» Van Cau « , Wagner et le paiement sans intérêts

La maison acquise à la Côte d’Azur par Jean-Claude Van Cauwenberghe, auprès d’un membre fondateur du groupe Wagner, faisait l’objet d’un paiement en deux temps. La première partie au comptant. La seconde en cinq ans  » sans intérêts « 

Pourquoi un membre de la famille Wagner, spécialiste du transport reconverti dans l’immobilier, a-t-il voulu faire plaisir à Jean-Claude Van Cauwenberghe, alors bourgmestre de Charleroi, lors de la vente d’une maison aux Issambres (Côte d’Azur), le 7 janvier 1993 ? Nous sommes en mesure d’ajouter une pièce au dossier des  » relations d’affaires  » entre  » Van Cau  » et le groupe Wagner ( lire Le Vif/L’Express du 16 décembre). L’acte officiel rédigé par un notaire de la commune de Roquebrune-sur-Argens stipule clairement les modalités de paiement de cette maison. Van Cauwenberghe et son épouse aujourd’hui décédée ont payé 600 000 francs français de l’époque au comptant.  » Quant au solde, soit la somme de 500 000 francs, il a été stipulé payable au plus tard dans un délai de cinq ans « . Et le texte précise :  » Sans intérêts.  » Un paiement différé sans intérêts : c’est le type de faveur qu’on concède généralement à un proche, à un membre de sa famille, à quelqu’un qu’on souhaite privilégier.

De quoi s’agit-il ? Sur les collines des Issambres, d’où la vue sur la mer s’étend vers Saint-Raphaël et Saint-Tropez, la famille Wagner dispose d’un appréciable patrimoine immobilier. Quelques maisons sont détenues en nom propre par les Wagner. D’autres appartiennent à des sociétés civiles immobilières gérées par des membres de la famille. Parmi elles, la  » société civile immobilière de la place de Monte-Carlo « . Son gérant statutaire est Albert Wagner, un des trois frères Wagner qui ont créé le groupe du même nom, à Charleroi, en 1947. C’est à cette société que Van Cau a acheté sa maison située dans la résidence des Dolmens. Pour être précis : les lots 3 et 5 sur la parcelle de la section CK, numéro 689. Il s’agit d’une maison de taille moyenne, disposant d’une piscine. Comme nous l’indiquions dans notre précédente édition, l’homme politique a fait une bonne affaire. Le prix indiqué dans l’acte d’achat est de 1,1 million de francs français, soit 165 000 euros. Van Cauwenberghe reconnaît que le fisc français s’est étonné de ce prix modique. Il n’y a pas eu de redressement fiscal, précise-t-il. Après quelques travaux et grâce à l’envol des prix immobiliers, la maison des Issambres est aujourd’hui évaluée à 500 000 euros, au minimum.

Curieuse coïncidence, disions-nous, l’achat de cette maison au soleil est intervenu dans la foulée de quelques belles opérations immobilières réalisées par le groupe Wagner, à partir de la fin des années 1980. Dès 1988, le groupe carolo construit le centre commercial City Nord en zone industrielle, à Gosselies. C’est interdit, mais les usages sont bousculés par le bourgmestre Van Cauwenberghe et la ville de Charleroi. En 1991, Wagner installe ses camions et son siège social sur d’autres terres industrielles – peu coûteuses – à quelques centaines de mètres de là. Peu de temps après, la zone adjacente change d’affectation. L’aéropôle de Gosselies voit le jour. Les prix flambent. Bien informé, Wagner a eu le nez fin.

Sur le fond

Dès la parution de ce dossier dans nos colonnes, Jean-Claude Van Cauwenberghe a annoncé son intention d’assigner Le Vif/L’Express en justice. Il n’a pas souhaité argumenter sur le fond. Quant à Robert Jean Wagner, il a laissé entendre qu’il porterait lui aussi l’affaire en justice. Wagner ne s’est pas épanché sur les faits avancés dans notre dossier.

La presse audiovisuelle et écrite a largement relayé ces faits. La chaîne de télévision RTL-TVI a aussi apporté de nouveaux développements à une autre affaire datant de l’été dernier. Juste à côté du site censé accueillir un vaste projet de redynamisation du centre-ville, à Charleroi (le projet Foruminvest), le patron d’une PME active dans le secteur de la boucherie prétend s’être fait souffler un terrain par… Robert Wagner. Le terrain en question vaut de l’or, dit-on. Sa localisation est idéale étant donné le projet Foruminvest en gestation. Il appartenait à une firme en faillite. Le boucher en question s’en était porté acquéreur auprès de la curatelle. Il estime avoir été dupé par les curateurs et/ou par son avocat de l’époque, le député permanent Jean-Pierre De Clercq (PS), proche ami de Jean-Claude Van Cauwenberghe. Roulaient-ils pour Wagner ? Selon RTL-TVI, une plainte en justice est envisagée par le nouvel avocat du boucher évincé. Robert Wagner, lui, nie toute opération irrégulière.

Philippe Engels

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