiers entrepris au début de son mandat, à l’époque où tout lui sourit. Zapatero, alors, c’est l’homme qui sait parler à la gauche.  » Il se concentre sur une politique de gestes, qui ne coûte pas cher aux caisses de l’Etat, mais qui transmet des messages jubilatoires à son électorat et exaspère prodigieusement l’Eglise « , explique Soledad Gallego-Diaz, analyste politique au quotidien El Pais (proche des socialistes). A son actif, notamment, la légalisation du mariage homosexuel, la parité et l’impulsion donnée pour favoriser l’égalité entre les hommes et les femmes, l’aide aux personnes dépendantes, la simplification du divorce, et la loi sur la reconnaissance des victimes de la guerre civile et de la répression franquiste.

Durant les deux premières années, la machine Zapatero est imparable. Il est en phase avec la société espagnole. D’autant que la droite, KO debout, n’en finit pas de digérer sa défaite inattendue. Quand ETA, aux abois policièrement et judiciairement, demande un processus de négociation, Zapatero fonce. Il croit à sa baraka. Il se voit comme l’homme qui en finira avec le terrorisme basque. Les discussions commencent, patinent et s’embourbent. Ça ne fait rien. Il s’accroche.

Naïf et otage de ses alliances incertaines, selon l’opposition

Cet optimisme qui exaspère tant l’opposition finit par lui jouer des tours. Lorsqu’il affirme dans un discours télévisé, en décembre 2006, que l’Espagne va  » mieux que jamais « , au même moment, un commando d’ETA est en train de poser les bombes qui feront deux morts, quelques heures plus tard, dans un spectaculaire attentat à l’aéroport de Madrid. C’est le point d’inflexion.

Ce jour-là, il apparaît clairement qu’il n’a aucune idée de ce qui se passe dans les coulisses de ses propres négociations avec le groupe terroriste. Zapatero est-il aussi naïf que le disent ses détracteurs ? L’opinion publique flanche. L’opposition de droite, aiguillonnée par son aile ultra-conservatrice et par les harangues des évêques, s’engouffre dans la brèche et martèle que cet homme conduit l’Espagne au désastre, qu’il est l’otage de ses alliances incertaines, négociées au coup par coup avec les nationalistes régionaux, et, tout spécialement, les indépendantistes catalans.  » Comment pouvez-vous décider de l’avenir du pays avec des gens qui ne croient pas en lui ?  » s’insurge Mariano Rajoy.

Pour la première fois, l’électorat doute. Les élections municipales de mai 2007 donnent l’avantage à la droite. Zapatero change alors de cap et cherche de nouvelles alliances avec les partis régionalistes modérés. Les grands chantiers de gauche sont mis en stand-by. C’est à l’électeur indécis du centre que s’adresse ostensiblement la dernière année du mandat de Zapatero, à coups de baisses fiscales ou de prime de naissance. Il rassure – trop tard, dit la droite – en reprenant la ligne dure face à ETA. Sa cote remonte.

Opportuniste, Zapatero ? Ses amis, comme l’écrivain Suso de Toro, le décrivent comme un homme  » à l’écoute, qui refuse d’utiliser le mensonge comme arme politique et cherche non pas à séduire, mais à convaincre « . Pour German Yanke, chroniqueur politique du quotidien conservateur ABC,  » le problème, c’est qu’on ne sait pas ce qu’il pense réellement. Il fait de la navigation à court terme. Sa position sera celle qui sortira de la négociation avec ses partenaires « . Au Parti socialiste, une part de la vieille garde, proche de Felipe Gonzalez, n’est pas loin de partager cette analyse. Quelques-uns, même, quittent le navire. Comme l’eurodéputée socialiste Rosa Diez, qui a choisi la dissidence, à la tête du tout nouveau parti Union, progrès et démocratie. Zapatero, lui, regarde vers l’avant.  » Ne gagne que celui qui est sûr de gagner.  » La seule incertitude, selon lui, est de savoir s’il aura les coudées franches, ou s’il devra, à nouveau, s’appuyer sur des alliés parlementaires volatils. l

Cécile Thibaud

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