Wallonie-Bruxelles : une fédération déséquilibrée ?

Michel Delwiche
Michel Delwiche Journaliste

Pas simple de mettre sur le papier l’équilibre entre Bruxelles et la Wallonie au sein de la Communauté française. Une tentative de diversion pour amadouer les régionalistes ?

« Le fédéralisme de coopération ? Nous, on connaît, puisque nous le pratiquons depuis des années « , explique doctement Rudy Demotte (PS), à l’issue d’une séance conjointe de ses gouvernements (wallon et communautaire) avec celui de la Communauté germanophone. Ce jour-là, le ministre-président a tenu pas moins de quatre réunions : celles des gouvernements qu’il préside (Wallonie et Communauté française) puis les mêmes tenues conjointement avec les ministres de la Communauté germanophone. Faut s’accrocher.

Quinze jours auparavant, outre la réunion hebdomadaire de  » ses  » deux exécutifs (à Bruxelles !), puis celle du gouvernement wallon-communautaire, s’est tenu un  » gouvernement conjoint interfrancophones régional et communautaire  » (réunissant les gouvernements précités avec celui de la Cocof (Commission communautaire française) de Bruxelles. A cette occasion a été annoncé un accord économique entre le gouvernement wallon et le gouvernement de la Région (bilingue) de Bruxelles-Capitale ouvrant aux entreprises bruxelloises la porte des pôles de compétitivité du plan Marshall 2. vert wallon.

Ne pas brusquer les Bruxellois

Tout cela ne va pas faciliter la lisibilité de notre système politique,  » particulièrement complexe  » comme le souligne le Wallon Jean-Claude Marcourt (PS), signataire de cet accord économique avec son homologue bruxellois Benoît Cerexhe (CDH).  » Aujourd’hui, nous avons la volonté de travailler ensemble, mais la Région bruxelloise comprend également des néerlandophones, et nous devons veiller à ce que l’équilibre de nos plaques tectoniques soit respecté. Les Wallons doivent également faire attention à ne pas brusquer les francophones de Bruxelles : le ministre-président de la Communauté française (je préfère l’appellation Communauté Wallonie-Bruxelles) et ses trois vice-présidents sont tous des Wallons  » (Demotte et Marcourt au PS, Nollet pour Ecolo et Antoine au CDH).

Cela pourrait en effet ressembler à une OPA wallonne sur cette institution garante de la sacro-sainte solidarité entre francophones, institution qu’il est de bon ton de désormais nommer Fédération Wallonie-Bruxelles. Appelée de leurs v£ux par Rudy Demotte et le ministre-président bruxellois Charles Picqué (PS) en 2008, cette fédération a fait l’objet d’une résolution votée la même année par les quatre partis démocratiques du parlement wallon et s’est retrouvée inscrite dans les déclarations de politique régionale et communautaire à l’été 2009.

Cette fédération  » reposera sur deux Régions fortes « , précisent les textes, et, au-delà des matières communautaires (enseignement, culture…), favorisera la coopération entre Bruxelles et la Wallonie dans les matières régionales (économie, emploi…). Reste que cette articulation à trois (les deux Régions et la Fédération) n’est guère équilibrée. Les relations internationales de la Communauté et de la Région wallonne, par exemple, sont assurées par Wallonie Bruxelles International (WBI), y compris sur le plan économique avec l’Awex (Agence wallonne à l’exportation et aux investissements étrangers) qui ne concerne pas la Région bruxelloise. Autre exemple, les médiateurs de la Région wallonne et de la Communauté (ou fédération) devraient voir leurs services fusionner et traiter des doléances wallonnes concernant le logement sans pouvoir aborder le problème bruxellois ?

Décidément, tout est à redéfinir. On aura encore besoin des services des politologues et autres constitutionnalistes…

MICHEL DELWICHE

on aura besoin des services des politologues

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