Votre santé par le Net

Votre santé vous préoccupe ? Essayez Internet ! D’innombrables sites répondent à vos interrogations, de l’affection gravissime au bobo bénin. Entrez au paradis des hypocondriaques !

(1) www.chcf.org

(2) En Europe, la vente de médicaments en ligne est autorisée aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne et au Danemark, mais rien ou presque n’empêche l’internaute d’aller facilement s’approvisionner à l’étranger. L’étude  » E-pharma « , réalisée en août 2000 par l’Institut fédéral autrichien pour la santé, estimait à 198 millions d’euros le chiffre d’affaires réalisé par les pharmaciens en ligne dans les pays de l’Union européenne.

Ne dites plus :  » 33 « , dites :  » santé. com « . Car Internet s’immisce, peu à peu mais de façon inexorable, dans la relation entre médecin et patient. L’image d’Epinal du malade démuni face à l’homme de science, seul détenteur du savoir, n’est plus d’actualité. Aujourd’hui, certains patients pénètrent dans la salle d’attente de leur docteur, plus informés que lui sur leur pathologie. Et pour cause : Internet constitue un terrain d’investigation formidable, qui permet non seulement d’aller chercher la connaissance, mais également de la partager avec le reste du monde. Il n’y a pas à être pour ou contre : la révolution a déjà eu lieu.

Selon un sondage mené en 2003 par Insites Consulting auprès de 75 000 Belges connectés à Internet, 50 % des utilisateurs ont déjà recherché des informations médicales sur le Web. Un chiffre qui passe à 67 % chez les internautes souffrant de maladies chroniques. Dans ces 67 % de malades, 10 % disent surfer sur les sites médicaux en vue de préparer une visite chez leur médecin traitant, 29 % pour disposer d’informations après le diagnostic posé par le médecin et d’autres pour comprendre le jargon médical. Seuls 3 % d’entre eux se branchent sur la Toile pour éviter une visite chez le médecin. Un comportement que l’on retrouve chez l’internaute américain.

En septembre 1999, une étude Harris Interactive avait ainsi montré que 70 millions d’adultes américains avaient recherché sur Internet des informations relatives à la santé. Elle distinguait trois types d’internautes. Les bien portants d’abord, soit 60 % des utilisateurs, en quête de médicaments et de thérapies dites de confort. Les nouvellement diagnostiqués, ensuite, qui ne représentent que 5 % des consommateurs d’informations médicales en ligne, mais qui se mettent à surfer frénétiquement à l’annonce de leur maladie, à la recherche d’informations complémentaires. Les malades chroniques, enfin, qui représentent 35 % des utilisateurs de sites médicaux. Sur Internet, voilà ce que l’on appelle des communautés d’intérêt. L’internaute, malade ou non, représente une valeur marchande. Il s’agit de le retenir en lui offrant les services et les informations qu’il demande. Cette démarche cynique n’a pas cours sur les sites scientifiques. Mais elle motive l’engouement pour la santé des portails grand public.

Selon Health-e people, une enquête sur la santé en ligne publiée par la Californian Health Care Foundation (1), ces portails font spécialement les yeux doux aux seniors, aux malades chroniques et aux femmes. Les premiers, parce qu’ils sont couramment consommateurs de soins. Les deuxièmes, parce que, pour employer une terminologie marketing, ils sont les plus facilement  » fidélisables.  » Et le public féminin, parce qu’il tient les cordons de la bourse : ce sont les femmes qui contrôlent, à 80 %, les dépenses de santé familiales et qui achètent 75 % des médicaments sans ordonnance. Ce sont encore elles qui représentent, aux Etats-Unis, 54 % des recherches d’informations médicales en ligne.

Il n’y a donc pas qu’une thématique de la santé en ligne : il en existe autant qu’il y a de types d’internautes sur le Web. En 2001, on dénombrait plus de 30 000 sites consacrés à la santé sur Internet, dont 6 000 francophones. Mais qu’attendent donc tous ces portails qui se préoccupent de la santé de leurs internautes ? De la monnaie sonnante et trébuchante ! Que les malades imaginaires qui se promènent sur le Web ne se fassent aucune illusion : si les dieux du Web les aiment et les écoutent, c’est pour leur argent et pas forcément pour leur bien (2). Selon Transfert Magazine, une enquête menée en 2001 par l’Association américaine de médecine a montré que, dans la moitié des cas, on ne trouve sur les sites qu’un tableau incomplet des pathologies recherchées. Ignorant ces lacunes, 70 % admettent que leur décisions de soins sont influencées par les informations médicales trouvées en ligne… Mais qui donc leur dira que, jusqu’à preuve du contraire, Big Brother n’est pas médecin ?

Nicolas Gurgand

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