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Vue des coulisses

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Dans Access All Areas, l’ex-patron de Pure FM égrène ses souvenirs d’interviews. Et donne à voir les backstages du grand cirque pop, humain malgré tout…

A force de le voir multiplier les casquettes, on avait failli oublier celle-là. Cadre désormais vétéran de la RTBF, fondateur et ex-patron de Pure FM, aujourd’hui conseiller éditorial pour les événements spéciaux (Décibels Music Awards, Magritte du cinéma…), coanimateur des 5 heures avec Hugues Dayez, Rudy Léonet est aussi intervieweur. Avec, dans cet exercice, un « tableau de chasse » particulièrement fourni. Pour preuve, Access All Areas (1), petit plaisir coupable d’un peu moins de cent pages, format carré, façon 45 tours, qui revient sur quelques-unes des rencontres les plus marquantes de l’animateur. Au générique, notamment, Elton John, Serge Gainsbourg, George Michael, The Cure, Etienne Daho, Oasis, etc. Rien que ça. A chaque fois, le court texte est accompagné d’une illustration de Clarke (la série BD Mélusine, notamment). L’un et l’autre se connaissent, par les spectacles « Critic On Demand », sorte de prolongation scénique des 5 heures cinéma, durant lesquels Clarke dessine parfois en direct – l’une des solutions trouvées pour « remplir la scène, qui serait sinon juste occupée par deux clampins qui improvisent des critiques de film ». Un jour, Rudy Léonet raconte à Clarke sa rencontre avec Robert Palmer – elle est dans le bouquin. Quelques heures plus tard, le dessinateur renvoie une illustration croquant la situation: la partie de ping-pong peut commencer. « Au bout d’une dizaine, on s’est dit que cela valait peut-être le coup de pousser la démarche, sans savoir forcément qu’on en ferait un livre. »

Aujourd’hui, le lancement d’un album ressemble de plus en plus à celui d’un James Bond.

Au final, voici donc Access All Areas. Il est tout sauf des mémoires – « Honnêtement, je ne vois pas trop qui cela pourrait intéresser » – ou un livre de grands entretiens – « Je ne voulais pas non plus (re)publier des textes bourrés de détails qui, même s’ils parlent d’une époque, ont quand même une date de péremption. Cela reste de la pop music, on est dans l’immédiateté. » Rudy Léonet a donc pris le pli de l’anecdote et des coulisses. De la fête foraine décadente organisée par les Pet Shop Boys sur les quais de la Tamise aux quatre limos noires de U2 (« Une exigence du tour manager »), en passant par la gentillesse « désarmante » de Ralf Hütter, de Kraftwerk, la cuite de Blur, la haie d’honneur pour David Bowie, ou encore la devinette-confession de George Michael – « Tu connais la différence entre Madonna, Prince, Michael Jackson et moi? Madonna, Prince et Michael Jackson pensent qu’ils sont vraiment Madonna, Prince et Michael Jackson. Mais moi, je sais très bien que je ne suis pas George Michael. » « L’autre jour, j’ai regardé le documentaire sur Angèle, et elle disait en gros la même chose, relève l’homme de radio. Angèle est un personnage qu’elle a mis en place. Certes, c’est une extension d’elle-même, mais ce n’est pas tout à fait elle non plus. »

Clarke a illustré les souvenirs d'interviews de Rudy Léonet, d'Oasis à George Michael en passant par The Cure.
Clarke a illustré les souvenirs d’interviews de Rudy Léonet, d’Oasis à George Michael en passant par The Cure.© dr

L’air de rien, en passant par la bande, Rudy Léonet distille une certaine idée de la pop. Par ailleurs, il dresse un portrait d’une industrie qui a considérablement muté. Pour avoir connu un certain âge d’or du music business, il a pu bénéficier de conditions d’interview devenues quasi impossibles aujourd’hui. « Le problème, c’est qu’un nouvel album sort partout dans le monde le même jour, au même moment. J’ai vérifié: auparavant, les disques des grosses pointures internationales arrivaient souvent au printemps aux Etats-Unis, un peu plus tard en Europe, et à l’automne au Japon. Le groupe avait donc l’occasion de se partager dans un calendrier qui lui permettait d’accorder du temps. Aujourd’hui, le lancement d’un album ressemble de plus en plus à celui d’un James Bond. Pour l’un des derniers disques de Depeche Mode, par exemple, le label avait organisé une conférence de presse à Berlin, durant laquelle le groupe a répondu à des questions très banales, notamment parce que les journalistes n’avaient pu écouter que deux extraits avant. Le résultat est qu’on est plus dans un effet d’annonce que dans une logique d’interview. »

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Pas question pour autant de virer vers la nostalgie. Toujours passionné par le format pop, y compris dans ce qu’il peut avoir de plus contemporain – « Des gens comme AG Cook, Dorian Electra, Charli XCX, etc. qui font de la musique sur ordinateur, en surjouant tellement le côté pop que cela en devient parfois agressif » -, il a lui-même sorti un album l’an dernier. Trente ans après l’épisode La Variété (un album sorti chez Barclay en 1993), Rudy Léonet a pondu Home, prolongeant aujourd’hui ses obsessions électro-pop par un nouveau single ( A Queen Within Roses). Quand on disait que l’homme était multiple…

(1) Access All Areas, par Rudy Léonet et Clarke, éd. Lamiroy, 88 p.
(1) Access All Areas, par Rudy Léonet et Clarke, éd. Lamiroy, 88 p.

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