Yves Leterme, la conversion forcée

Pierre Havaux
Pierre Havaux Journaliste au Vif

La fonction fait l’homme : Yves Leterme applique le précepte avec une conscience professionnelle rare. Le Premier ministre de tous les Belges a escamoté le croisé de la cause flamande et de la scission brutale et sans concessions de BHV. Mais où se niche le Leterme sincère ?

Je ne change pas d’avis au gré des fonctions que j’occupe « , répliquait Yves Leterme en novembre, piqué au vif par un sénateur. L’homme, alors ministre des Affaires étrangères, n’avait pas réintégré le 16, rue de la Loi. Les apparences ne plaidaient pas contre lui. Aujourd’hui, on n’oserait plus jurer de rien, tant son costume de Premier ministre paraît avoir déteint sur son mental. Leterme méconnaissable. Vindicatif, arrogant, méprisant pour les francophones quand il jouait la carte de la Flandre. Rassembleur, consensuel, avenant quand il s’agit de rouler pour la Belgique. Certains doutent du miracle.  » J’ai une confiance très limitée dans la conversion de M. Leterme. Les personnes qui se convertissent radicalement de cette façon, d’un coup, on peut s’attendre qu’elles se retournent dans l’autre sens tout aussi rapidement « , dixit ce vieux briscard de Philippe Moureaux (PS).

Nécessité a fait loi. Pour retrouver le pouvoir perdu en 1999, le CD&V pratique la fuite en avant sur le terrain communautaire. Leterme, président de parti en 2003, se révèle orfèvre en la matière : son cartel électoral avec la N-VA, formé en 2004, tient du coup de génie. Aux élections régionales de juin 2004, le CD&V reprend la main dans le nord du pays. Leterme devient ministre-président flamand mais se pose en rival de l’Open VLD Guy Verhofstadt au 16, rue de la Loi. C’est la course à l’escalade.  » Fait inédit dans la vie politique belge, le ministre-président de la Région flamande se présente comme le principal opposant au Premier ministre et au gouvernement fédéral « , relève le politologue de l’ULB Pascal Delwit. Leterme durcit le ton régionaliste, blesse les francophones, affiche un amour très modéré pour la Belgique.  » Des positions, des propos incompréhensibles pour un candidat Premier ministre « , juge Delwit. Leterme et les siens s’acharnent à faire monter les enchères. Se jettent sur BHV comme sur un os à ronger :  » Cinq minutes de courage politique suffisent à régler le problème.  » En 2005, à la Chambre, le chef de groupe CD&V, Pieter De Crem, met la pression maximale sur les  » capitulards  » de BHV :  » Les partis flamands de la majorité devraient avoir honte. Ils n’ont pas tenu les promesses qu’ils avaient faites à leur électorat. Ce gouvernement, sous la direction de Guy Verhofstadt, fait preuve d’un manque total de dignité politique, tout cela pour faire le jeu d’un seul homme, qui veut à tout prix garder les clés du 16, rue de la Loi.  » Stratégie payante au scrutin fédéral de juin 2007. Le cartel CD&V – N-VA est victorieux, Leterme et ses 800 000 voix sur un nuage. Avant un piteux retour sur terre : BHV non scindé lui revient comme un boomerang, le divorce avec la N-VA est consommé. Mais la diatribe de De Crem se vérifie au profit de… son parti : le CD&V n’a pas tenu sa promesse sur BHV mais a fini par récupérer les clés du 16, rue de la Loi. Au prix d’une sacrée courbe rentrante pour son actuel locataire.  » Avec de grands principes, on ne va pas loin « , confiait il y a peu Leterme à la revue de la FEB. L’homme a bien appris.

Pierre Havaux

 » avec de grands principes, on ne va pas loin « 

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