Chronique

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux : comment la VRT drague les jeunes par un docu sur le fric rapidement gagné sans trop se fatiguer (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

 » FIRE: vroeg op pensioen » ou comment amasser rapidement assez d’argent par divers placements pour se la couler douce précocement. Tout un programme, c’est celui que diffuse VRT Max, la nouvelle plate-forme digitale branchée sur les jeunes, qui donne la parole à sept jeunes Flamands convertis au mouvement FIRE pour  » Financial Independence, Retire Early », très populaire chez les millenials. L’audiovisuel flamand de service public se fait incendier pour cette façon jugée sensationnaliste et peu responsable d’ » éduquer » la jeunesse à l’argent.

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Hého, par ici les jeunes, c’est à la VRT que ça se passe! Plus exactement sur VRT Max, la plateforme digitale flambant neuve qui va enfin parler à la génération biberonnée au smartphone, accro aux apps et aux réseaux sociaux, bref à tout ce qui fait le charme et le sel d’une vie ultraconnectée menée tambour battant. VRT Max a tout prévu à son intention, y compris une série documentaire en quatre épisodes qui devrait déchirer: FIRE: vroeg op pensioen, ou les bons filons suggérés pour vite, vite amasser du pognon et ainsi vite, vite s’offrir une retraite plus ou moins dorée.

Parole est donnée à sept millenials convertis à la philosophie « FIRE» pour «Financial Independence, Retire Early», mouvement made in USA qui s’exporte plutôt bien en Europe. Difficile de ne pas faire sa connaissance, «sur Instagram ou d’autres médias sociaux, vous ne pouvez pas l’éviter: les petits graphiques et autres clips qui vous font comprendre que vous êtes un idiot si vous ne gagnez de l’argent qu’en travaillant», grince Geert Noels, CEO d’Econopolis, dans une récente carte blanche passablement critique sur le phénomène. Métro, boulot, dodo? On oublie. Au lieu de se tuer à la tâche, mieux vaut vivre chichement ou, de préférence, faire rapidement fructifier son magot par des placements pas forcément prudents. Simple, non?

Mauvais signal adressé à la jeunesse que cette ode à l’argent facile et rapide.

On cède à la tentation des cryptomonnaies tant décriées pour leur rendement hasardeux, on investit dans l’immobilier à Dubaï ou en Thaïlande et hop, c’est bingo, les compteurs s’affolent et on peut passer à la vitesse de l’éclair d’un portefeuille famélique de 300 euros à un pactole de plus d’un million, rien qu’en «tradant» malin et en décrochant des retours hyperélevés sur investissement. Les sept «nouveaux riches» flamands sont là pour en témoigner sur VRT Max et faire étalage de leur «success story».

Pas bien. Mauvais signal adressé à la jeunesse que cette ode à l’argent facile et rapide qui passe sous silence ses nombreuses victimes. Faudrait pas non plus plomber l’ambiance et les audiences.

Les sourcils se froncent parmi les spécialistes de la matière financière qui déplorent cette incitation sensationnaliste à parier gros et risqué, ce contre-exemple offert aux jeunes qu’il vaudrait mieux éduquer à user de l’argent avec sagesse et modération. La FSMA, l’autorité des services et marchés financiers, gardienne des bonnes mœurs en matière boursière, apprécie peu, elle aussi, cette série qu’elle qualifie de «dangereuse et irréaliste». Et le ministre flamand des Médias, Benjamin Dalle (CD&V), partage le mécontentement ambiant alors que l’un ou l’autre participant au documentaire prend ses distances.

Accablé de reproches, le service public audiovisuel flamand défend son bout de gras et ne croit nullement faillir à ses devoirs. Il se dit clean dans sa contribution à susciter une saine controverse sans prétendre le moins du monde vouloir évangéliser à la religion des cryptomonnaies. Tout ce qui est «concernant» chez les jeunes n’est-il pas bon à faire savoir? Surtout si, par-dessus le marché, il y a un juteux retour d’audience sur investissement pour une chaîne radio-télé-Internet en manque de sous.

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