Opinion

Pierre Havaux

Vent du Nord de Pierre Havaux : comment la Flandre place ses subsides sous surveillance (chronique)

Pierre Havaux Journaliste au Vif

Enfin tout savoir, tout connaître,  de l’argent du contribuable flamand accordé à une entreprise, un mouvement de jeunesse, une organisation caritative ou festive : c’est désormais une réalité en Flandre où est disponible en ligne le registre des subsides alloués par les pouvoirs publics.  L’équivalent de 12 à 14 milliards d’euros versés chaque année sont accessibles, d’un coup de clic, à tout citoyen.  Matthias Diependaele (N-VA), ministre des Finances, attend de cet exercice de transparence une meilleure traçabilité des flux financiers et espère, à terme, davantage  de retenue dans la manie qu’aurait la Flandre de subsidier un peu trop vite à son goût.

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Elle y est pour quelque chose et même pour beaucoup. Matthias Diependaele (N-VA), ministre régional des Finances et du Budget, le lui concède volontiers en rendant à Sihame ce qui appartient à Sihame pour des raisons indépendantes de sa volonté: ce pas en avant que franchit aujourd’hui la Flandre vers plus de transparence, plus de surveillance et peut-être moins de bienveillance dans l’octroi de l’argent du contribuable à des buts ou des causes en tout genre.

Sihame qui? Sihame El Kaouakibi pardi, hier parlementaire régionale Open VLD très en vue et visage anversois de la diversité porté aux nues, aujourd’hui incarnation de la malversation dans l’usage de deniers publics alloués sans grand discernement et qui lui ont permis d’abreuver son asbl Let’s Go Urban à diverses sources, plus que probablement pour son profit personnel. Sans ses indélicatesses et l’électrochoc qui s’en est suivi, le calendrier de la bonne gouvernance n’aurait pu être ainsi forcé.

Car le voilà, prêt à l’ emploi avec un an d’avance sur le timing prévu, ce registre des subsides publics qui doit aider la Flandre à retrouver le chemin de la «goed bestuur» qu’elle avait un peu perdu de vue. Une banque de données pour enfin tout savoir, tout connaître de l’argent que verse la puissance publique, par montants tantôt petits, tantôt grands, à une myriade d’entités, du mouvement de jeunesse à une entreprise, d’une association festive à une organisation caritative. Une mine de renseignements disponible en ligne, à la portée du premier citoyen venu qui se sent une âme, voire une vocation, de contrôleur du bon usage de l’argent de ses impôts.

Dans le succès comme dans l’adversité, «tout finit toujours par se régler par un subside».

Matthias Diependaele attend beaucoup de cette cartographie. Tout d’abord une transparence sur des flux financiers qui empruntent parfois des voies alambiquées ou parviennent à échapper aux radars de surveillance des départements pourvoyeurs de subsides. Sa consultation, recommande le ministre régional du Budget, devra devenir un réflexe quasi pavlovien pour tout pouvoir public sollicité afin qu’il délie les cordons de la bourse: repérer des doubles ou des triples financements accordés à un même bénéficiaire pour une même cause ou un même but devrait presque devenir un jeu d’enfant. La traque à la fraude ne devrait que mieux s’en porter et la tendance à subsidier en ordre dispersé un peu tout et parfois n’importe quoi pourrait s’inverser. C’est que la manne mise chaque année en jeu n’est pas mince, de 12 à 14 milliards sur un budget flamand total de 50 milliards.

C’est là l’autre espoir ouvertement caressé par Matthias Diependaele, celui d’amorcer un débat existentiel sur cette manie qu’ont trop souvent, à ses yeux, les autorités publiques de distribuer l’argent du contribuable, presque par habitude, comme un droit acquis et rarement remis en question, quasi érigé en art de vivre: en Flandre, dans le succès comme dans l’adversité, «tout finit toujours par se régler par un subside», assure le ministre. De là à vouloir et à pouvoir s’en passer, ce serait aller un pont nettement trop loin. A défaut d’accorder des réductions d’impôt faute d’autonomie fiscale, le filon reste un «mal» bien trop nécessaire à exploiter.

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