» Viva el Chi ! « 

Ah, mes amis ! La guerre est une chose effroyable, et j’admets qu’il est difficile de voir à chaud ce qu’elle porte en elle de positif. Pourtant, lorsque notre courageux ministre des Affaires étrangères confirma à son propos que  » d’un mal sortirait le bien « , je me rangeai à ses côtés. Non, il ne pensait pas seulement à ses propres échéances électorales. Pour peu qu’on sache le reconnaître, le Bien jaillit de partout, même en ces heures difficiles. Lorsqu’on demanda l’avis du ministre sur l’importance des manifestations anti-guerre, il fit virevolter ses petites mains et dit :  » N’est-ce pas merveilleux ? » Et, en effet, nous étions au pays des merveilles.

Quand je pense que certains pisse-vinaigre doutaient de notre Jeunesse ! Vous souvenez-vous de ces radoteurs qui la disaient vissée à ses jeux vidéo, ses SMS et ses fautes d’orthographe ? Je souhaite qu’ils se soient noyés dans leur bile, tiens ! Ont-ils vu nos magnifiques jeunes déferlant par milliers dans les rues, affrontant jets d’eau et photographes à la seule force de leurs piercings et de leurs ongles peints, de leur tee-shirt à l’effigie du  » Che  » et leur passion toute fraîche pour le  » Chi « , le glorieux président français ?  » Viva el Chi !  » mes amis. De Super-Menteur à Spartacus 2003 en un coup, n’est-ce pas extraordinaire ? Personnellement, les manifestations anti-guerre m’ont beaucoup ému. Dilatation cordicole, jubilation chatouillant le pelvis, tempes vibrantes de consensus : oui, nous sentions bon le Bien. Et quelles bonnes soirées télé passées à s’indigner ! Mais aussi, quelle rigolade quand sont apparus les premiers  » tirs amis  » ! Ces matamores se tiraient dans les pieds ! Et leur lenteur ! Ha, Ha !  » Vont pas si vite que ça avec leur barda et leur sale gueule carrée !  » Quel bonheur d’être du Bon côté ! Entre nous, il suffisait de dire  » Américain  » et chacun avait sa bonne blague :  » Busherie ! Cocacollabo ! Cowboycott !…  » Qu’est-ce qu’on a ri ! Même Saddam Hussein rigolait. D’ailleurs, chaque fois qu’on le voyait, il était secoué d’un bon gros rire de nounours. On le comprend ! Et comme on comprend les 33 % de Français qui, sondage à l’appui, souhaitent sa victoire !

Cette guerre hautement contestable nous a déjà donné une excellente occasion de nous sentir héroïques, et c’est, au fond, tout ce qu’on lui demande. Ainsi avons-nous pu prendre une splendide posture, celle d' » opposant passionné à la guerre « . Et peu importe que nous ne pensions pas à celle que mène l’adorable Poutine en Tchétchénie depuis dix ans, à l’occupation du Tibet par les paisibles Chinois, et j’en passe. On sait qu’il ne s’agit pas de penser quoi que ce soit mais de prendre des postures. Et le festival ne fait que commencer. Voici les langues qui, pour peu qu’elles ne soient pas coupées, se délient en Irak sur les atrocités commises par le dictateur préféré d’un Français sur trois. Maintenant que le régime est tombé, on peut bien le clamer, rejetant le drapé de nos toges par-dessus nos épaules :  » Horreur ! Les Irakiens étaient maltraités par un tyran !  » On voit ainsi fleurir de nouvelles possibilités de nous auto-aduler en dénonciateurs d’un régime sanguinaire. Nous allons ensuite nous auto-aduler en champions de l’aide humanitaire. Puis nous nous auto-adulerons en défenseurs de la légalité. Enfin nous exigerons de toucher notre bille dans la reconstruction de l’Irak et, là encore, je nous fais confiance, nous trouverons de bonnes raisons de nous auto-aduler. Grâce à cette guerre, nous avons fait de grands progrès dans la flexibilité. Nous passons d’une posture contradictoire à l’autre avec la même véhémence, du moment qu’elle est avantageuse et sans aucun risque. En cela, je vous le dis mes amis, l’humanité bouge. Elle se libère des vieux carcans. Elle est sur la bonne voie.

Par Stefan Liberski

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