Vive le progrès ?

A quoi bon le progrès ? Il ne rend pas plus heureux et est souvent dangereux.

Marcelle Gansboom, BruxellesLongtemps, les hommes ont fait fi de la notion de progrès. Ils pensaient leur vie, la société et le monde en termes cycliques. Les vivants naissent, se développent, déclinent et meurent. La moindre bestiole, le souverain le plus puissant, le plus grand empire, tous étaient soumis à cette loi.  » Rien de neuf sous le soleil « , confirmait un dicton romain. Si la religion chrétienne avec son récit de la faute, de la rédemption et du jugement dernier proposait une histoire plus linéaire, elle ne prenait sens que dans la sphère spirituelle du salut. Ici bas, l’idée de circularité subsistait. Peu à peu, à partir de la Renaissance, l’idée de progrès s’est imposée. Glorifiée sans retenue û au xixe siècle – jusqu’au double cataclysme des guerres du siècle dernier, elle est maintenant à son plus bas étiage.

Il s’agit d’une mauvaise et confuse querelle. Trois choses sont à distinguer : les avancées scientifiques et techniques, notre façon d’en user et le sentiment relatif de bonheur ou de malheur qui nous accompagne au cours de l’existence. Peut-on museler l’appétit de connaissance ? Tout ce qui donne du piment à l’existence s’y oppose : la curiosité, la gloire, la richesse, la puissance. Et pour chacun, un désir de mieux vivre. Par contre, ces mêmes appétits font de nous de piètres administrateurs du progrès. Peut-être, ce dernier se développe-t-il trop vite ? On ne suit plus. C’est une opinion très répandue. On peut défendre l’idée inverse. C’est seulement devant l’imprévu, le bouleversement, la nécessité que notre raison, et notre c£ur, donnent leur vraie mesure.

Plus généralement, on ne peut pas faire l’impasse d’une critique politique de nos faiblesses, de nos craintes, de nos erreurs dans notre rapport au progrès. Bref, nous nous gouvernons mal et plutôt que d’en changer, comme des primitifs, nous accablons le meilleur de nous-mêmes : notre capacité d’invention.

Cette critique politique tient en quelques principes assez simples. En soi, une invention et ses applications ne sont ni bonnes ni mauvaises. Tout dépend de l’usage qu’on en fait. C’est trivial. Ce l’est moins quand on tente d’en faire profiter le maximum de gens. Autrement dit, ce qui est détestable, ce n’est pas le progrès scientifique et technique, c’est l’absence de solidarité qui en fait un outil d’inégalité quand il devrait être son contraire.

Reste l’éternelle question du sentiment de bonheur. Ni la richesse, ni la santé n’en sont garants mais, comme dit la sagesse populaire, cela aide. Il en va de même du progrès.

Jean Nousse

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