Valse à deux temps

Mini formule 1? Les karteurs ne sont pas des pilotes de pacotille. En tous cas pas les Belges Plus petits et moins rapides que les bolides de Formule 1 auxquels ils s’apparentent, les karts exigent de leurs pilotes autant de doigté et de concentration, en circuits de loisirs comme en compétition. Sur leurs trois circuits nationaux ou à l’étranger, les karteurs belges se préparent activement pour la nouvelle saison.

Plus petits et moins rapides que les bolides de Formule 1 auxquels ils s’apparentent, les karts exigent de leurs pilotes autant de doigté et de concentration, en circuits de loisirs comme en compétition. Sur leurs trois circuits nationaux ou à l’étranger, les karteurs belges se préparent activement pour la nouvelle saison.

Drapeaux belges miniatures sur circuits étrangers. Ils défilent entre les barricades de pneumatiques, à une vitesse de 35 à 150 kilomètres à l’heure, fixés sur les flancs de petites monoplaces rasant le sol. En Italie, au début de ce mois, ou plus près de nos frontières, le week-end dernier, les karteurs belges, célèbres pour leurs performances dans les grandes compétitions européennes, ont sorti leurs bolides des ateliers après les avoir, un hiver durant, bichonnés, recolorés, optimisés. En marge des rudeurs climatiques de l’avant-saison, ces pilotes, à la jeunesse impatiente, ont retrouvé les regards épieux des adversaires, la pression des chronométrages officiels, les coupes flamboyantes à l’arrivée… Dans des relents d’essence brûlée et de caoutchouc surchauffé, l’ambiance de compétition leur embrase les sangs, quelques semaines avant que ne débute le championnat de Belgique de vitesse, par une première épreuve organisée à Mariembourg les 8 et 9 mars prochains.

« Ces courses préparatoires revêtent une importance non négligeable, explique Koen Lemmens, organisateur des deux épreuves campinoises du championnat,qui en compte 7. Elles donnent aux pilotes l’occasion d’évaluer leur niveau par rapport aux adversaires tout en testant, dans des conditions proches de la compétition officielle, les modifications apportées aux véhicules par rapport à la saison précédente. » D’octobre à mars, en effet, alors que les circuits couverts et leurs karts de location au moteur 4 temps sont pris d’assaut par les pilotes amateurs en mal de loisirs, les pistes à ciel ouvert n’accueillent plus de compétition officielle (où concourent des engins dotés de moteur 2 temps) et n’attirent les pilotes les plus ambitieux que pour des séances d’entraînement individuel ou pour quelques essais, la pause hivernale étant mise à profit pour peaufiner la mécanique.

Comme pour tous les sports à moteur, ces considérations techniques suscitent déjà les ricanements de ceux qui, par principe, mettent en doute l’aspect véritablement sportif de ces disciplines. Et pourtant! Coincés dans la structure rudimentaire d’un véhicule à ras du sol, où chaque mouvement influe sur l’équilibre de l’ensemble, les pilotes, dûment protégés des pieds à la tête par une couche de cuir réglementraire, concentrent toutes leurs forces physiques sur la vitesse et la direction, tandis que leurs cellules grises calculent sans relâche les risques, les itinéraires et les tactiques de dépassement. « Si les courses de compétition sont limitées à deux fois quinze minutes, voire dix minutes pour les plus jeunes, c’est que l’effort physique serait insoutenable plus longtemps », indique Michel Servais, président de la Commission nationale de Karting du RACB, qui chapeaute les compétitions belges.

Chacun des 40 points attribués au gagnant des courses de championnat (à partir de la deuxième place, les arrivants, jusqu’au 34e, sont gratifiés d’un nombre dégressif de points) serait donc gagné à la sueur du front comme à celle des membres. Une raison de plus pour saluer l’exploit du Belge Jonathan Thonon, sacré, en 2001-2002, champion de Belgique, de France à la faveur de l’ouverture de cette dernière compétition aux participants étrangers et d’Europe dans la catégorie ICA (Intercontinental A – moteur 100 cc à clapets), tandis que son compatriote Jonathan Tonet remportait les championnats du monde de la catégorie maîtresse Formule A (moteur 100 cc à valve).

Avec un léger coup de pouce du destin, de l’entourage proche et, de préférence, de quelques sponsors, ces deux noms pourraient se retrouver bientôt dans les palmarès de compétition automobile de haut niveau, puisque tous les professionnels du secteur s’entendent sur la valeur pédagogique du karting. Car aussi distant qu’ilsoit des bijoux de Formule 1 en matière de vitesse et de complexité technique, le kart s’y apparente pourtant en de nombreux points. « Michael Schumacher lui-même déclare souvent qu’en ce qui le concerne, le karting reste le meilleur des entraînements, rappelle Koen Lemmens. Dans les deux cas, en effet, le pilote se trouve seul au volant d’un véhicule puissant. Il doit lui faire atteindre sa vitesse maximale tout en contrôlant les risques. Les deux types de compétition se déroulent en circuit fermé, dans le cadre d’une réglementation technique très stricte. Les entraînements préalables comportent de longues périodes d’attente et de préparation. Quand vous suivez cette école dès l’âge de huit ans, vous vous forgez une personnalité apte à résister à la pression de la haute compétition. » Les frères Schumacher, David Coulthard, Mika Hakkinen et le regretté Ayrton Senna, pour ne citer que quelques-uns des plus fameux, ont largement récolté les fruits des efforts déployés au cours de leur jeunesse sur les pistes de karting. Mais cette voie ne se présente qu’aux privilégiés, ceux qui se distinguent par des performances exceptionnelles, par la dévotion de leur entourage proche, ou, mieux encore, par la conjonction des deux caractéristiques puisque, insiste Michel Servais, « pour arriver à un bon niveau, il faut impérativement rouler toutes les semaines pendant quelques heures ». Et ce n’est pas à la portée de toutes les bourses!

« Le budget d’une saison de compétition démarre à 5 000 euros, explique Koen Lemmens, et il augmente proportionnellement à l’intensité de l’entraînement, puisqu’il faut compter la location des circuits, le combustible, les pneumatiques et les pièces de rechange, les déplacements de l’équipe, composée en moyenne de 5 personnes. Dans les catégories les plus élevées, il n’est pas rare de dépasser la barre des 15 000 euros annuels. » Une bagatelle pourtant, comparée aux sommes avancées par les sponsors pour les autres compétitions automobiles. Or, et c’est bien là que le bât blesse, les sponsors rechignent à investir dans un sport dont les médias relatent rarement les événements. « Le dédain des télévisions s’explique sans doute en grande partie par le fait que le karting attire surtout les jeunes, et qu’il est donc difficile d’y trouver l’une ou l’autre idole à laquelle le téléspectateur peut s’identifier, regrette Koen Lemmens. Pourtant, les courses de karting sont particulièrement spectaculaires, puisqu’elles se déroulent sur des circuits de petite taille, et qu’il est donc possible de les suivre dans leur entièreté à partir de n’importe quelle place. »

En Belgique, à ce jour, trois circuits de karting se partagent l’honneur d’accueillir les compétitions du championnat, parmi d’autres événements tels que sessions privées pour entreprises, épreuves d’endurance ou épreuves internationales: Genk, Francorchamps, où se déroulera en juillet la qualification « zone nord » du championnat d’Europe Junior, et Mariembourg, qui accueillera en septembre une épreuve du championnat du monde en catégories FSA et FA. Pilotes et organisateurs réclament davantage de circuits, ne serait-ce que pour équilibrer la répartition géographique, mais leur souhait se heurte à la législation en matière de protection de l’environnement. « Si nous disposions de circuits supplémentaires, le karting aurait plus de succès auprès du grand public et, par ricochet, auprès des annonceurs publicitaires, rêve Koen Lemmens. En particulier, la région d’Anvers ou les environs de Bruxelles souffrent d’un manque de lieux appropriées. » Outre les pistes asphaltées, appelées à être foulées par des engins bruyants et fumeux, tout projet de nouveau circuit doit prévoir une zone fermée destinée aux ateliers d’écuries, et des installations d’accueil pour 600 personnes au moins, et pour un public potentiel nettement supérieur. Personne, dans le milieu, ne considère évidemment ces exigences comme insurmontables: la discipline elle-même ne se fonde-t-elle pas sur la résolution de multiples défis techniques? Or les Belges, paraît-il, y excellent.

Carline Taymans

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